L’attentat à la mosquée de Québec, «la nouvelle de la décennie», selon Influence Communication

Du 30 janvier au 5 février, l’événement qui a ébranlé tout le Québec a représenté 57,99% du poids médias ici.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Du 30 janvier au 5 février, l’événement qui a ébranlé tout le Québec a représenté 57,99% du poids médias ici.

Loin devant l’impact médiatique qu’avait eu la tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic lors de la deuxième semaine de juillet 2013, l’attentat perpétré par Alexandre Bissonnette à la grande mosquée de Québec le 29 janvier est devenu, selon l’analyse annuelle de la firme Influence Communication, « l’événement le plus médiatisé de l’histoire récente du Québec ».

Du 30 janvier au 5 février 2017, le triste événement qui a ébranlé non seulement la capitale nationale mais tout le Québec a représenté 57,99 % du poids médias au Québec, devant les inondations au Québec (46 %) lors de ce mois de mai. Les deux événements se retrouvent même au sommet des nouvelles les plus médiatisées depuis 2010, souligne le rapport L’état de la nouvelle : bilan 2017, d’Influence Communication, qui est publié ce mardi. En comparaison, le poids médias de la tragédie de Lac-Mégantic avait atteint 38,93 %.

Le président d’Influence Communication, Jean-François Dumas, précise qu’il faut toutefois considérer dans les comparaisons l’apport accru des réseaux sociaux, qui jouent aujourd’hui un rôle d’accélérateur important dans la couverture médiatique d’un événement.

Reste que l’attentat à la grande mosquée de Québec a frappé l’imaginaire, croit M. Dumas. « Ce genre de tragédie, on voyait ça au petit écran dans d’autres pays, et là, tout d’un coup, on se sent interpellé, concerné par la nouvelle, ça arrive chez nous. Même s’il y avait eu des actions terroristes dans les dernières années à Ottawa et à Saint-Jean-sur-Richelieu, ça n’avait pas la même portée, la même signification. »

Dans le reste du Canada, cette triste actualité a représenté 11,78 % du poids médias. C’est aussi la nouvelle québécoise qui a le plus fait parler à l’étranger en 2017. « Sa grande portée à l’internationale a entraîné une hausse de 45 % de l’attention des médias internationaux face à nos faits divers et à nos relations avec les communautés culturelles », dit le rapport.

« Les médias étrangers avaient toujours une vision très romantique du Québec, raconte Jean-François Dumas. Mais cet événement-là est venu changer ça. » La bonne nouvelle, dit-il, c’est que l’effet devrait être éphémère.

L’année de l’intolérance

Alors qu’Influence Communication avait analysé 2016 comme l’année de la peur, 2017 est celle de l’intolérance, affirme le président Jean-François Dumas.

« Il y a eu une migration, on l’a remarqué dans le ton des médias d’opinion, analyse-t-il. Avec ce qui s’est passé avec l’attentat à Québec, avec les relations avec les communautés culturelles, avec les demandeurs d’asile, avec la montée de l’extrême droite et des groupes d’extrême gauche, il y a eu beaucoup d’intolérance dans le narratif médiatique. »

L’état de la nouvelle précise d’ailleurs qu’après l’attentat de Québec, il y a eu une véritable explosion de la couverture médiatique des groupes d’extrême droite québécois, qui a augmenté de… 587,97 % entre 2016 et 2017. « Non, ce n’est pas une coquille. C’est une augmentation fulgurante. On s’est mis à leur donner une voix, on s’est mis à les entendre et on les écoute de plus en plus […] Ça nous amène être inquiets », dit le président d’Influence Communication.

Ne pas tolérer l’intolérable

En 2017, le phénomène de dénonciation des agressions sexuelles a occupé une place de choix dans les médias, confirme le bilan. La vague d’allégations a représenté la cinquième nouvelle parmi les plus couvertes de l’année au Québec, derrière deux pans de la campagne électorale municipale.

« En 2017, on s’est montrés beaucoup plus intolérants à l’égard du harcèlement, de l’agression », explique M. Dumas. Les différentes nouvelles autour de Gilbert Rozon, Éric Salvail, Gilles Parent et Michel Brûlé ont représenté 20,27 % de l’actualité dans la semaine du 16 au 22 octobre, un pourcentage qui a été de 6,19 % la semaine suivante.

Le hockey, Donald Trump et le bruit

Le sport reste le thème qui prend le plus d’espace dans les médias québécois, avec 17,23 % de la couverture. Une légère hausse par rapport aux 17,09 % de 2016. « Je dirais que 85 % de ce qui se dit autour du Canadien, ce n’est pas de la nouvelle, c’est du bruit », lance Jean-François Dumas.

Il fait un parallèle avec Donald Trump, qui à lui seul dope la couverture internationale en 2017, qui est passée de 4,09 % du poids médias en 2016 à 6,17 % cette année.

« Donald Trump à lui tout seul est plus médiatisé que Justin Trudeau et Philippe Couillard réunis; 85 % des nouvelles internationales mentionnent Donald Trump ou portent sur lui. Cependant, 85 % de ce qui se dit sur lui, comme pour le Canadien, ce n’est pas de la nouvelle, c’est du bruit. »

Les faits divers et affaires judiciaires ainsi que la politique fédérale ou nationale complètent le trio de tête des grands thèmes populaires dans les médias.


Festivals : le FEQ devant le 375e

Parmi les festivals et les grands événements qui ont marqué 2017, c’est le 50e Festival d’été de Québec qui a obtenu la couverture la plus importante, avec 15,61 % des mentions médiatiques des diverses célébrations. Et ce, devant le festival Juste pour rire — « pour les mauvaises raisons », dit le président d’Influence Communication, Jean-François Dumas —, mais aussi devant le 375e anniversaire de Montréal (13,31 %) et le 150e du Canada (7,22 %).
1 commentaire
  • Carmen Labelle - Abonnée 12 décembre 2017 11 h 17

    Médiatisation et importance sont reliés mais ne sont pas synonymes.

    L'attentat de Québec le plus médiatisé peut-être, mais le plus important? Pas plus que les attentats à St-Jean-sur-Richelieu et les attentats à Ottawa ,au Parlement entre autres, attaqué en tant que symbole de la démocratie, l'intolérance se conjuguant au pluriel, (même si la démocratie est malmenée par les temps qui courent, c'est le symbole qui a été attaqué)

    Quant à la visibilité donnée aux groupes d'extrême droite, ne découle-t-elle pas en partie de la tentative de l'extrême gauche de brimer la liberté d'expression (même celle de la gauche), de tout ce qui n'adhère pas totalement à son discours, notamment dans les universités qui, de tout temps, ont été le lieu par excellence du débat d'idées? En ce qui concerne la liberté d’expression,il y a deux positions selon Noam Chomsky, célèbre militant de gauche: ou vous la défendez vigoureusement pour les idées que vous détestez, ou vous la rejettez et préférez les standards stalinistes fascistes.

    À cela s'ajoute les contre-manifestations comme on a vu à Québec qui discrédite toute la gauche et qui, comme le dénonçe Chomsky, font le jeu de la droite, surtout de la droite militante, qui jubile de la fausse image médiatique que cela lui donne, on l'a clairement vu lors de ces manifestations.

    Il est grandement temps de revnir au débat plutôt qu'à la confrontation