Quotidiens régionaux: un prêt politique qui divise

La vice-première ministre Dominique Anglade dit faire confiance aux journalistes des différentes régions «pour leur professionnalisme et leur capacité de discernement». 
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La vice-première ministre Dominique Anglade dit faire confiance aux journalistes des différentes régions «pour leur professionnalisme et leur capacité de discernement». 

C’est le conseil des ministres du Québec qui a demandé au Fonds du développement économique géré par Investissement Québec (IQ) de prêter 10 millions de dollars à Groupe Capitales Médias (GCM) et ses six quotidiens régionaux. Et le gouvernement compte utiliser la même approche — qui a soulevé certaines inquiétudes — pour aider d’autres médias en difficulté.

« C’est une décision du conseil des ministres [car] ce type d’entreprise là n’est normalement pas admissible, et pour nous [l’idée] c’était de faire un décret spécifique pour les médias écrits », a affirmé au Devoir la vice-première ministre et ministre de l’Économie, Dominique Anglade, peu après une conférence de presse tenue dans les bureaux du journal saguenéen Le Quotidien.

GCM, propriété de l’ancien ministre libéral Martin Cauchon et présidé par Claude Gagnon, compte en son sein les quotidiens régionaux Le Soleil (Québec), Le Droit (Ottawa-Gatineau), Le Quotidien (Saguenay), Le Nouvelliste (Trois-Rivières), La Tribune (Sherbrooke) et La Voix de l’Est (Granby).

IQ procédera donc à un prêt de 10 millions, remboursable, auquel s’appliquera un taux d’intérêt qui n’a pas été dévoilé. Le montant se greffera au plan de GCM pour sa transformation numérique. L’entreprise insufflera pour sa part 16 millions, « des fonds autogénérés par l’entreprise », a précisé Claude Gagnon.

« C’est une belle ouverture de Québec, ajoute ce dernier. C’est la première fois qu’un gouvernement ici au Canada ouvre la porte en disant “on va donner de l’aide aux médias”. C’est vraiment important. »

Quelles sont les chances pour Québec de récupérer son investissement ? « C’est sûr que l’on souhaite revoir cet argent-là, et qu’on a regardé le plan d’affaires objectivement par rapport à ça, a expliqué au Devoir Mme Anglade. Pour nous, le risque, c’est aussi 400 emplois, et c’est l’information régionale. C’est l’intérêt supérieur qu’on doit regarder plutôt que de simplement se demander : “Est-ce qu’on va récupérer nos billes ?” »

Inquiétudes

Ce prêt fait par Québec soulève toutefois des inquiétudes quant à la liberté des journaux ainsi aidés par l’État. La Fédération nationale des communications (FNC-CSN) parle d’une aide « imparfaite », et assure que les syndicats de GCM qui représentent les journalistes veilleront à l’indépendance des rédactions.

Du côté de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), le président Stéphane Giroux juge qu’une aide qui viendrait « d’un conseil des ministres qui y va à coups de promesses électorales, qui sont offertes à des fins partisanes, ajouterait une pression sur les dirigeants de presse. Mais on espère que les éditeurs vont savoir trancher, que M. Cauchon va savoir dire : “Oui, on accepte l’argent, mais ne venez pas dire à nos journalistes quoi écrire.” »

Dominique Anglade dit faire confiance aux journalistes des différentes régions « pour leur professionnalisme et leur capacité de discernement ».

Le professeur titulaire en droit à l’Université de Montréal et chroniqueur au Devoir Pierre Trudel rappelle que plusieurs pays d’Europe, comme la France, aident leurs médias avec par exemple « des privilèges fiscaux ou l’accès au service postal ». La clé, selon lui, réside dans le fait que ces programmes « soient administrés à distance du gouvernement et à des conditions prédéfinies ».

