Groupe TVA achète Zeste et Évasion

Un épisode de la série «Coup de food» animée par Sébastien Benoit et diffusée sur les ondes de la chaîne Évasion
Photo: Canal Évasion Un épisode de la série «Coup de food» animée par Sébastien Benoit et diffusée sur les ondes de la chaîne Évasion

En annonçant mardi l’acquisition pour 24 millions de dollars des chaînes spécialisées Zeste et Évasion des mains de l’indépendante Serdy, le Groupe TVA met la main sur deux antennes aux thématiques attrayantes pour les annonceurs et dont les contenus pourront maintenant nourrir ses multiples plateformes, ont expliqué des observateurs des médias.

L’entente entre les deux entreprises inclut plus précisément les sociétés du groupe de Serdy Média inc. et de Serdy Vidéo inc., ainsi que les autres activités de la boîte fondée il y a 35 ans, dont le magazine Espaces, les différentes plateformes numériques et les activités événementielles, exception faite du Grand Prix cycliste.

Mais les deux chaînes télé spécialisées restent au coeur de la transaction, qui devra recevoir l’aval du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC). Ce dernier a précisé en après-midi au Devoir ne pas encore avoir reçu d’informations au sujet de la transaction.

Dans un communiqué, la présidente et chef de la direction de Groupe TVA inc. et chef du contenu, Québecor Contenu, France Lauzière, a expliqué que « ces acquisitions s’inscrivent dans la stratégie du Groupe TVA de vouloir diversifier son offre de contenu », ajoutant que l’intégration de ces marques « permettra de rejoindre davantage de consommateurs, et cela, sur toutes les plateformes possibles ».

Groupe TVA exploite déjà les chaînes Addik, Casa, LCN, Moi Cie, Prise 2, TVA Sports et Yoopa.

Du côté du groupe Serdy, le président et chef de la direction des deux divisions vendues, Sébastien Arsenault, a avoué qu’il avait posé « un geste très difficile […], mais à mon avis essentiel afin de maintenir la croissance de ces deux chaînes. L’environnement dans lequel nous évoluons présentement est en grande mutation et la capacité pour des chaînes indépendantes à réussir à attirer l’attention du public est de plus en plus difficile ».

Marques et contenu

Aux yeux de Simon Claus, doctorant en communication à l’UQAM et adjoint de recherche au Centre de recherche interuniversitaire sur la communication, l’information et la société (CRICIS), le marché des médias est effectivement hyperconcurrentiel, en particulier l’audiovisuel.

« Cette concurrence déjà à l’oeuvre entre quelques câblodistributeurs a été renforcée par le développement de la télévision par contournement symbolisé par la croissance exponentielle qu’a connue Netflix au pays, explique-t-il. Dans ce marché, le nerf de la guerre, ça reste le contenu. »

Groupe TVA et Québecor ont bel et bien « besoin de beaucoup de contenus pour nourrir les plateformes qu’ils ont », estime Sylvain Lafrance, directeur du Pôle médias à HEC Montréal, aussi directeur et rédacteur en chef de la revue Gestion. Et en achetant Zeste et Évasion, l’entreprise « achète deux marques connues, deux chaînes déjà en ondes avec un certain nombre d’abonnés. Il y a une vraie valeur pour ça ».

Et aux yeux de Sylvain Lafrance, le groupe Serdy n’était pas dans la meilleure position en ce moment pour assurer la pérennité de Zeste et Évasion, notamment en raison des règles adoptées par le CRTC en 2016 visant à éliminer les bouquets de chaînes au profit d’une sélection à la pièce de la part du consommateur. « Au moment de cocher quelles chaînes vous voulez, si vous n’écoutez pas une émission particulière à Évasion, par exemple, vous passez par-dessus et vous ne vous abonnez pas. Et les redevances restent une grande partie des revenus des chaînes spécialisées. »

Sujets prisés

Par contre, les thématiques des deux chaînes sont très attrayantes pour Groupe TVA. « Le marché de publicité de l’alimentation, c’est ultrafort, explique Arnaud Granata, éditeur d’Infopresse. Toutes les compagnies agroalimentaires mettent énormément de dollars publicitaires, et tout ce qui est voyage, aventure et lifestyle, c’est aussi un créneau intéressant. »

Même du côté de la programmation, ces thèmes sont populaires, ajoute Simon Claus, mentionnant les Ricardo, Trois fois par jour ou autres Chef’s Table. « Il paraît donc logique pour TVA de se placer et de s’affirmer sur ce type de programme qu’affectionnent particulièrement les Québécoises et Québécois. »

Par ailleurs, Bell avait annoncé à l’automne dernier faire l’acquisition des chaînes Historia et Séries+, appartenant à Corus.

De bons chiffres

D’après les données du CRTC, Évasion avait généré des revenus de 12,4 millions en 2016, en hausse de 10,45 % sur un an. La chaîne avait affiché un bénéfice net de 2,3 millions, par rapport à un profit de 921 567 $ un an plus tôt.

En ce qui a trait à Zeste, ses recettes s’étaient chiffrées à 6,6 millions, en progression de 4,56 % comparativement à 2015. Le CRTC avait chiffré les dépenses d’exploitation de la chaîne à 3,87 millions, sans calculer son bénéfice net.

En milieu de séance, à la Bourse de Toronto, le cours de l’action de Groupe TVA demeurait inchangé, à 3,30 $.