Torstar et Postmedia s’échangent des journaux et en ferment plusieurs

L’annonce met sous pression le gouvernement fédéral, alors que les syndicats lui demandent de trouver des solutions.
Photo: Anna Lubovedskaya Getty Images L’annonce met sous pression le gouvernement fédéral, alors que les syndicats lui demandent de trouver des solutions.

Postmedia et Torstar, deux des principaux groupes canadiens de presse, ont annoncé lundi l’échange de 41 titres de leurs journaux locaux, parmi lesquels 34 seront définitivement fermés, ce qui entraînera les licenciements de près de 300 employés.

L’annonce a soulevé la colère des syndicats, qui interpellent directement la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, pour qu’elle intervienne afin d’empêcher d’autres fermetures.

Le groupe Postmedia, propriétaire de grands quotidiens comme Vancouver Sun, Ottawa Citizen ou Calgary Herald, donne à Torstar 15 quotidiens ou hebdomadaires locaux, ainsi que les deux publications gratuites 24 Hours Toronto et 24 Hours Vancouver. En échange, Postmedia acquiert de Torstar 22 hebdomadaires locaux.

Postmedia annonce qu’il entend fermer 21 des 22 journaux régionaux qu’il acquiert de Torstar, de même que les quotidiens gratuits Metro à Winnipeg et à Ottawa. Ces fermetures se traduiront par l’élimination de 244 postes.

De son côté, Torstar, éditeur du Toronto Star, indique qu’il fermera trois des sept quotidiens ontariens achetés de Postmedia, ainsi que huit hebdomadaires régionaux. Torstar fermera donc les quotidiens Barrie Examiner, Orillia Packet Times et Northumberland Today, ce qui entraînera la perte de 46 emplois à temps plein ou à temps partiel. Torstar prévoit conserver les quatre autres quotidiens acquis de Postmedia, soit St. Catharines Standard, Niagara Falls Review, Welland Tribune et Peterborough Examiner. Torstar fera aussi disparaître les quotidiens gratuits 24 Hours à Toronto et à Vancouver.

La direction de Torstar a fait savoir que le secteur de la presse papier « traverse une période difficile » avec la baisse des recettes de publicité depuis quelques années, mais aussi en raison de « la concurrence accrue de la part des géants internationaux tels que Google et Facebook ». « Les coûts de production de douzaines de petits journaux locaux dans ces régions face à des revenus publicitaires en forte baisse signifient que les modèles d’affaires ne sont plus viables », ajoute Paul Godfrey, p.-d.g. de Postmedia.

L’échange de titres n’a pas d’impact sur la trésorerie, « car la valorisation des publications acquises est approximativement égale à celle des publications cédées », ont indiqué les deux groupes.

Les syndicats en colère

L’annonce met sous pression le gouvernement fédéral, alors que les syndicats lui demandent de trouver des solutions à la crise que traverse l’industrie canadienne des journaux. Le président national de Unifor, Jerry Dias, a estimé que ces fermetures étaient dévastatrices et a exhorté la ministre du Patrimoine canadien à prendre des mesures pour protéger le journalisme écrit.

« La crise dans l’industrie des journaux ne sera pas réglée en permettant à de grandes entreprises médiatiques de devenir encore plus grandes et en diminuant le nombre de voix journalistiques », dit-il. Plus grand syndicat du secteur privé au Canada, avec 315 000 membres, Unifor représente 12 000 travailleurs des médias, dont près de 4000 journalistes.

« Plusieurs solutions de rechange ont été présentées à la ministre Joly afin de régler les problèmes structurels auxquels les journaux font face au Canada. Il est temps d’agir », a affirmé M. Dias.

Pour sa part, la Fédération nationale des communications de la CSN, qui regroupe environ 6000 salariés du secteur des communications et de la culture, fait valoir que « personne n’est à l’abri de fermetures. Il y a urgence d’agir, car toute l’industrie est à risque en raison de la chute des revenus publicitaires dans le secteur de la presse écrite. Il faut une aide financière immédiate aux médias et nous proposons d’instaurer un crédit d’impôt qui rembourserait une partie des investissements en capital et en main-d’oeuvre des entreprises de la presse écrite. »

La présidente de la FNC-CSN, Pascale St-Onge, était justement à Ottawa lundi pour convaincre les députés de tous les partis d’agir dans ce dossier. Elle sera présente toute la semaine pour proposer un ensemble de solutions à la classe politique afin d’éviter d’autres fermetures de journaux et mises à pied massives.

Fermetures malheureuses

Questionnée lundi pour savoir si l’annonce des fermetures l’encourageait à revoir son approche, la ministre Joly a répété que le gouvernement offrirait un appui, dans les mois à venir, aux médias locaux qui continuent de migrer vers des modèles sur le Web.

La députée libérale Anita Vandenbeld, de la région d’Ottawa, a qualifié les fermetures – dont plusieurs auront un impact sur les journaux dans la capitale fédérale – de dénouement malheureux qui aura un impact sur la démocratie et compliquera la tâche des élus et des groupes communautaires qui veulent garder un contact avec les résidants de ces communautés.

Selon Mme Vandenbeld, si des solutions sont disponibles pour aider l’industrie, le gouvernement devrait les mettre en oeuvre. Mais elle juge que les difficultés de l’industrie s’inscrivent dans une tendance mondiale bien plus large. « Je crois que cela fait partie d’une tendance bien plus grande et bien plus inquiétante dans le monde d’aujourd’hui – celle de la disparition d’un certain nombre de médias, du journalisme d’enquête, de médias imprimés –, qui n’est franchement pas bonne pour notre démocratie », a-t-elle affirmé.

« S’il y a des solutions, alors je crois que nous devrions absolument faire ce que nous pouvons faire. Mais je crois qu’il s’agit d’un problème sociétal bien plus important que chaque journal pris individuellement. »