La crédibilité des journalistes en forte hausse

Plus de 50% des Québécois estiment que les organisations médiatiques s’inquiètent davantage de leur lectorat ou de leurs cotes d’écoute que de la transmission d’information de qualité.
Photo: Getty Images Plus de 50% des Québécois estiment que les organisations médiatiques s’inquiètent davantage de leur lectorat ou de leurs cotes d’écoute que de la transmission d’information de qualité.

La confiance des Québécois envers le journalisme — et plus particulièrement envers les journalistes — a connu une hausse importante depuis l’an dernier, selon le volet local du plus récent Baromètre de confiance Edelman. Paradoxalement, la population d’ici tend à se désintéresser de l’information davantage que dans le reste du monde.

Le coup de sonde mené auprès de 1000 Québécois — l’étude mondiale a rejoint plus de 33 000 citoyens dans 28 pays — montre que 44 % des répondants jugent les journalistes comme « très crédibles » ou « extrêmement crédibles », une hausse de pas moins de 18 % par rapport à 2017.

Le Baromètre de confiance Edelman révèle aussi que 66 % des Québécois ont confiance dans les sources de nouvelles et d’information d’ordre général, une hausse de 12 % par rapport au sondage de l’an dernier. Au Canada, la hausse n’est que de trois points de pourcentage, à 49 %.

Edelman scrute dans ses sondages quatre institutions : les ONG, les entreprises, le gouvernement et les médias. D’un point de vue très global, le sondage montre au Québec une hausse de confiance de 5 % envers les médias en tant qu’institution, une croissance d’un point de pourcentage supplémentaire par rapport au Canada dans son entier.

J’aime (moins) mon voisin

En entrevue au Devoir, le chef mondial des opérations d’Edelman, Matthew Harrington, a souligné certaines particularités québécoises et canadiennes en comparaison avec les chiffres globaux. Par exemple, en moyenne dans le monde, la hausse de la confiance envers les sources de nouvelles et d’information n’est que de 5 %.

« C’est un réflexe d’aller vers les ressources de confiance, et c’est intéressant de noter au Québec en particulier la croissance de la crédibilité des experts universitaires ou des experts techniques. On donne une valeur aux porte-parole des tiers partis », explique M. Harrington, qui s’adressera mardi au Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM).

Matthew Harrington souligne aussi le déclin au Québec de la crédibilité d’une catégorie spéciale, celle intitulée « Une personne comme vous », c’est-à-dire un pair, un citoyen qui vous ressemble. « C’est en déclin de neuf points cette année, dit le chef des opérations d’Edelman. Ce qui est intéressant ici, c’est que ça reflète une précaution accrue quant à la nature des nouvelles partagées sur les réseaux sociaux. “Une personne comme moi” peut m’envoyer des faits erronés, parce qu’elle ne les a pas vérifiés. Je crois que les Québécois sont plus à l’affût de ça. »

Désengagement

Mais tout n’est pas rose dans les chiffres du Baromètre de confiance d’Edelman. L’étude montre que peu de Québécois s’informent régulièrement, 61 % consommant des nouvelles moins d’une fois par semaine, qu’elles proviennent des grands médias directement ou qu’elles soient relayées par des connaissances. Un pourcentage qui est bien au-dessus de la moyenne canadienne de 54 % et de la moyenne mondiale, qui est de 50 %.

« Pour moi, c’était alarmant de voir ça, dit M. Harrington. Un des remèdes pour ça, c’est oui de créer du contenu attirant, mais aussi et surtout d’expliquer aux lecteurs en quoi ils devraient estimer la nouvelle qu’ils lisent comme étant crédible. Il y a et il devra y avoir des efforts grandissants par les groupes de presse dans le monde pour non seulement informer, mais aussi pour raconter comment ils font l’information. » M. Harrington donne l’exemple américain du New York Times et de son balado The Daily, qui a un grand nombre d’abonnés.

Autres bémols dans le coup de sonde : les Québécois se sentent souvent comme le dindon de la farce. 58 % des répondants locaux estiment que les organisations médiatiques s’inquiètent davantage de leur lectorat ou de leurs cotes d’écoute que de la transmission d’information de qualité. Ils sont quelque 60 % à penser que les médias sacrifient l’exactitude pour être les premiers à annoncer une nouvelle. Le Baromètre montre aussi que 48 % d’entre eux trouvent que les médias sont plus soucieux d’appuyer une idéologie que d’informer le public.

En ce sens, Matthew Harrington croit en l’investissement dans le journalisme et particulièrement dans l’enquête. « Prenez le Globe and Mail avec son dossier “Unfounded”, sur les agressions sexuelles, ç’a fait son chemin dans la population, et ça distille un sentiment de confiance, car les institutions sont plus responsables. C’est incroyablement important à notre époque. »

Les « fausses nouvelles »

Qu’est-ce qui est vrai ? Qu’est-ce qui est faux ? Difficile à dire, selon le coup de sonde 2018 d’Edelman. En moyenne, dans les 28 marchés sondés, 63 % des répondants ne savaient pas comment distinguer le bon journalisme de la rumeur ou de la fausseté. Pour 59 % des gens, il était de plus en plus difficile de savoir si une information était issue d’une entreprise de presse respectée.

Au Québec, 61 % des âmes sondées se sont dites inquiètes de l’utilisation de fausses informations et de « fausses nouvelles » comme arme.

« C’est un enjeu global, souligne le chef mondial des opérations d’Edelman, Matthew Harrington. On a vu cette peur des fake news en Italie pendant l’élection, en France et au Brésil aussi. Ça devient un enjeu qui amène des discussions sur la réglementation des plateformes sociales, à savoir si elles en ont fait assez pour gérer leurs contenus. »

La confiance s’effondre aux États-Unis

Le large Baromètre de la confiance d’Edelman, qui inclut des chiffres sur 28 pays, s’attarde sur le cas américain, où tous les indicateurs sont au rouge pour les grandes institutions analysées.

Auprès de ce que l’entreprise appelle le « public informé » — la tranche aisée des diplômés universitaires de 25 à 64 ans qui déclarent être au fait de l’actualité —, le niveau de confiance périclite pour les médias, qui perdent 22 points de pourcentage. Même chose pour le gouvernement (–30), les entreprises (–20) et les ONG (–22). Des chiffres qui font passer le pays de Trump de la 6e à la 28e et dernière place au classement de la confiance moyenne dans les institutions.