La presse écrite lance un nouvel appel à l’aide

La FNC souhaite que le prochain budget fédéral propose des mesures d’aide à la presse écrite.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir La FNC souhaite que le prochain budget fédéral propose des mesures d’aide à la presse écrite.

Alors que la Fédération nationale des communications (FNC) était à Ottawa mercredi pour demander au gouvernement Trudeau que le prochain budget vienne en aide à la presse écrite, des journalistes d’un peu partout au Québec ont rappelé par diverses actions l’importance de la profession.

Le mouvement concerté, qui avait lieu le jour de la Saint-Valentin, prenait la forme d’une « journée d’amour à la presse écrite », alors que de nombreuses entreprises médiatiques espèrent toujours la grande promesse d’Ottawa.

À Montréal, entre les murs de l’UQAM, une discussion rassemblait des représentants syndicaux du Devoir, de La Presse et du Journal de Montréal. Ceux-ci ont dressé un portrait inquiétant de la situation économique de l’industrie médiatique, où le marché publicitaire est grevé par Facebook et Google. Ils ont aussi réclamé des actions politiques pour leur venir en aide.

« On n’est pas en panne de lecteurs, on n’est pas en panne de pertinence, mais on a une panne due à deux géants américains qu’en ce moment, les gens à Ottawa veulent laisser agir à leur guise », a dit Charles Côté, président du syndicat des travailleurs de l’information de La Presse.

La baisse des ventes de publicité a un impact direct sur le contenu des journaux, le nombre de pages des publications s’adaptant au ratio d’annonceurs, a souligné le président du syndicat du Journal de Montréal, Stéphan Dussault.

« C’est très difficile, je suis chef de pupitre et je le vis quotidiennement, il faut faire des choix et parfois complètement évacuer des sujets. »

Selon Charles Côté, il est maintenant nécessaire de voir « de l’action dans le milieu politique », précisant qu’il est nécessaire que soient mis sur pieds « des programmes normés, qui offrent des garanties d’indépendance, pour financer le travail des salles de rédaction ».

Devant une salle surtout remplie de membres des médias, le président de l’Association des journalistes indépendants du Québec, Simon Van Vliet, a estimé qu’il restait à stimuler « la mobilisation du public » pour éviter qu’« on soit convaincus entre nous ».

7000 noms

Un peu plus tôt, la FNC, affiliée à la CSN, s’était d’ailleurs rendue à Ottawa pour remettre au gouvernement de Justin Trudeau une lettre ouverte signée par un peu plus de 7000 citoyens et personnalités publiques. L’exercice de la FNC, qui représente environ 6000 salariés du monde des communications et de la culture, avait pour but de rappeler à Ottawa « l’urgence d’agir rapidement pour soutenir un secteur en difficulté, mais qui demeure essentiel à la santé de la démocratie ».

La FNC, qui était accompagnée du président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, Stéphane Giroux, souhaite que le prochain budget fédéral propose des mesures d’aide à la presse écrite. « On ne peut pas se permettre d’autres pertes d’emplois ou d’autres fermetures de médias », a déclaré M. Giroux dans un communiqué.

Différentes pistes de solution sont suggérées par l’organisation syndicale, dont des crédits d’impôt sur la masse salariale ou une réforme des critères d’admissibilité du Fonds du Canada pour les périodiques, afin qu’il soit accessible aux quotidiens.

Simon Ross, l’attaché de presse de la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, a expliqué au Devoir qu’« un contenu journalistique local est essentiel à une démocratie saine » et que les actions d’Ottawa devraient respecter l’indépendance journalistique. Le ministère a ajouté qu’il n’allait « pas soutenir les modèles qui ne sont plus viables ». Le fédéral, dit M. Ross, modernise actuellement le Fonds des périodiques du Canada « pour mieux appuyer les médias locaux dans leur transition vers le numérique ».

Des actions menées partout au Québec

Un peu partout dans la province, des journalistes de la presse écrite sont allés mercredi à la rencontre d’étudiants et de citoyens afin d’échanger avec eux sur l’importance de l’information en démocratie. À Québec, par exemple, plusieurs employés du quotidien Le Soleil se sont rendus sur le parvis de l’église Saint-Roch, caméra à la main, dans le but de filmer les échanges avec le public. « On en parle beaucoup entre journalistes, mais ce que je voulais faire, c’est demander aux gens qui lisent les nouvelles comment eux autres voient ça, comment ils ont vu changer les choses, et ce qu’ils voudraient que ce soit si on leur donnait le choix », explique au Devoir Pierre Asselin, membre de l’exécutif syndical du Soleil. « Elle va venir d’où l’information si personne n’est là pour la produire ? Si les gens en prennent conscience et portent aussi ce dossier-là, ça va nous aider et ça les aidera aussi. »