Des «piliers» pour relancer CIBL

La station CIBL a mis à pied tous ses employés en raison de difficultés financières le 5 janvier. 
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir La station CIBL a mis à pied tous ses employés en raison de difficultés financières le 5 janvier. 

Le comité de relance de la station communautaire montréalaise CIBL, qui a mis à pied vendredi tous ses employés en raison de difficultés financières, sera idéalement composé de huit membres, dont les « piliers » seront des gens réputés et proches du milieu culturel et des affaires, a dit mardi au Devoir le président du conseil d’administration du 101,5 FM, Thierry Holdrinet.

C’est ce qui est ressorti des discussions et des décisions du conseil d’administration de la station, qui s’est réuni en soirée lundi, tout de suite après une longue rencontre avec les 13 employés mis à pied.

M. Holdrinet a expliqué que le comité de relance de la radio fondée en 1980 sera composé d’employés et d’administrateurs actuels de la station, mais qu’il rencontrera jeudi « une ou deux » personnalités « qui ont une certaine renommée, une très forte crédibilité auprès de CIBL et aussi dans les milieux d’affaires et culturels ». Refusant de donner des noms, M. Holdrinet a estimé que ceux-ci « seront certainement les piliers ou les pivots de cette relance-là ».

Des employés insatisfaits

Lundi soir, à la sortie de leur rencontre avec le conseil d’administration, les employés mis à pied jusqu’à nouvel ordre se sont montrés déçus du manque de mesures concrètes.

« C’est sûr que les employés, et on le comprend totalement, étaient déçus, avaient plein d’interrogations et de questionnements, dit le président du conseil. On a essayé d’y répondre le mieux possible, la rencontre a duré deux bonnes heures. Il y a une certaine déception parce qu’on n’avait pas de solutions miracles à apporter, on n’avait pas de solutions structurantes. »

Négocier avec les créanciers

Le conseil d’administration a par ailleurs exprimé lundi soir son désir de mandater une personne « pour faire plus le travail de suivi administratif de CIBL, qui soit un pivot de coordination, une espèce de chargé de projet du comité de relance. Mais ça va dépendre des fonds qu’on a. Actuellement, les fonds sont au fond ».

Thierry Holdrinet rencontrait mardi après-midi le principal partenaire de la station, la Caisse d’économie solidaire Desjardins, « pour essayer d’avoir un petit coussin, parce que, malheureusement, ça prend de l’argent pour générer de l’argent ».

Combien de temps la situation actuelle pourrait-elle durer ? Le président veut que les choses se passent « le plus rapidement possible ». « Il y a des jobs en jeu, des auditeurs en jeu, des partenaires en jeu, mais on veut surtout que ça se fasse bien. L’idée, ce n’est pas d’aller chercher un montant d’argent, de le réinjecter et de refaire la même chose, ce serait irresponsable, ridicule même. »

1 commentaire
  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 9 janvier 2018 13 h 35

    Une crise prévisible...

    Membre et ex-dg de CIBL, j'ai assisté à une AGA où bon nombre de producteurs bénévoles se sont heurtés à une porte close... parce qu'ils avaient omis de renouveler à temps le paiement de leur carte de membre. Ils y venaient pour débattre du virage pris par le directeur général de l'époque, virage qui avait eu pour effet de vider la station de ses producteurs pour en remplacer le contenu essentiellement par de la radio en "canne"... avec le résultat qu'on connaît.

    Mais ce n'est pas la seule cause de la déconvenue de cette station communautaire. L'autre provient du cadeau empoisonné de l'édifice du 2/22 par le gouvernement Charest. Cadeau de Grec parce que découlant de la seule tenure comprise par ce gouvernement : la propriété privée en condo. Or les coûts y ont explosé, engloutissant la quasi-totalité des revenus autonomes de la station. Il aurait sans doute été plus sage de créer une propriété collective sous forme de coop où CIBL aurait été l'un des membres-locataires. D'autres raisons profondes sont aussi derrière cette crise touchant la nature même de la station.

    Il est évident que l'arrivée du numérique, dont maintenant les "iTune ou Spotify", chambarde complètement l'écoute de la musique. Or la spécificité de CIBL, c'est qu'elle comprenait plusieurs radios en une seule. Ainsi, un soir de semaine on pouvait y suivre des producteurs amants du jazz, le soir suivant se délecter des musiques du monde d'un Yves Bernard, etc. CIBL incarnait toutes ces radios rêvées et réalisées par des centaines de producteurs bénévoles. On y a fait place nette d'un seul geste alors qu'au contraire, on aurait dû s'emparer d'internet pour démultiplier la portée de la station. Que faire maintenant? Eh bien d'abord renouer avec la mission-même de la station en rouvrant la porte à l'apport des producteurs. Mieux! Offrir à l'auditoire des canaux spécialisés sur Internet tant pour la musique que pour l'information animés par ce qui a toujours fait la force de CIBL: ses bénévoles.