Un journaliste blâmé pour son article sur un viol collectif

Le journaliste Yanick Poisson, blâmé par le Conseil de presse du Québec, ne travaille plus pour «Le Journal de Montréal». 
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Le journaliste Yanick Poisson, blâmé par le Conseil de presse du Québec, ne travaille plus pour «Le Journal de Montréal». 

Un article du journaliste Yanick Poisson manque d’impartialité et d’équilibre, juge le Conseil de presse du Québec (CPQ).

Titré « Les proches des trois jeunes hommes condamnés pour le viol d’une adolescente sont démolis », le texte publié le 6 mai dernier a provoqué « une réaction exceptionnelle », indique le CPQ dans son compte rendu de la décision publié jeudi. Fait rare, des plaintes de 161 personnes ont été reçues dans les jours suivant la publication dans Le Journal de Montréal.

M. Poisson y relate la réaction des accusés et de leurs proches lors de l’annonce du verdict de culpabilité à Victoriaville. Les trois hommes dans la vingtaine y étaient présentés comme « démolis », un mot disparu de la version de l’article toujours en ligne.

L’intertitre « Une soirée qui coûte cher » a été montré du doigt par des plaignants, renforçant l’idée que le journaliste a présenté les trois hommes en victimes plutôt que comme des coupables.

Les agresseurs semblent d’autant plus seuls à subir les conséquences de leurs propres gestes que le journaliste n’a pas fait état de l’impact de la décision sur la victime. Il s’agit pourtant d’un moment où « justice est faite », a noté l’un des plaignants au CPQ. L’absence de ce point de vue rend la victime « invisible », ont également plaidé certaines des personnes à l’origine de ces plaintes multiples.

Le journaliste aurait pu s’acquitter de ce devoir d’équilibre en mentionnant au minimum que la victime n’avait pas souhaité commenter le verdict.

Le Conseil n’a toutefois pas estimé que l’article était de nature à entretenir des préjugés et a donc rejeté ce grief déploré par les plaignants. L’atteinte à la dignité et le manque de respect devant un drame humain n’ont pas non plus été retenus.

Les arguments présentés à propos de la déresponsabilisation des agresseurs, de la rareté du mot « viol » dans l’article original et plus généralement du renversement du « fardeau de l’opprobre social sur la victime plutôt que sur les criminels » n’ont pas convaincu le comité. Le groupe qui traite les plaintes au CPQ est formé de représentants du public et des entreprises de presse, ainsi que de journalistes.

Un guide à l’intention des médias publié par l’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ) rappelle par ailleurs que la couverture médiatique exerce une influence sur les perceptions et les comportements de la population.

M. Poisson ne travaille plus pour Le Journal de Montréal. Il a été élu conseiller de Victoriaville aux plus récentes élections municipales. Il n’a pas donné suite aux appels du Devoir. Son ancien patron n’a pas non plus souhaité commenter ce blâme.

Québecor, à qui appartient le quotidien visé, s’est retiré du Conseil de presse en 2010. Lorsqu’une plainte est retenue, l’entreprise de presse visée par la décision a l’obligation morale de la publier ou de la diffuser. Le Conseil n’a toutefois pas le pouvoir d’imposer une punition ou une amende.

4 commentaires
  • Maryse Veilleux - Abonnée 8 décembre 2017 07 h 00

    Bonne nouvelle!

    Bonne chose qu'il ait été congédié, le problème se situe au début de l'article où le journaliste décrit les faits de façon à prendre en pitié les agresseurs, comme s'ils étaient les victimes.

  • François Genest - Abonné 8 décembre 2017 09 h 50

    Quatre années avec lui à Victoriaville

    Les électeurs ont-ils été informés des antécédents de monsieur Poisson à temps pour les élections municipales? Y a-t-il moyen de le destituer? Ce sont des questions qui se posent.

    • Sébastien Giroux - Inscrit 9 décembre 2017 00 h 28

      Il a reçu un blâme du conseil de presse du Québec. Il n'a commis aucun crime...

      Si le manque de jugement est matière à destitution on n'a pas finit!

      A moins que vous amiez les lynchages publics. C'est à la mode ses temps-ci.

    • François Genest - Abonné 9 décembre 2017 13 h 56

      Vous avez raison. Ce n'est qu'un manque de jugement. Je me suis emporté.