D’autres médias

Le prêt du Québec à GCM « ouvre la porte pour les autres qui font leurs demandes », dit Claude Gagnon. La ministre Anglade l’a confirmé, affirmant que si « une organisation vient nous présenter des projets similaires, on va les regarder avec la même équité [que celle avec laquelle] on a regardé les projets qui ont reçu de l’aide du gouvernement ». Pourrait-il y avoir d’autres annonces ? « Effectivement », confie la ministre.

L’animateur Bernard Drainville affirmait d’ailleurs jeudi matin sur les ondes du 98,5 FM que Le Devoir obtiendrait aussi une aide financière. « Est-ce qu’on a eu une demande du Devoir ? La réponse, c’est oui, a dit la ministre Anglade. L’information sera rendue publique et détaillée en temps et lieu. » Le directeur du Devoir, Brian Myles, n’a pas commenté l’information.

7 commentaires
  • Alain Lavallée - Abonné 14 décembre 2017 16 h 24

    Un plan structuré d'aide aux médias aurait été préférable

    J'aurais préféré le dévoilement d'un plan plus structuré d'aide aux médias écrits ( y compris aux concurrents de la famille desmarais-libérale.) Le Devoir aurait dû bénéficier lui aussi de ces $$$ du gouv. Couillard pour sa conversion numérique.

    Là on a l'impression que le gouvernement libéral, prête ou fait un beau cadeau, à un éminent libéral, ex-ministre libéral, ex-candidat à la chefferie ... vive les amis libéraux.

    Déjà que M. Cauchon avait reçu un cadeau de la famille Desmarais en recevant ces journaux dont la mission était de porter le message bien connu de la famille Desmarais.

    Faut-il penser que ces médias régionaux seront gentils à l'égard du Parti de M. Couillard pour l'année 2018 ? Ah il y a une élection, et ils seront en mesure d'apporter les bonnes nouvelles sur les plate formes numérique, donc à un plus large public

  • Hermel Cyr - Abonné 14 décembre 2017 16 h 38

    Ça sent le retour d’ascenseur et le favoritisme à plein nez !


    Tous ces quotidiens, issus de l’empire de Power corp. (Gesca), ont été cédés, on ne sait pas trop selon quelles modalités à Martin Cauchon, un proche de l’Empire, une ami des pouvoirs à Ottawa comme à Québec.

    Alors que Le Devoir se débat pour faire des levées de fonds publics auprès de ses lecteurs … pouff d’un seul coup, voici un beau 10 millions d’argent public pour « aider la concurrence » de quotidiens dont la ligne éditoriale est clairement sympathique au gouvernement Couillard. Parmi ces journaux qui bénéficient de l'argent public québécois, il y a même Le Droit, un journal d’Ottawa !

  • Robert Beauchamp - Abonné 14 décembre 2017 17 h 40

    Discrimination et favoritisme

    Et pourquoi ne pas avoir fait la même offre aux autres médias? Sachons que celui-ci dit-on était en difficulté financière, oû est donc l'objectif réel de ce soutien financier?
    Totalement indécent.

  • Claude Gélinas - Abonné 14 décembre 2017 19 h 53

    Aide précipitée !

    Alors que les médias attendent l'aide gouvernementale pourquoi tant de précipitation pour aider le Groupe Capitales Médias.

    Ce qui fait craindre le renvoi d'ascenseur !

    Et pourquoi pas en regard de l'égalité de traitement accorder une déduction fiscale pour les dons faits aux journaux préférés. Une façon de démontrer notre reconnaissance au journal Le Devoir et à ses artisans.

  • Solange Bolduc - Abonnée 14 décembre 2017 21 h 49

    Mme Anglade!

    Que faites-vous dans cette galère ? Après avoir travaillé pour la CAQ, vous voilà au PLQ, et demain ce sera où! Le Néant vous attend, à part votre verbo-motricité, comme votre chef Couillard, et même votre ancien Legault !

    Vous avez la réplique facile, mais combien futile !

    • Gaétan Fortin - Abonné 15 décembre 2017 11 h 21

      Et que penser de votre si profonde intervention ?