«Décider entre hommes» change de main

La page Facebook Décider entre hommes ne fait qu’une seule chose: reproduire et commenter des photos de cercles de décision où n’apparaissent que des messieurs, ou presque.
Photo: Facebook / Décider entre hommes La page Facebook Décider entre hommes ne fait qu’une seule chose: reproduire et commenter des photos de cercles de décision où n’apparaissent que des messieurs, ou presque.

C’est la fin et ça continue. La page Facebook Décider entre hommes (DEH) fermera, mais son contenu sera hébergé et géré par l’équipe de Je suis féministe (JSF).

Cette production médiatique bien connue (plus de 13 160 abonnés au compteur en date de vendredi après-midi) se présente comme l’« Observatoire de la surreprésentation injustifiée des hommes dans les sphères de décision et d’influence ».Elle est liée au mot-clic #DéciderEntreHommes.

DEH ne fait qu’une seule chose, avec une passion obstinée : reproduire et commenter (souvent avec humour) des photos de cercles de décision où n’apparaissent que des messieurs, ou presque.

Les images proviennent des médias traditionnels ou de documents promotionnels (affiches, etc.). La série d’hommes de pouvoir prend des allures de test de Bechdel.

« Après plus de deux ans à la barre de la page, je quitte l’aventure, écrit la cofondatrice de l’Observatoire Marie-Ève Maillé dans un message diffusé le 11 avril. « Je n’ai pas à chercher bien loin les raisons de mon départ : le coeur n’y est plus. »

Des trolls ?

Mme Maillé explique en entrevue téléphonique que l’idée de passer la barre a commencé à la tarauder au début de l’année. Elle tient le projet seule depuis septembre 2015. Il a fini par l’épuiser. Il faut dénicher et trier les photos, mais aussi répondre aux nombreux messages.

« La raison principale, c’est une grande lassitude des réseaux sociaux, dit-elle au Devoir. J’ai vécu des moments désagréables comme toutes les féministes qui s’exposent en ligne. Mais je dois dire que ma page est restée très à l’abri des trolls. Ils trouvaient peu de “ pogne ” dans ma démarche parce que je n’utilisais que les photos et l’humour. »

Dans?son?message, Mme Maillé ajoute : « Vous m’aurez pas eue, les boys .» L’accès à DEH n’a été bloqué qu’à une poignée d’individus, en général parce qu’ils avaient attaqué d’autres utilisatrices de la page et pas la fondatrice.

Elle ne saurait dire combien elle a mis de photos commentées en ligne depuis qu’elle a imaginé cette dénonciation imagée des hommes de pouvoir en série avec Marilyse Hamelin, amie féministe. « Je ne sais pas, des centaines. »

Elle se souvient par contre d’une photo qui l’a marquée en particulier, celle d’une réunion avec des élus de Québec du Syndicat canadien de la fonction publique, à l’été 2016. « Il n’y avait pratiquement que des hommes à la très, très grande table, alors que, dans la fonction publique, il y a une majorité de femmes. Comme quoi il n’y a pas que dans les organismes de droite que ça grince. »

Seize pour une

Les offres de fusion ou d’incorporation ont donc été faites auprès de l’équipe de JSF. Une période d’essais concluants a scellé l’entente. « Je ne voulais pas céder la page à n’importe qui », poursuit Marie-Ève Maillé, docteure en communication, professeure à l’UQAM et conseillère stratégique en médiation environnementale.

L’équipe de Je suis féministe compte 16 administratrices bénévoles. Elles vont pouvoir se partager le travail de Décider entre hommes. « C’est demandant, parfois violent même, de gérer des médias sociaux, explique Marie-Danièle Dussault, une des seize. Nous avons la chance de pouvoir nous appuyer et de nous relayer. Ça aide beaucoup la santé mentale. »

La fusion naturelle a été entérinée à l’unanimité après la période de tests. DEH existera en version autonome pendant encore quelques mois, le temps d’appliquer la stratégie de migration de la communauté bâtie par Mme Maillé.

La nouvelle maison compte plus de 17 000 abonnés. DEH vient en plus bonifier l’offre surtout textuelle de Je suis féministe, avec parfois de longues analyses de centaines de mots.

Les images dénichées ou relayées par Décider entre hommes en valent des milliers chacune. Marie-Ève Maillé espère qu’elles ont servi et qu’elles serviront à une certaine prise de conscience. Elle cite un commentaire reçu au sujet de la surreprésentation masculine disant : « On ne fait pas exprès pour que ça arrive, mais il va falloir faire exprès pour que ça change. »

Tout est là, en concentré, dit-elle. « On fait le constat qu’un tas d’hommes décident entre eux. Maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? Le problème ne partira pas de lui-même alors il faut des moyens pour que ça change. »

Ce n’est donc pas la fin, et ça continue…