Québec viendra en aide à Groupe Capitales Médias

Les détails de l’aide du gouvernement Couillard annoncée mercredi sont restés inconnus.
Photo: Anna Lubovedskaya Getty Images Les détails de l’aide du gouvernement Couillard annoncée mercredi sont restés inconnus.

L’aide de Québec aux journaux régionaux de Groupe Capitales Médias (GCM) de Martin Cauchon, confirmée mercredi par le premier ministre Philippe Couillard, ne plaît pas au président et chef de la direction de Québecor, Pierre Karl Péladeau, dont l’entreprise a dénoncé un « favoritisme flagrant ».

Sur Twitter, mercredi soir, M. Péladeau a déclaré : « Comment le gouvernement peut-il justifier une préférence pour certains médias ? La connexion libérale ? », ajoutant que le Québec était en « année préélectorale ».

   

En matinée mercredi, M. Couillard avait confirmé en mêlée de presse que son gouvernement annoncerait jeudi une aide à GCM, sans vouloir en préciser « le mécanisme ». Le quotidien La Presse écrivait mercredi qu’Investissement Québec a eu la commande de prêter 10 millions de dollars à l’entreprise détenue depuis mars 2015 par l’ancien ministre libéral Martin Cauchon. Le prêt s’arrimerait à un projet de modernisation de GCM, qui totaliserait 26 millions.

Québecor s’est dite « inquiète » de l’intervention de Québec, qui « soulève des questions importantes sur l’indépendance de la presse et les méthodes de soutien gouvernemental à un seul intervenant de la presse écrite alors que de nombreux autres groupes font face aux mêmes défis ». Une approche qualifiée de « cas par cas » déplaît aussi à l’entreprise médiatique.

« On ne peut pas s’impliquer dans les choix [éditoriaux] des médias, dans le choix des nouvelles, il n’est pas du tout question de ça », avait par ailleurs déclaré Philippe Couillard en matinée.

Les détails de l’aide de Québec sont restés inconnus. Contacté par Le Devoir, le président de GCM, Claude Gagnon, n’a pas voulu faire de commentaire avant la conférence de presse prévue vers 14 h jeudi au Saguenay. Martin Cauchon n’a pas donné suite à notre appel. GCM compte en son sein les quotidiens régionaux Le Soleil (Québec), Le Droit (Ottawa-Gatineau), Le Quotidien (Saguenay), Le Nouvelliste (Trois-Rivières), La Tribune (Sherbrooke) et La Voix de l’Est (Granby).

Le premier ministre a affirmé que les médias les plus menacés actuellement par des difficultés financières sont les médias imprimés régionaux. « Ce sont des journaux qui ont à naviguer le changement numérique, et qui en plus sont soumis à de fortes concurrences. » M. Couillard a par ailleurs affirmé qu’à l’avenir « il y aura autre chose qu’on va vouloir faire pour aider les médias ». Le cabinet du premier ministre n’a pas voulu préciser si ces démarches seront annoncées ce jeudi et quelle serait leur nature.

En mars dernier, Québec avait déjà annoncé dans son budget qu’il consacrerait 36 millions de dollars sur cinq ans à l’aide à la presse écrite.

Investissement Québec et les médias

Pressenti comme l’acteur financier de l’annonce prévue jeudi, Investissement Québec, qui renvoyait les demandes d’entrevue au cabinet de la ministre Dominique Anglade, n’a pas misé souvent sur le secteur des médias.

Un des épisodes est survenu en 2014. Au moment d’acheter MusiquePlus et MusiMax, Groupe V Média a annoncé l’arrivée de trois nouveaux actionnaires détenant chacun 15 % : Investissement Québec, qui a injecté 7,5 millions, la Caisse de dépôt et placement du Québec et le Fonds FTQ.

« L’apport de capital total de 30 millions de dollars permettra de soutenir la stratégie de croissance et de diversification de contenu multiplateforme de l’entreprise », avait alors indiqué Investissement Québec.

Selon des documents déposés au CRTC cet été, le bras financier du gouvernement détient également 19,5 % du groupe Attraction Média inc., qui produit des émissions de télévision (Dans l’oeil du dragon, L’amour est dans le pré) et exploite 15 stations de radio. Dans son rapport annuel 2016-2017, Investissement Québec précise que sa participation est de 11,2 millions en actions et 2,4 millions en dette.

3 commentaires
  • Sylvain Bolduc - Inscrit 14 décembre 2017 05 h 05

    La connexion Gesca/PLQ

    Et voilà! Ceux qui en doutait en auront une preuve claire.

    Et dire que c'est nous les contribuables qui financont notre propre extinction et à notre insu....

  • François Genest - Abonné 14 décembre 2017 08 h 00

    C'est inquiétant

    On comprend que les demandes de la Coalition pour la pérennité de la presse d'information au Québec (qui a choisi ce nom-là? ça fait dur!) étaient timides. Il va falloir que les journalistes se prennent en main et qu'ils passent de l'autre côté de la clôture : de simples spectateurs à de véritables citoyens. (Laissez faire les posters géants avec des visages de journalistes, ce n'est pas là qu'il faut aller).

  • Bernard Terreault - Abonné 14 décembre 2017 08 h 19

    Attention !

    Que les médias aidés par l'État ne deviennent pas "par gratitude" de serviles porte-parole du gouvernement. Le citoyen qui tient à savoir, pour pouvoir voter lucidement en fonction de ses valeurs et de ses intérêts, doit être prêt à payer pour (comme cet abonnement au Devoir!). L'information "gratuite" risque de ne refléter que les intérêts des annonceurs commerciaux ou gouvernementaux.