Québecor conteste l’aide consentie à Groupe Capitales Médias

Dans le communiqué de Québecor, Pierre Karl Péladeau déplore que l’aide de l’État ait été accordée «à la pièce».
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Dans le communiqué de Québecor, Pierre Karl Péladeau déplore que l’aide de l’État ait été accordée «à la pièce».

Déjà mécontent du prêt de 10 millions accordé par Investissement Québec aux quotidiens régionaux de Groupe Capitales Médias (GCM), Pierre Karl Péladeau est passé de la parole aux actes. Québecor a annoncé mercredi qu’elle se tournait vers la Cour supérieure pour faire « annuler et invalider » le décret du gouvernement.

M. Péladeau et l’entreprise dont il est le président et chef de la direction jugent qu’en octroyant ce prêt, Québec a « abusé du pouvoir que lui confère la Loi sur Investissement Québec, rendant ainsi cette décision illégale. »

L’entreprise estime plus précisément que les libéraux ont enfreint l’article 19 de la Loi sur Investissement Québec, qui précise que l’organisme doit aider « des projets qui représentent un intérêt économique important pour le Québec ». Or, croit M. Péladeau, le projet de transformation numérique de GCM, auquel s’arrimait le prêt, « ne présente ni l’envergure, ni le potentiel, ni les retombées nécessaires pour en faire un projet présentant un intérêt économique important pour le Québec ».

Dans le document de la requête déposée en Cour supérieure, Québecor reproche « l’abus de pouvoir du conseil exécutif », ainsi que le caractère déraisonnable du décret et un « favoritisme flagrant ».

Le cabinet de la vice-première ministre et ministre de l’Économie, Dominique Anglade, a préféré restreindre ses commentaires. « Ce sera au tribunal de trancher. »

C’est le 14 décembre dernier que Mme Anglade avait annoncé le prêt en question, précisant qu’il était issu d’« une décision du conseil des ministres [car] ce type d’entreprise là n’est normalement pas admissible ». Notons que Le Devoir a également reçu un prêt de Québec, d’un montant de 526 000 $.

Dans le communiqué de Québecor, Pierre Karl Péladeau déplore que l’aide de l’État ait été accordée « à la pièce ». « Compte tenu de l’importance de maintenir l’indépendance des médias face au gouvernement, tout investissement de ce dernier afin de soutenir la presse écrite doit être exceptionnel, normé et appliqué de façon uniforme. »

GCM compte en son sein les quotidiens régionaux Le Soleil (Québec), Le Droit (Ottawa-Gatineau), Le Quotidien (Saguenay), Le Nouvelliste (Trois-Rivières), La Tribune (Sherbrooke) et La Voix de l’Est (Granby). L’entreprise est la propriété de l’ancien ministre libéral Martin Cauchon et est présidée par Claude Gagnon.

Selon ce dernier, « il n’y a plus grand-chose qui m’étonne de la part de nos amis de Québecor et de M. Péladeau, a-t-il dit au Devoir. Je pense qu’on est utilisé à des fins politiques par le futur chef du Parti québécois. Je pense que c’est de plus en plus clair et, à un moment donné, ça devient de plus en plus ridicule. Déjà, on était très surpris de voir les réactions de M. Péladeau depuis [l’annonce de l’aide financière]. On est donc rendu à un niveau où il n’y a plus rien pour nous surprendre. Ça devient pratiquement loufoque ».

De son côté, la Fédération nationale des communications, affiliée à la CSN, espère que le recours ne donnera pas la frousse aux gouvernements et leur rappelle qu’ils « doivent aller de l’avant dès leur prochain budget avec des mesures d’aide à la presse écrite ». Pour la présidente de la FNC, Pascale St-Onge, « il faut qu’ils interviennent de la bonne façon et le plus important, c’est la transparence dans les critères et la façon d’octroyer l’aide ».

Québecor n’a pas rappelé Le Devoir.