La nouvelle convention collective des employés syndiqués de Radio-Canada choque les temporaires

Un article particulier de la nouvelle entente, surnommé «la clause du cinq minutes», cristallise la colère des temporaires.
Photo: David Afriat Le Devoir Un article particulier de la nouvelle entente, surnommé «la clause du cinq minutes», cristallise la colère des temporaires.

La nouvelle convention collective des employés syndiqués de Radio-Canada a beau avoir été acceptée par une forte majorité de 81 %, certaines clauses encadrant le travail des nombreux employés temporaires du diffuseur public font grincer des dents chez ces derniers.

Déjà mécontents du sort que leur réservaient les deux premières tentatives d’entente — rejetées en avril et en juin —, les travailleurs précaires, qui représenteraient quelque 40 % des employés de Radio-Canada, se sentent « trahis » par la direction ainsi que par le comité de négociation du syndicat affilié à la FNC-CSN.

C’est là le mot d’une employée surnuméraire qui a accepté de parler au Devoir sous le couvert de l’anonymat, afin d’éviter les représailles. Par contre, de nombreux autres précaires contactés ont confirmé l’état d’esprit sans vouloir le commenter publiquement.

Un article particulier de la nouvelle entente, surnommé « la clause du cinq minutes », cristallise aux yeux de plusieurs l’attitude qu’on réserve aux employés temporaires. Pour un remplacement devant être pourvu en moins de 24 heures, les employés, s’ils ratent l’appel de Radio-Canada, ont un maximum de cinq minutes pour donner signe de vie après qu’on leur eut laissé un message. Après deux manquements dans une année civile, l’employé peut recevoir des sanctions.

« Franchement, c’est la mesure qui nous choque le plus, raconte l’employée. On se demande s’ils se rendent compte de ce que ça implique pour nous, d’être comme ça en attente, de savoir qu’ils peuvent nous appeler n’importe quand. Et de ne pas être payé pour ça. »

Dans les groupes de discussion privés qui rassemblent des surnuméraires, on rit jaune de cette clause. « Est-ce qu’on doit faire l’amour en moins de cinq minutes ? Est-ce que Radio-Canada nous offrira un Ziploc pour prendre notre cellulaire sous la douche ? illustre notre source. Dans le métro, il n’y a pas toujours de signal. Certains ont une voiture : on fait quoi, on s’arrête au milieu de la route pour décrocher ? Ça nous semble disproportionné, d’autant qu’il y en a qui sont temporaires depuis plus de 20 ans. Et c’est comme ça qu’on les traite. »

Entre tristesse et colère, plusieurs employés temporaires cherchent des moyens de s’organiser pour montrer leur mécontentement, et certains flirtent même avec la désaffiliation syndicale. « On a l’impression d’avoir été sacrifiés dans cette entente », insiste notre source.

Rassurer

Le Syndicat des communications de Radio-Canada (SCRC) a reçu plusieurs messages de ses membres au sujet de cette clause. Dans un message laissé au Devoir, la présidente du SCRC, Johanne Hémond, a expliqué que le syndicat « est en train de travailler pour essayer de voir comment on pourrait les renseigner. On se demande si, par hasard, on n’aurait pas donné suffisamment d’explications. On va travailler pour essayer de les rassurer à l’interne et essayer de les rencontrer ».

La direction de Radio-Canada, par l’entremise du directeur des communications, Marc Pichette, n’a pas répondu concrètement aux questions du Devoir sur les raisons et l’application de la clause des cinq minutes.

« Tous les employés de Radio-Canada sont importants, peu importe leur statut d’emploi », écrit M. Pichette dans un courriel, ajoutant que le diffuseur n’avait pas à commenter publiquement le contenu de l’entente avant de l’avoir présentée au personnel concerné. « Nous considérons que la majorité s’est clairement exprimée, en toute connaissance de cause, et que le dossier est clos. »

La nouvelle convention collective d’une durée de trois ans, qui sera ratifiée la semaine prochaine, touche environ 3000 membres syndiqués de Radio-Canada au Québec et à Moncton.