Le magazine français «Ebdo» dépose les armes

L’éditeur d’«Ebdo» a enclenché une procédure de cessation de paiement devant le tribunal de commerce de Paris.
Photo: Joel Saget Agence France-Presse L’éditeur d’«Ebdo» a enclenché une procédure de cessation de paiement devant le tribunal de commerce de Paris.

Après la crise, la fin. Trois mois après son lancement, l’hebdomadaire papier et sans publicité Ebdo a officiellement déposé les armes, selon un communiqué diffusé jeudi par la publication française.

« Depuis un mois, notre situation économique s’est dégradée de manière spectaculaire, déclarent dans une missive commune Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry, respectivement président de Rollin Publications et codirecteur de la rédaction d’Ebdo. Les ventes et les abonnements sont désormais au plus bas. Nous avons essayé de répondre aux critiques et d’améliorer Ebdo, semaine après semaine. Sans succès. »

Ebdo fait paraître en France son onzième et dernier numéro vendredi, avec en couverture une enquête sur la Corse et l’indépendance par la langue. En ne voulant pas dépendre de la publicité et en publiant sur papier de manière indépendante, le magazine hebdomadaire « se voulait à contre-courant de la fatalité et du déclin de la presse. Nous pensions que c’était justement ainsi, en mettant la barre au plus haut, qu’Ebdo pourrait faire la différence ».

L’éditeur a enclenché une procédure de cessation de paiement devant le Tribunal de commerce de Paris et demandera la nomination d’un administrateur judiciaire pour que les revues soeurs d’Ebdo, XXI et 6mois, puissent poursuivre leurs activités.

Les abonnements et les achats en kiosque de la publication n’ont pas atteint les niveaux espérés. Le quotidien français Le Monde dévoilait mardi que les ventes en kiosque étaient passées de 53 000 pour le premier numéro du 12 janvier à « entre 8000 et 10 000 » pour les derniers numéros. Le nombre d’abonnés plafonnait quant à lui à 8000, bien en deçà des 70 000 espérés.

« Un journal sans publicité ne peut pas vivre sans lecteurs, résume le communiqué d’adieu d’Ebdo. S’il ne se vend pas, il meurt. C’est la règle du jeu et nous la connaissions avant de nous lancer dans l’aventure. »

Le Monde a par ailleurs relayé le ressentiment de certains journalistes d’Ebdo. Si plusieurs disent avoir la conviction d’avoir réalisé des choses intéressantes, un employé parle d’un « triple amateurisme : éditorial, managérial et entrepreneurial ». Un autre pointe l’équipe de direction hétéroclite. « Dans le détail, personne n’avait la même vision », analyse avec le recul un journaliste.

Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry ont tout de même voulu clore leur missive avec une touche positive. « Il reste le formidable espoir suscité par ce journal, ces mois intenses de préparation, l’innovation de la Source [leur plateforme numérique destinée à recueillir les idées des abonnés] et de grandes émotions vécues ensemble, malgré quelques tempêtes. »