Le groupe Atalante fait irruption dans les bureaux de «Vice» à Montréal

Il s’agit du premier incident du genre dans les bureaux de Vice à Montréal.
Photo: Vice Québec Il s’agit du premier incident du genre dans les bureaux de Vice à Montréal.

Six membres du groupe Atalante ont fait irruption dans les bureaux de Vice à Montréal vers 16 h mercredi après-midi. « C’est carrément de l’intimidation », dénonce son rédacteur en chef, Philippe Gohier.

Qualifié de groupe d’extrême-droite par la plupart des médias québécois, dont Vice, Atalante dit avoir pour mission la « renaissance identitaire au Québec ». Le signe d’éclair stylisé qu’il arbore a été assimilé à un symbole utilisé par certaines troupes du régime nazi (Schutzstaffel) et plusieurs groupes fascistes. Ses membres appellent notamment à la « remigration », c’est-à-dire au retour des immigrants dans leur pays d’origine.

Le premier membre du groupe à se présenter à la porte verrouillée des bureaux de Vice tenait un bouquet de fleurs, ce qui aurait incité une employée à lui ouvrir la porte. Les autres personnes en ont alors profité pour entrer à leur tour, la majorité d’entre eux portant des masques bleus traversés d’une croix blanche, à l’image du fleurdelisé québécois.

Ils ont lancé des tracts et des nez de clown, avant de remettre un trophée sur lequel on lit « Vice média poubelle 2018 » au journaliste Simon Coutu avant de « l’enguirlander », décrit M. Gohier. Le geste est directement associé à sa couverture des groupes d’extrême-droite et particulièrement à un article paru la semaine dernière intitulé « L’extrême droite et les antifas se promettent un été mouvementé ». L’article en question relatait que la formation ultranationaliste investit ponctuellement, mais de plus en plus souvent, les rues de Montréal.

Sur sa page Facebook, Atalante a quant à lui reproché à Vice d’appeler à la violence entre factions opposées, qualifiant ses journalistes de « racoleurs professionnels sans scrupules ».

« Atalante n’est pas un très bon juge ni de nos talents journalistiques, ni de notre intégrité. De notre côté, nous ne menaçons pas les gens dans leur milieu de travail et ne cherchons pas à provoquer qui que ce soit », s’est défendu le rédacteur en chef Philippe Gohier.

Le président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) a quant à lui vertement dénoncé cette intrusion : « C’est une attaque directe envers la liberté de presse. C’est une tentative de censure quand on entre dans un bureau dans le but précis d’essayer d’empêcher des journalistes de faire leur travail et de rapporter la nouvelle. »

Il s’agit du premier incident du genre dans leurs bureaux de Montréal, qui sont sécurisés, assure-t-il. La réaction était davantage de la surprise, puisque selon lui, les t-shirts affichant « Atalante » n’ont été reconnus que par quelques personnes qui écrivent directement sur les groupes d’extrême-droite.

Un prix de journalisme Judith-Jasmin a été remis en novembre dernier à Brigitte Noël, ex-journaliste chez Vice, pour un article sur La Meute, qui y est désigné comme « le plus grand groupe d’extrême-droite au Québec ».

« Ça ne gênera pas notre travail futur », conclut M. Gohier.