TVA Nouvelles s’excuse pour le reportage erroné sur les mosquées

Les représentants des mosquées avaient vigoureusement nié l’information dès le départ.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Les représentants des mosquées avaient vigoureusement nié l’information dès le départ.

La direction de TVA Nouvelles a présenté des excuses, vendredi matin, pour le reportage erroné présenté mardi soir alléguant que des mosquées du quartier Côte-des-Neiges, à Montréal, avaient demandé l’exclusion de femmes sur un chantier de construction lors de la prière du vendredi.

TVA Nouvelles souligne que « le reportage était fondé sur les témoignages rapportés à la caméra » de deux entrepreneurs et ajoute que les versions recueillies auprès de ces intervenants « ont changé » depuis.

Dans une mise au point publiée sur son site web, l’entreprise de presse dit regretter cette situation et s’excuse « auprès des différents intervenants et des téléspectateurs qui ont été affectés par cette nouvelle ».

Par ailleurs, la direction de TVA Nouvelles affirme qu’une « enquête interne pour valider les étapes de la démarche journalistique » derrière ce reportage est en cours.

Le Conseil de presse du Québec a confirmé avoir reçu « plusieurs » plaintes pour ce reportage.

La diffusion de cette nouvelle a déclenché une vive polémique sur les réseaux sociaux qui s’est étendue jusqu’au premier ministre Philippe Couillard, qui avait dénoncé une telle pratique tout en précisant qu’il fallait d’abord s’assurer de sa véracité.

La Commission de la construction du Québec avait mené une vérification pour finalement conclure, après de multiples rencontres avec tous les intervenants, incluant les femmes œuvrant sur le chantier, que l’information n’était pas véridique.

Des groupes identitaires proches de l’extrême droite avaient promis une manifestation devant l’une des mosquées lors de la prière ce vendredi, après être montés aux barricades sur les réseaux sociaux. Certains de ces groupes disent maintenant douter que l’information soit fausse, malgré les démentis venant de toutes parts, mais ont annulé leur manifestation.

Une poignée de manifestants se sont néanmoins présentés vendredi midi devant la mosquée de la rue de Courtrai.

Il n’en restait que quelques-uns deux heures plus tard et le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) n’a pas eu à intervenir puisque tout s’est déroulé dans le calme, selon l’agent Raphaël Bergeron.

Les représentants des mosquées, eux, avaient pourtant vigoureusement nié l’information dès le départ et avaient par la suite déploré que sa diffusion alimente « le cynisme et porte préjudice à toutes les communautés ».

Les représentants des mosquées disent avoir reçu des messages haineux, des menaces de mort et des menaces d’incendie. Les policiers de Montréal ont d’ailleurs accru la surveillance des lieux.

L’avocat des mosquées a indiqué plus tôt cette semaine qu’elles envisagent de poursuivre le réseau TVA, les personnes des entreprises de construction à l’origine de l’information ainsi qu’une députée de l’opposition péquiste qui avait relayé le reportage sur les réseaux sociaux.

11 commentaires
  • Pierre Robineault - Abonné 15 décembre 2017 14 h 32

    Excuser ou s'excuser ?

    Et moi qui croyais et crois encore que l'on doit demander d'être excusé plutôt que de s'excuser soi-même!

    Il m'apparaît non seulement plus sincère de demander aux personnes injustement visées de bien vouloir en être excusé, mais aussi plus franc et plus efficace socialement en laissant les personnes affectées exprimer leur sentiment, et bien entendu leur permettre de demander à leur tour "de ne plus recommencer."

    Serais-je donc issu d'une vieille école?

    • Christian Montmarquette - Abonné 15 décembre 2017 17 h 07

      Que je sache, les deux formules sont acceptées.

      Mais je suis d'accord avec vous qu'il est plus élégant et plus poli de dire "Excusez-moi" que "Je m'excuse".

      Référence : Office de la langue fraçaise du Québec

      Je m'excuse

      La tournure je m'excuse, qui est très fréquente, est parfois critiquée. Elle est cependant tout à fait correcte dans le sens de «je présente mes excuses»; il n'y a donc aucune raison d'éviter de l'employer dans la langue courante.

      Dans le style soutenu, on pourra lui préférer les formules veuillez m'excuser, je vous prie de m'excuser ou encore toutes mes excuses, plus polies.

