Les vraies nouvelles et les fous rires constructifs de Louis T

L’approche comique de Louis T reste encore peu mise en avant sur scène.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir L’approche comique de Louis T reste encore peu mise en avant sur scène.

Louis T est sapé comme un chef d’antenne, il cite ses sources, livre les deux côtés de la médaille et s’inspire abondamment de l’actualité. Mais s’il a presque tout d’un journaliste, c’est beaucoup en faisant rire que l’homme veut faire réfléchir les citoyens.

L’humoriste a le vent dans les voiles depuis quelques années. Il a bien sûr son spectacle solo sur scène, Objectivement parlant, mais on le voit beaucoup dans les médias et en ligne. À Entrée principale, par exemple, sur Tou.tv avec ses capsules Vérités et conséquences, ou à Gravel le matin comme « humeuriste ». Il a travaillé dans le passé à Bazzo.TV, a passé deux ans à Selon l’opinion comique à MaTV. Bref, il promène ses blagues généralement bien informées sur plusieurs plateaux.

Son plus récent projet est une baladodiffusion à Radio-Canada, Si j’ai bien compris, dans laquelle le natif de Jonquière poursuit son approche habituelle comico-informative avec quelques collaborateurs, dont Judith Lussier et Charles-Alexandre Théorêt, « petit recherchiste » à La soirée est (encore) jeune.

C’est pour Louis T un nouveau terrain de jeu, une formule différente, mais avec le même objectif : « Apprendre certaines choses aux gens et être conscient que l’humour, ou le côté relax, peut être très efficace pour transférer ces informations-là. »

Visiblement, le journalisme est un monde qui plaît au comique âgé de 35 ans. « Oui j’aurais aimé ça, mais je sais pas… J’aimerais être journaliste dans la version idéalisée de la job. » C’est-à-dire ? « Tu choisis tes sujets, tu travailles quelques jours, tu changes le monde, tu fais juste ce que t’as envie de faire dans le fond avec une tribune qui marque ! » Bref, le 1 % du quatrième pouvoir.

Cela dit, Louis T semble avoir comme leitmotiv le classique « rigueur, rigueur, rigueur » de Pierre Bruneau. « Oui, je vais faire des blagues, mais côté information, je vais m’arranger pour être aussi crédible et faire des recherches aussi valables que celles d’un journaliste, assure-t-il. Au final, on fait la même chose, c’est juste que, moi, j’ai le luxe de pouvoir faire des sourires, décrocher, faire rire. Ça peut rendre ça plus populaire, ou viral, mais sinon c’est une job de journaliste. »

Il confie même qu’en bon gars de données, son site préféré est… celui de Statistique Canada. « Je trouve que c’est le plus beau site au monde. Des fois je vais lire des tableaux, et wow ça change totalement ma façon de penser. Mais bon, c’est pas comme ça que la plupart des gens fonctionnent ! »

Humour 3e vague

Son approche comique reste encore peu mise en avant sur scène et dans les médias. Est-ce qu’on peut le comparer à Infoman, qui s’amuse avec l’information ? « Il le fait [avec l’approche] d’une autre époque à mes yeux, dit Louis T. Pas que ça vieillit, il ne le fait pas mal, ce n’est pas dépassé, mais il fait partie d’une autre vague. »

Selon le jeune père de famille, un premier mouvement dans les années 1990 se voulait fait « de jokounettes », avant qu’une deuxième vague veuille qu’on prenne position pour dénoncer des situations. « Et la version 3.0 est de faire un travail journalistique par rapport à ça. On ne va pas juste dénoncer, on va enseigner des choses. Je pense que je fais plus partie de la 3e vague, qui, à mes yeux, devrait arriver à la télé prochainement. Ça fait longtemps qu’on déconstruit la politique, on peut-tu construire maintenant ? »

Son modèle dans le genre, c’est John Oliver, au sud de la frontière, qui se penche avec humour sur des enjeux importants, ou peu mis en avant. « Et en ajoutant de l’humour, il les fait voir. Les gens peuvent écouter une vidéo de 22 minutes sur la neutralité du Net, ce qu’ils n’auraient jamais fait avant. Et après, ils se disent qu’ils ont appris des choses, qu’ils sont conscientisés… Je pense que ça, ça serait un modèle de ce que j’aimerais faire un jour. » 

On ne va pas juste dénoncer, on va enseigner des choses. Je pense que je fais plus partie de la 3e vague, qui, à mes yeux, devrait arriver à la télé prochainement. Ça fait longtemps qu’on déconstruit la politique, on peut-tu construire maintenant ?

Est-ce que cette approche ne crée pas une zone floue en information ? Une confusion des genres ? « Oui, mais ça, c’est votre problème ! rigole-t-il. Radio-Canada vit ce problème-là, par exemple, et je comprends qu’en tant que diffuseur, ils ont des chartes, mais moi, je vais faire ce que j’ai envie de faire. Et si ça déplaisait à des journalistes, je pourrais comprendre sauf que je m’en fous ! »

Il note toutefois la présence de projets comme Rad, du diffuseur public, ou Tabloïd, de Québecor, qui ont une touche plus décalée. « C’est des journalistes plus jeunes et plus charismatiques, eux aussi décident de venir là. Ils se demandent comment aller chercher les gens. Et les gens préfèrent écouter des trucs divertissants que de lire le journal. Faque la tâche du média est d’aller rejoindre les gens, pas de dire que les gens sont niaiseux, ne-non. Ta job, c’est de trouver une façon de les rejoindre. »