Syrie, Mexique, Chine… des pays difficiles pour les journalistes

Des passants prennent des photos du journaliste et écrivain mexicain Javier Valdez Cárdenas, tué par balles en pleine rue à Culiacán, dans l’État de Sinaloa, le 15 mai dernier.
Photo: Fernando Brito Associated Press Des passants prennent des photos du journaliste et écrivain mexicain Javier Valdez Cárdenas, tué par balles en pleine rue à Culiacán, dans l’État de Sinaloa, le 15 mai dernier.

La Syrie demeure le pays le plus meurtrier pour les journalistes, suivi maintenant de près par le Mexique. Et la Chine est la plus grande prison du monde pour ceux et celles qui font le métier d’informer.

Reporters sans frontières (RSF) publie ce mardi son bilan annuel des exactions commises contre les journalistes dans le monde. Un bilan sombre… mais moins sombre qu’avant. RSF a établi que 65 journalistes ont été tués en 2017 dans l’exercice de leurs fonctions, un nombre en baisse de 18 % par rapport à l’année dernière. De ce nombre, on comptait 50 journalistes professionnels, 7 journalistes citoyens et 8 collaborateurs de médias.

Si 1035 journalistes ont été tués depuis 15 ans, l’année 2017 est la moins meurtrière. Pourquoi ? RSF soutient qu’il existe une « prise de conscience croissante de la nécessité de mieux protéger les journalistes », et l’organisme salue la multiplication des campagnes menées en ce sens par les organisations internationales et les médias eux-mêmes. « Les formations à la sécurité physique, plus nombreuses, ont également contribué à mieux former les journalistes envoyés sur des terrains hostiles. »

Autre explication : des pays, devenus trop dangereux, se vident de leurs journalistes. « C’est le cas de la Syrie, de l’Irak, du Yémen, de la Libye où l’on assiste à une hémorragie de la profession. Certains journalistes font même le choix d’abandonner leur métier, au profit d’un autre, moins risqué. L’impossibilité de couvrir autrement qu’au péril de sa vie n’est pas l’apanage des seuls pays en guerre. Au Mexique, où les cartels et des politiques locaux font régner la terreur, nombre de journalistes font aussi le choix de quitter leur pays ou leur profession. »

326 en prison

Après la Syrie, avec 12 décès, le Mexique apparaît en effet au 2e rang des pays les plus meurtriers, avec 11 décès (l’Afghanistan suit avec 9). D’ailleurs, 46 % des reporters tués l’ont été dans des pays où il n’y a pas de conflits déclarés (le Mexique au premier chef), contre 30 % en 2016.

« Les journalistes d’investigation qui travaillent sur de grands sujets tels que la corruption ou les scandales environnementaux jouent un rôle fondamental de contre-pouvoir et sont en cela lâchement assassinés par ceux que ces enquêtes dérangent, déplore Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. Mener des enquêtes dans certains pays en paix est en train de devenir aussi dangereux que de couvrir un conflit. Cette situation alarmante rappelle la nécessité de davantage protéger les journalistes. »

Par ailleurs, au 1er décembre 2017, 326 journalistes croupissaient en prison à cause de leur métier. La Chine vient en tête de ce triste palmarès, avec 52 journalistes emprisonnés, suivi de la Turquie avec 43. Avec 19 journalistes en prison, le Vietnam est devenu en 2017 l’une des cinq plus importantes prisons au monde pour journalistes. « Censure, détention arbitraire, violences couvertes par l’État, Hanoï s’est engagé ces derniers mois dans une vague de répression sans précédent de toute liberté d’informer », déclare RSF.

Enfin, 54 journalistes sont actuellement aux mains de groupes armés non étatiques, comme le groupe État islamique ou les Houthis, au Yémen. Près du trois quarts des otages sont des journalistes locaux, qui travaillent souvent dans des conditions précaires et risquées. La majorité se trouve en Syrie.

Assassinats et enlèvements

Ce bilan chiffré doit être illustré par des noms. RSF souligne, par exemple, l’assassinat le 15 mai dernier de Javier Valdez Cárdenas à Culiacán, au Mexique, un meurtre qui a provoqué une vague d’indignation dans le pays. Ce journaliste âgé de 50 ans, collaborateur de l’Agence France-Presse et de médias locaux, était un grand spécialiste du narcotrafic.

En Chine, le Prix Nobel de la paix et prix RSF Liu Xiaobo et le blogueur Yang Tongyan, deux prisonniers condamnés à de longues peines, ont ainsi été découverts atteints d’un cancer en phase terminale.

RSF ajoute que sept journalistes étrangers demeurent otages en Syrie, et trois d’entre eux subissent ce calvaire depuis maintenant plus de cinq ans. C’est le cas d’Austin Tice, journaliste américain qui collaborait avec le Washington Post et Al Jazeera English, et de Bachar al-Kadumi, journaliste palestino-jordanien de la chaîne Al-Hurra.

Concernant les prises d’otages, RSF remarque, au sujet des groupes armés, que « les enlèvements restent un business juteux et pratique à bien des égards : ils permettent de faire régner la terreur et d’obtenir une allégeance totale des observateurs potentiels tout en finançant leur guerre grâce aux rançons ».

1 commentaire
  • Pierre Robineault - Abonné 19 décembre 2017 09 h 22

    Pas un !

    Et pas un mot sur la Turquie, la Russie, et bien d'autres?