Le PQ doute de la cohérence du nouveau statut de «La Presse» avec sa mission

«La Presse» est le seul média dont un éventuel transfert de propriété est soumis à une contrainte législative.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir «La Presse» est le seul média dont un éventuel transfert de propriété est soumis à une contrainte législative.

Le nouveau statut réclamé par La Presse risque d’être incompatible avec sa mission. C’est ce qu’entend soulever mercredi l’opposition officielle aux audiences concernent les changements demandés par l’entreprise de presse à sa gouverne, selon ce qu’a appris La Presse canadienne.

Rappelons que Power Corporation veut se départir de La Presse pour en faire un organisme à but non lucratif (OBNL), mais pour ce faire, il faut modifier une vieille loi privée datant des années 1960.

La Presse est le seul média dont un éventuel transfert de propriété est soumis à une contrainte législative, héritage d’une loi adoptée lorsque Power Corporation s’en était portée acquéreur en 1967 afin d’apaiser les craintes qu’elle ne demeure pas une propriété québécoise.

Des auditions auront lieu mercredi en commission parlementaire et l’opposition officielle péquiste soulève de sérieuses objections.

Une source du PQ proche du dossier a notamment fait référence aux règles de Revenu Canada relatives aux organismes de bienfaisance. Dans ses lignes directrices, Revenu Canada énonce des activités proscrites, par exemple, un bulletin d’un organisme qui prendrait position pour un candidat ou une politique.

« Est-ce que La Presse serait prête à changer de ligne éditoriale ? À laisser tomber sa ligne éditoriale ? » a demandé l’interlocuteur en entrevue avec La Presse canadienne.

« Les règles semblent difficiles à conjuguer avec la mission première d’un journal : informer, mettre en lumière, dénoncer ce qui doit l’être », a soulevé la source.

Le Parti québécois et la députée indépendante Martine Ouellet ont été parmi les premiers à réclamer des auditions sur cet enjeu. Ils exigent des garanties sur l’indépendance éditoriale de La Presse par rapport à son ancien propriétaire, Power Corporation, qui lui cède une somme de 50 millions de dollars pour assurer sa transition vers l’OBNL.

Tout le milieu médiatique québécois se fera entendre, mercredi et jeudi, lors des audiences de la commission de la culture et de l’éducation sur la transformation du quotidien La Presse en OBNL.

PKP présent

Le président et directeur général de Québecor, Pierre Karl Péladeau, a annoncé qu’il serait lui-même sur place.

Québecor média, principal compétiteur de La Presse, est d’ailleurs parmi les intervenants attendus devant la commission parlementaire.

Dans une courte déclaration sur Twitter, M. Péladeau déclare qu’il y sera et que « Ça risque d’être distrayant ! », ajoutant trois petits bonshommes sourire.

Il ne précise pas, toutefois, s’il fera lui-même les représentations de son entreprise ou s’il assistera en tant que spectateur. Québecor n’a pas rendu les appels de La Presse canadienne à cet effet, mardi.

Pierre Karl Péladeau a qualifié l’intention de transformer La Presse en OBNL de « patente » sur plusieurs tribunes.

La commission entendra d’abord les représentants de La Presse, ensuite ceux de l’actuel propriétaire, Power Corporation.

Plusieurs syndicats, à commencer par ceux de La Presse, ont également l’intention de faire leurs représentations.

D’autres médias, soit Le Devoir, Le Soleil et le Huffington Post de même que l’Association des médias écrits communautaires du Québec viendront émettre leur point de vue.

La Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) et l’Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ) se présenteront également devant les parlementaires pour faire valoir leurs enjeux particuliers.

Des experts et observateurs du secteur de l’information ont également été conviés par la commission.