Du décalé fait à petite échelle

Sonia Cordeau n’est pas à la recherche des projecteurs. Elle est d’ailleurs très peu sur les réseaux sociaux, ne publie pas de photos sur Instagram.
Photo: Catherine Legault Le Devoir Sonia Cordeau n’est pas à la recherche des projecteurs. Elle est d’ailleurs très peu sur les réseaux sociaux, ne publie pas de photos sur Instagram.

La comédienne Sonia Cordeau n’est pas à la recherche des projecteurs et adore travailler à petite échelle, sur « ses petits shows bizarres ». Et pourtant, elle sera dès le 5 mars au coeur de la nouvelle émission de fin de soirée à V, où elle sera le bras droit de Stéphane Rousseau. Un paradoxe ? Plutôt une entente improbable, se surprend-elle.

« C’est une affaire ben weird », lance d’emblée la polyvalente Cordeau, qui a passé neuf ans avec le groupe comique Les Appendices et qui mène aussi plusieurs projets au théâtre, notamment avec ses amis du Projet Bocal. Sur papier, Le show de Rousseau, qui reprend la populaire case horaire délaissée par Éric Salvail, ne s’arrime pas dans les approches « bizarres », voire absurdes des projets de celle qui travaille désormais avec l’équipe de Like-moi !

C’est pourtant elle qui a décidé d’aller passer l’audition, après avoir pesé le pour et le contre. « Des fois, tu regardes les propositions et tu te dis : “Non non, je ne vais même pas faire l’audition tellement je vais capoter.” Mais là, c’était dans mes cordes, je sentais que je pourrais avoir du fun, même à l’audition. J’ai essayé et dès le début je sentais qu’avec Stéphane c’était facile, étonnamment. Je ne m’attendais pas à ce que ça clique, je ne le connaissais pas, mais il est plus décalé qu’on pense, il a embarqué, c’était ben le fun. »

Celle qu’on a récemment vue dans la websérie Barman et qui a mis en scène le dernier spectacle de Katherine Levac ne sera pas assise aux côtés de l’animateur pendant le tournage du Show de Rousseau, mais plutôt avec les musiciens. Elle fera aussi des sketchs préenregistrés et « punchera » ici et là pendant l’émission.

« C’est un peu comme Fred Armisen avec Seth Meyers. Il est dans le band, ils ont des interventions placées, écrites, drôles, avec une part d’impro. Mais c’est leur dynamique qui est vraiment intéressante, c’est ça qui nous inspire, davantage qu’une coanimation, explique Sonia Cordeau. De toute façon, je ne suis pas animatrice, et poser des vraies questions, ça m’intéresse moyen. Alors je vais plus avoir ma question champ gauche, un peu bizarre, limite méchante ! »

Avec les amis

Sonia Cordeau sent donc qu’elle pourra être libre dans ce nouveau défi télévisuel, même s’il est fait pour un public plus large que ses projets habituels. C’est que la femme de 31 ans n’est pas du tout dévorée par l’ambition, mais plus par le plaisir de travailler avec les bandes d’amis qu’elle s’est créées au fil des années. Comme Les Appendices, le Projet Bocal ou même son groupe de musique Joli-Bois, fait avec Raphaëlle Lalande.

« Dans ma tête, tout est à petite échelle. Tout ce que je fais, c’est tout petit. Et je veux garder ça. Je fais ça dans la vie pour faire des niaiseries avec mes amis. Honnêtement. »

Elle est encore un peu désarçonnée de donner des entrevues, de voir de nouveaux regards se tourner vers elle. Cordeau est d’ailleurs très peu sur les réseaux sociaux, ne publie pas de photos sur Instagram. « J’ai un téléphone, mais j’appelle et je texte avec, seigneur ! lance-t-elle. Comme si le nombre de like était garant de quelque chose. Je trouve ça vraiment futile. Et je sens qu’il faudrait que j’aille plus là-dedans, mais je résiste, j’aimerais ça montrer qu’on peut faire ça dans la vie et ne pas montrer toute sa vie sur Instagram, avec son chien et son chum. »

Dès le début je sentais qu’avec Stéphane c’était facile. Je ne m’attendais pas à ce que ça clique, je ne le connaissais pas, mais il est plus décalé qu’on pense, il a embarqué, c’était ben le fun.

Et si Cordeau ne salive pas devant le nombre de mentions « j’aime », elle anticipe aussi les commentaires sur les différentes plateformes numériques. Avec Les Appendices ou Like-moi !, le public au bout du Web était un public convaincu, amical. « Sauf qu’avec des affaires comme Leshow de Rousseau, les gens qui n’aiment pas ça vont l’écouter pareil, pour critiquer. Ce que je trouve complètement ridicule. Fais autre chose, lis un livre, Madame ! »

Son principal désir — et défi —, c’est de trouver un équilibre entre les projets humoristiques et ceux plus sérieux. Sa présence dans la série Olivier, à Radio-Canada, et son mini-album de musique par exemple, l’ont aidée à « tempérer » les choses.

« J’aimerais ça écrire une pièce de théâtre comme on fait avec le Projet Bocal, où c’est drôle, c’est drôle et à un moment donné ce ne l’est plus tant que ça. Du genre : “Oh, ils sont nonos mais ils sont touchants en fait.” J’ai encore de quoi à fouiller là-dedans. »

Le retour des Rois de la « Main »

Les populaires Rois de la Main, qui ont marqué le parcours des Appendices à Télé-Québec, auront selon toute vraisemblance une nouvelle vie sur le Web. Sonia Cordeau est en écriture d’un dérivé des aventures de Guy et René, qui devrait être diffusé sur Tou.tv sous la forme de capsules d’une douzaine de minutes.

« Ce sont des personnages qui n’ont pas de bon sens, rigole Cordeau. On est deux filles [avec Anne-Élisabeth Bossé] qui jouent deux homosexuels plus vieux, dans les années 1970… kessé ça ! Mais ils sont touchants, et ils ont ben des affaires à dire. »

L’auteure veut conserver l’esprit faux documentaire de l’ONF et sortir Guy et René du café. Cordeau compte bien les faire interagir avec d’autres personnages, dont le neveu André, joué par Julianne Côté. « C’est vraiment stimulant, des fois j’aimerais juste faire ça ! »