«Ebdo», le nouveau magazine français sans publicité, est en crise

Le codirecteur de la rédaction d’«Ebdo», Patrick de Saint-Exupéry
Photo: Joel Saget Agence France-Presse Le codirecteur de la rédaction d’«Ebdo», Patrick de Saint-Exupéry

Le projet était beau et fou, mais la réalité semble rattraper la publication française Ebdo. Trois mois après son lancement, l’hebdomadaire papier et sans publicité est en crise.

« Ebdo a des difficultés financières, c’est exact, mais nous n’avons pas déposé le bilan », a affirmé au Devoir le codirecteur de la rédaction d’Ebdo, Patrick de Saint-Exupéry. Ces propos contredisent plusieurs rumeurs qui circulaient dans les médias français.

« Nous sommes dans la recherche de solutions de reprise depuis plusieurs semaines. Nous étudions toutes les options. Tout est encore ouvert », a déclaré mardi le président de Rollin Publications, Laurent Beccaria, dans un communiqué.

Le groupe Rollin Publications, qui chapeaute aussi les magazines XXI et 6 mois, serait activement à la recherche de repreneurs ou d’investisseurs, selon des sources de l’Agence France-Presse.

Ebdo a misé sur le papier et sur les abonnements, le magazine ayant décidé de ne pas compter sur la publicité. Dans le contenu, il affichait lors de son lancement son désir d’aller à contresens de la surabondance d’informations en ligne et voulait parler à ses lecteurs de façon intelligente, mais simple.

Les abonnements et les achats en kiosque n’ont toutefois pas connu les niveaux anticipés. Le Monde dévoilait mardi que les ventes en kiosque étaient passées de 53 000 pour le premier numéro du 12 janvier à « entre 8000 et 10 000 » pour les derniers numéros. Le nombre d’abonnés plafonne quant à lui à 8000, bien en deçà des 70 000 espérés.

« On refait le plan d’affaires plan depuis un mois, expliquait Laurent Beccaria dans Libération. Les hypothèses économiques ont pris une autre figure. On doit retravailler l’ensemble de l’équation économique. »

Parmi les raisons expliquant les difficultés d’Ebdo, Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry mettent l’accent sur un article controversé sur le ministre français Nicolas Hulot, ayant conduit au retrait d’un investisseur. Le papier relatait par une source anonyme une plainte pour viol faite en 2008 à propos de faits qui se seraient déroulés en 1997, et qui sont donc classés.

Dans Le Devoir en juillet dernier, Patrick de Saint-Exupéry estimait Ebdo viable, même s’il reconnaissait que c’était « un pari ». « On dit très clairement aux gens qui se joignent à l’équipe que c’est une aventure. Après, on a peut-être tort, mais tant qu’on n’éprouve pas l’idée, on n’a pas la réponse », avait-il lancé.