Les Canadiens peu enclins à donner aux médias

Les moins de 35 ans seraient plus enclins que leurs aînés à apporter un soutien financier aux médias en situation de crise.
Photo: Mixetto / Getty Images Les moins de 35 ans seraient plus enclins que leurs aînés à apporter un soutien financier aux médias en situation de crise.

N’en déplaise aux médias en mal d’amour, à peine un Canadien sur cinq serait prêt à faire un don à une entreprise de presse si celle-ci ne pouvait faire ses frais autrement. C’est ce que révèle la plus récente enquête du Reuters Institute for the Study of Journalism de l’Université d’Oxford, tout juste rendue publique. Cette proportion tend toutefois à être légèrement plus élevée chez les plus jeunes.

 
9 %
Proportion des répondants qui disent payer pour de l’information en ligne.

Récoltées au Canada par le Centre d’études sur les médias (CEM) de l’Université Laval auprès de 2010 internautes entre le 23 janvier et le 1er février derniers, les données de cette étude montrent en effet que les moins de 35 ans seraient plus enclins que leurs aînés à apporter un soutien financier aux médias en situation de crise. Cet écart générationnel s’explique notamment par l’attachement des plus âgés à l’objet médiatique comme le journal papier, expose le coordonnateur aux opérations du CEM, Sébastien Charlton. « Les jeunes sont habitués de payer pour quelque chose qui est dématérialisé, précise-t-il. Ils n’ont pas à faire le deuil de l’objet. »

Les anglophones seraient également plus nombreux que les francophones à envisager de délier les cordons de leur bourse pour venir en aide à une entreprise de presse — dans une proportion de 19 % contre 14 %. Ce léger décalage n’est toutefois pas surprenant, soutient le chercheur. « On a qu’à regarder ce qui se passe avec les universités, la culture du mécénat est de toute évidence plus ancrée chez les Canadiens anglais. »

Mauvais messagers ?

Pour renverser la vapeur, les médias devront trouver une manière de convaincre leurs lecteurs que les dons sont un bon mode de financement. À cet égard, 41 % des répondants de l’étude estiment qu’il ne s’agit pas là d’une voie acceptable.

 
30 %
Proportion des répondants qui disent avoir payé pour un journal papier dans la semaine précédant l’enquête.

Plus encore, rares sont les Canadiens sondés — moins de 8 % — qui croient que les médias perdent réellement de l’argent en ligne, notamment en raison des revenus publicitaires générés par Facebook. Et c’est encore pire depuis les changements d’algorithme du réseau social, les médias peinant encore plus depuis à faire voir leur contenu à leurs lecteurs.

En raison du caractère quantitatif de l’étude, il est toutefois difficile de mettre le doigt sur ce qui explique cette méfiance à l’égard des entreprises médiatiques. « Ces résultats suscitent plusieurs questions, mais nous donnent peu de réponses, avance prudemment Sébastien Charlton. Ce qui transparaît, c’est que les médias ne sont peut-être pas les mieux placés pour parler de ces enjeux… Le public a peut-être l’impression qu’en rapportant les difficultés financières des organes de presse ces derniers prêchent pour leur paroisse. Ça mine peut-être la crédibilité du message. »