      La tournure excusez-moi est également correcte.

      http://bdl.oqlf.gouv.qc.ca/bdl/gabarit_bdl.asp?id=

  • Gilles Théberge - Abonné 15 décembre 2017 14 h 42

    La diabolisation des «groupes identitaires» se poursuit!

    «Des groupes identitaires proches de l’extrême droite avaient promis une manifestation devant l’une des mosquées lors de la prière ce vendredi,»

    C'est quoi un groupe identitaire?

    C'est quoi au Québec, un grouoe d'extrême droite...?

    Je suis Québécois d'abors et avant tout. Suis-je un «identitaire» d'extrême droite..

    Je suis indigné de voir les journalistes, ceux du Devoir entre autres, avoir si peu de rigueur dans cette affaire.

    • Richard Labelle - Abonné 15 décembre 2017 16 h 18

      On a cette manie au Québec de na pas appeler les choses par leur nom, mais d'inventer des mots à n'en plus finir pour nommer quelque chose, par peur de mal paraître. Ainsi, il ne faut pas dire "extrême droite" car ce phénomène n'existe sûrement pas au Québec, alors il faut l'appeler....quoi au juste? On a la parania tellement facile et l'esprit colonisé encore bien ancré. Moi aussi je suis Québécois et fier de l'être et ce n'est pas parce que je suis Québécois que j'ai constamment le sentiment de me sentir visé quand on qualifie certains groupuscules d'extrême droite. l'extrême droite, comme le radicalisme, existe partout dans le monde, il n'y a qu'ici qu'on craint de les nommer par leur nom. Et si vous êtes Québécois et fier de l'être, cessez de penser qu'on vous vise quand on parle d'extrême droite, il y a une méchante différence entre les deux.

    • Serge Pelletier - Abonné 16 décembre 2017 04 h 09

      Monsieur Labelle, savez-vous ce qu'est réellement l'extrême-droite. J'en doute.
      Au Québec, il y a une particuliarité du langage employé qui est tout aussi loufoque qu'irréaliste. Tout devient culture du viol, extrême droite extrême gauche, etc.

      L'idiotie appliquée aux termes en est rendue que plus de 47% des étudiantes (et quelques étudiants) de l'Université Laval disent avoir été agresssé sexuellement - à les entendre on se croirait dans un gang bang de films pornographiques... Que les gens de la petite gang de La Meute sont des gens de l'extrême-droite - pratiquement des néo-nazis... Que les ti-cails de Québec Solidaire sont des tenants de l'extrême gauche à un point tel que Vladimir Ilitch Oulianov (dit Lénine) passe pour un enfant de coeur...
      L'analphabétisme dit fonctionnel frise au Québec les 50%... Et l'illétrisme, quant à lui, doit atteindre les 75% à 80%... Ces deux caractéristiques amènent certains corollaires: la confusion des termes, des engouements passagers (espérons) pour certains mots (à titre d'exemple "société civile" à toutes les phrases - mot qui à succédé au mot problématique qui était lui aussi à toutes les phrases)... La dernière société qui ne se voulait pas civile était Sparte... et ça fait un certain bout de temps de cela.

  • S. A. Samson - Abonnée 15 décembre 2017 16 h 12

    Tous et toutes sur le même pied

    Le Premier ministre Couillard à aussi relayé la nouvelle, en plus de dénoncer de tels comportements inacceptables... Il faudra donc qu'il soit poursuivi aussi au même titre que les autres..

  • Robert Beauchamp - Abonné 15 décembre 2017 16 h 39

    L'Omertà

    À preuve, on n'a pas interrogé les femmes visées par leur déplacement. Qu'y avait-il de gênant à dire les motifs de leurs nouvelles affectations?

  • Marc Therrien - Abonné 15 décembre 2017 19 h 06

    Croire sur parole


    Espérons qu’il ne s’agit que d’un accident de parcours dans ce feu roulant de chasse quotidienne aux nouvelles. Car s’il fallait que les journalistes deviennent aussi crédules que la population, ce monde pourrait devenir un peu plus inquiétant. On pourrait alors donner raison à un « trumpiste » de vouloir exiger qu’un journaliste révèle ses sources. Si une situation semblable se répétait trop souvent, comment pourrions-nous légitimement garder confiance en un journaliste qui dit tenir une information vérifiée en bonne et due forme auprès de sources anonymes? Il pourrait alors arriver que, dans ce monde des apparences qui se prennent pour des vérités, la confiance ne puisse plus s’en tenir à la seule parole donnée.

    Marc Therrien