L’ombudsman de Radio-Canada présente son verdict dans «l’affaire Sicotte»

Le reportage, diffusé le 15 novembre dernier sur ICI Radio-Canada télé, a suscité un nombre exceptionnel de plaintes.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Le reportage, diffusé le 15 novembre dernier sur ICI Radio-Canada télé, a suscité un nombre exceptionnel de plaintes.

L’ombudsman de Radio-Canada, Guy Gendron, a rendu mercredi sa révision des plaintes de téléspectateurs déposées à la suite du reportage du Téléjournal sur les allégations de harcèlement psychologique lors des cours de Gilbert Sicotte au Conservatoire d’art dramatique de Montréal. Un reportage rigoureux, conclut-il, mais où un plan de caméra a pu donner une apparence de biais.

Le reportage de Louis-Philippe Ouimet, diffusé le 15 novembre dernier sur ICI Radio-Canada télé, a suscité un nombre exceptionnel de plaintes, soit plus d’une centaine. Suivant le processus habituel à Radio-Canada, la direction de l’information leur a répondu en premier lieu. Sept demandes d’appel ont ensuite été déposées auprès de l’ombudsman, « un nombre exceptionnel », a précisé ce dernier en entrevue au Devoir, et inédit pour M. Gendron depuis son arrivée à ce poste en 2016.

Dans une analyse très détaillée, « puisqu’elle devait combiner sept plaintes et qu’il y avait donc plusieurs éléments à examiner », explique de vive voix l’ombudsman, la révision estime que le reportage « a respecté les normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada. L’encadrement éditorial de la démarche journalistique, par ailleurs exemplaire, me semble avoir malheureusement failli au tout dernier moment, ce qui a faussé la perception de nombreux téléspectateurs quant aux motivations du journaliste, à la crédibilité du reportage et à l’intérêt public du sujet ».

Photo: Capture d'écran / Radio-Canada Le plan de coupe litigieux

C’est l’insertion d’un plan de coupe montrant l’air incrédule du journaliste « immédiatement après l’« aveu » de Gilbert Sicotte qu’il lui « arrive d’être en crisse, oui », plan probablement ajouté dans l’urgence de la production, qui entraîne ce bémol de l’ombudsman. Car télévisuellement, poursuit l’analyse, l’insertion de ce plan a « pu teinter l’évaluation du public quant aux motivations du journaliste et donc quant à la crédibilité du reportage et à son intérêt public ».

« [J]’estime que la démarche journalistique a été respectueuse des normes et pratiques journalistiques, que Radio-Canada était justifiée de considérer que le reportage était d’intérêt public, et que Louis-Philippe Ouimet a agi de manière tout à fait professionnelle », peut-on encore lire. « Je crois cependant que dans l’empressement à « sortir » le reportage le jour même, on a négligé de protéger le journaliste contre lui-même. Il était sans doute engagé, cet après-midi-là, dans une course folle pour assembler toutes les pièces du casse-tête tout en jonglant avec les contraintes de temps. »

De son côté, le Conseil de presse du Québec n’a reçu aucune plainte concernant ce reportage.

12 commentaires
  • Pierre Robineault - Abonné 13 décembre 2017 14 h 50

    Époustouflé, bouleversé et totalement déçu ...

    Voilà donc dans quel état je suis à la suite de ce "jugement" prononcé par cet ombudsman à la solde de Radio-Canada elle-même.
    Mon propre jugement était tout à fait à l'opposé du sien lors de cette émission que je voyais en direct. Je n'en revenais pas. Du sensationnalisme pur qu'a emprunté la RC à d'autres maisons de télé que je qualifie d'aussi populistes que populaires. Et que la meilleure intervieweuse de Radio-Canada ait passé outre me déçoit doublement.

  • Michel Lebel - Abonné 13 décembre 2017 15 h 32

    Intérêt public?


    Une question demeure: où était l'intérêt public dans cette affaire. Je ne le vois toujours pas.

    M.L.

    • Denis Drapeau - Abonné 13 décembre 2017 16 h 01

      Pourtant, il me semble évident que le harcèlement psychologique est illégale et inadmissible dans notre société en 2017. Comme il s'agit pourtant d'un fléau, c'est certainement un sujet d'intérêt public, qu'il fut traité maladroitement ou non. Ne pas y voir d'intérêt public c'est minimiser les impactes sur les victimes d'un tel comportement. Ces victimes aurait-elle moins d'importance que celle victime de la culture du viol ?

    • Michel Lebel - Abonné 13 décembre 2017 16 h 33


      @ Denis Drapeau,

      Selon moi, Radio-Canada n'a fait ici que suivre le courant ambiant, soit la dénonciation tous azimuts. Je ne comprends toujours pas pourquoi le Conservatoire avait laissé enseigner M.Sicotte, avec sa méthode forte, pendant toutes ses années? Pourquoi le tout sort ces jours-ci? Étrange, n'est-ce pas?

      M.L.

  • Gilles St-Pierre - Abonné 13 décembre 2017 15 h 40

    Trop simplistes ces enquêteurs à 15¢

    Quand Radio Canada enquête sur Radio Canada... c'est tout comme quand la police enquête sur la police; c'est du n'importe quoi.

    C'est là-dessus qu'on devrait justement se plaindre mais à qui donc?

  • Claire Faubert - Abonnée 13 décembre 2017 16 h 37

    Intérêt public? Péril en la demeure?

    S'il fallait juger qu'il est d'intérêt public, donc national, d'étaler les récriminations de tous les étudiants en théâtre qui se sentent intimidés, menacés, harcelés, agressés, blessés, touchés, bouleversés, chagrinés, par les remarques blessantes, acerbes, parfois violentes, sans doute souvent disproportionnées, voire même injustifiées, par des professeurs sans doute mal formés, peut-être incompétents, souvent maladroits, à l'occasion fatigués, parfois impatients, mais qui pratiquent eux-mêmes ce métier difficile, exaltant, passionnant, exigeant, plein d'embûches, Radio-Canada n'en finirait plus d'inonder les ondes à toute heure de sa mise en ondes.
    Et quelle urgence y avait-il à mal boucler le travail, à travailler sous pression, à forcer la mise en boîte de cette "nouvelle"??? Y avait-il péril en la demeure? mort d'homme? annonce éminente d'un lever de rideau?
    Il me semble qu'on aurait pu attendre un jour ou deux, réfléchir à la portée d'une telle dénonciation, accorder à tous la parole (aux autres étudiants et collègues) et jauger de la pertinence de présenter un seul cas (celui du Conservatoire de Montréal) alors que dans la majorité des cours de cette nature, il y aura toujours des apprentis qui souffrent, (et je ne minimise pas leurs souffrances) mais qui un jour comprendront que s'ils ont fait face à Toutt, ils sont en tous points préparés pour affronter le monstre et je ne parle pas uniquement du TRAC.

  • Serge Bouchard - Abonné 13 décembre 2017 16 h 44

    M. Ouimet

    Oui mais (s'cusez) M. Ouimet tourne souvent les coins ronds. Je ne ferai cependant pas de plainte à l'ombudsman, faute de preuve, mais y m'semble.