Catherine Tait, porteuse d’espoirs

La nomination de Catherine Tait à la tête de CBC/Radio-Canada a été annoncée mardi matin par la ministre du Patrimoine, Mélanie Joly.
Photo: Sean Kilpatrick ‘La Presse Canadienne La nomination de Catherine Tait à la tête de CBC/Radio-Canada a été annoncée mardi matin par la ministre du Patrimoine, Mélanie Joly.

Les enjeux numériques, l’inclusion des minorités, l’information locale et des désirs de partenariats avec les autres acteurs canadiens de la radiodiffusion sont parmi les priorités évoquées par la nouvelle p.-d.g. de la société CBC/Radio-Canada, Catherine Tait. Cette dernière a par ailleurs reçu un accueil très favorable des acteurs du milieu, qui la disent directe, dynamique, compétente et audacieuse.

Mme Tait est une productrice anglophone bien connue dans le milieu de la télévision et du cinéma, dans lequel elle travaille depuis une trentaine d’années. Elle est en ce moment présidente de l’entreprise Duopoly.

Cette Canadienne qui vit aux États-Unis devient la première femme nommée à titre de grande patronne de CBC/Radio-Canada.

« Nous brisons une fois de plus le plafond de verre », a lancé la ministre du Patrimoine, Mélanie Joly, en point de presse à Ottawa, mardi.

Le gouvernement a choisi Mme Tait à partir d’une courte liste de candidats fournie par un comité de sélection indépendant, formé le 20 juin dernier. Ottawa avait créé cette façon de faire non partisane pour trouver le remplaçant d’Hubert T. Lacroix, qui occupait ce poste depuis 2008.

Le président du comité de sélection, Tom Clark, a dit au Devoir que la candidature de Catherine Tait a été possible à la suite de la réouverture du poste en janvier, ce qui a permis d’accepter les candidatures des Canadiens vivant à l’étranger. « Mais je ne savais pas que Catherine était disponible, autrement dit on ne l’a pas rouvert pour elle, raconte Tom Clark. Alors, ça a été une surprise agréable, un coup de chance. »

M. Clark, un ancien de Global, affirme au Devoir avoir fourni au gouvernement un choix prudent et un choix « audacieux » (« bold »), Mme Tait répondant au second qualificatif.

Son mandat de cinq ans débutera en juillet.

« Job de rêve »

En point de presse mardi matin, Catherine Tait a dit rieuse que la direction de Radio-Canada était son « job de rêve ».

Âgée de 60 ans, les cheveux roux vif, Mme Tait a une carrière déjà bien remplie, dans laquelle on peut noter des passages à Téléfilm Canada, au Fonds des médias du Canada, chez le distributeur eOne et à l’importante boîte de diffusion DHX, qui produit de nombreuses émissions pour enfants.

Elle a aussi été attachée culturelle du Canada en France et a déjà collaboré avec le diffuseur public lors de son passage chez Salter Street Films d’Halifax, qui produisait This Hour Has 22 Minutes.

Les priorités

La question du numérique a été au coeur des propos de Mme Tait mardi matin, lors de sa nomination.

« Je crois que dans cette vague numérique, le rôle du radiodiffuseur public n’aura jamais été aussi important pour notre culture, notre dualité linguistique et notre démocratie », a-t-elle dit.

Elle estime que des changements ont déjà eu lieu à Radio-Canada avant d’ajouter qu’elle « va aller plus loin ».

Mme Tait a aussi parlé de l’importance de l’information locale et canadienne devant « l’océan, le tsunami de contenus numériques qui viennent de partout dans le monde, spécialement des États-Unis. » La nouvelle p.-d.g. veut aussi que Radio-Canada pratique un « storytelling inclusif », pour parler de la réalité des minorités, qu’elles soient autochtones ou issues de la communauté LGBTQ.

Catherine Tait a souligné l’importance pour Radio-Canada d’établir des partenariats avec les autres acteurs de la radiodiffusion au pays. « Seulement à travers la collaboration pourra-t-on conserver la place du Canada à l’international. »

Réactions

Les mots d’éloges ou d’espoir se sont multipliés mardi au sujet de la nomination de Catherine Tait.

Selon Alain Saulnier, ancien directeur général de l’information de Radio-Canada et professeur invité au DESS en journalisme à l’Université de Montréal, Mme Tait est porteuse de renouveau. « Elle a une connaissance directe de la production à l’ère numérique, ce qu’aucun de ses prédécesseurs n’avait jusqu’ici. »

Le p.-d.g. et président exécutif de DMX Media, Michael Donovan, a écrit au Devoir que cette nomination à la tête de la CBC « représente un pas en avant positif pour les créateurs et pour le Canada ».

Alors que chez Téléfilm Canada on a souligné « son approche collaborative et visionnaire », le président du comité de sélection, Tom Clark, a évoqué un côté « mordant ».

Simon Brault, du Conseil des arts du Canada, connaît le travail de Mme Tait et y voit un habile et important mélange d’expériences publiques et privées. « Les gens qui la connaissent personnellement et auxquels j’ai parlé me disent que c’est quelqu’un de très direct, qui n’a pas peur de prendre des risques, de brasser la cage. Qui ne suit pas la tradition pour la tradition. »

L’organisme Les Amis de la radiodiffusion canadienne s’est d’abord réjoui « de la fin du mandat d’Hubert T. Lacroix, l’homme de Harper ». Aux yeux du porte-parole Daniel Bernhard, Mme Tait est actuellement « plus qualifiée que M. Lacroix quand il est arrivé » en poste.

Des nominations au CA

La ministre Mélanie Joly a nommé officiellement mardi Michael Goldbloom à la présidence du conseil d’administration de CBC/Radio-Canada. M. Goldbloom, un Montréalais, est un ancien journaliste de The Gazette et du Toronto Star. Il est directeur et vice-doyen de l’Université Bishop’s à Sherbrooke depuis 2008. « Il comprend bien les besoins et la nature du journalisme à Radio-Canada, dit Tom Clark, du comité de sélection qui a proposé sa candidature. Et je pensais que la paire qu’il pouvait former avec Catherine Tait était presque parfaite. Elle sera très dynamique, lui sera très calme, et donnera de bons conseils. » Trois autres conseillers ont été nommés, soit Suzanne Guèvremont, Guillaume Aniorté et Sandra B. Singh.
2 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 4 avril 2018 12 h 20

    Signification des gestes

    Mélanie Joly, en arrière plan, sur vidéo, se passe le doigt sous le nez, de gauche à droite.
    Vous savez ce que cela veut dire dans le langage des gestes? !

    • Maryse Veilleux - Abonnée 4 avril 2018 17 h 46

      Je ne sais pas ce que le doigt sous le nez de Mélanie Joly veut dire, mais il y a un geste beaucoup plus important c'est le remplacement Hubert Lacroix à la tête de Radio-Canada, Enfin! ....