Utiliser les médias à des fins éducatives

Camille Feireisen Collaboration spéciale
Un étudiant regarde une émission de l’Open University, en février 1971.
Photo: Peter Trulock Getty Images Un étudiant regarde une émission de l’Open University, en février 1971.

Ce texte fait partie du cahier spécial Recherche

Transmettre l’histoire de l’architecture à la radio et à la télévision, à un public élargi et à quelques étudiants à distance. Voilà l’ambition qu’a eue le cours d’art de troisième année universitaire « A305 : History of Architecture and Design, 1890-1939 » offert par l’Open University entre 1975 et 1982. Le Centre canadien d’architecture rend aujourd’hui hommage à cette démarche avant-gardiste à travers l’exposition L’université à l’antenne : diffuser l’architecture moderne, qui se tiendra du 15 novembre au 1er avril 2018.

C’est en 1969 que l’Open University voit le jour, son siège étant situé à Milton Keynes, au Royaume-Uni. Le cours A305 y est rapidement introduit, amenant avec lui une expérience novatrice et qui aura su inspirer de nouveaux modèles d’enseignement, en permettant notamment la convergence des médias de masse et de l’éducation publique.

« C’était vraiment un projet politique d’éducation partagée et une grande innovation dans l’éducation universitaire », estime le commissaire de l’exposition et architecte, Joaquim Moreno.

Car ce cours utilise les médias pour partager son enseignement, par l’entremise d’une émission sur le réseau de la BBC diffusée le vendredi. Grâce à ces ressources libres et accessibles à tous, ce savoir se transmet à un pays entier, souligne l’architecte.

Démocratiser le savoir

«  On l’appelle l’université porte-à-porte, une université chez soi », souligne-t-il. Le cours peut toucher des milliers d’auditeurs. Pour certains, ce sera une sorte d’apprentissage autodidacte. Et aussi un défi pour les concepteurs de ce cours, indique le commissaire. «  Il faut parler à tous », rappelle-t-il.

Que les étudiants se trouvent à l’armée, à l’hôpital ou en prison, le cours arrive à eux. Ils reçoivent aussi d’autres matériaux pour approfondir le cours, qui est colossal. «  Ce cours consiste en 34 programmes de télévision, 32 programmes de radio et près de 2000 pages », précise M. Moreno.

L’exposition essaie d’ailleurs d’expliquer cette dématérialisation de la connaissance, selon le commissaire.« On essaie de matérialiser cette expérience grâce à une immersion du visiteur qui peut remettre en question des choses plus contemporaines », indique-t-il.

Un cours qui voyage dans le temps et l’espace

C’est en découvrant un catalogue d’exposition à la Biennale de Venise que M. Moreno a découvert ce cours. «  J’ai commencé à étudier ce catalogue, puis à recréer ce cours avec mes étudiants portugais, pour leur faire revivre cette expérience », explique-t-il.

L’expérience n’est d’ailleurs pas forcément facile, puisque les outils de communication sont bien loin de nos nouvelles technologies, souligne l’architecte. Les images ont vieilli, «  les cravates des présentateurs captent parfois plus l’attention que l’architecture qui se trouve derrière », et il peut s’avérer difficile de maintenir des étudiants concentrés durant 20 minutes avec des émissions de radio.

Donner sa voix à l’architecture moderne

«  C’est un cours qui se déplaçait et c’est la joie de tout ça : il était vraiment ouvert [à tous]. » C’est aussi l’objectif de M. Moreno : continuer à faire voyager ce cours et le faire connaître.« Faire cette exposition, c’est poursuivre cette occasion qui permet à l’architecture d’hier et de demain de parler », pense-t-il.

Outre les reliques du passé,«  ce que tout le monde peut voir », précise Joaquim Moreno, l’exposition présentera des entrevues avec quatre protagonistes de l’histoire de ce cours. «  C’est tout la machinerie, la logistique, le détail, la stratégie pédagogique, en fait tout ce qu’il a fallu pour faire fonctionner tout ça », détaille-t-il.

Les professeurs Tim Benton, Adrian Forty, Stephen Bayley et Nick Levinson y abordent la construction de cette université : des ambitions pédagogiques aux contraintes technologiques, des objets du quotidien par lesquels arrive l’éducation aussi. « La radio était sans doute le seul objet moderne dans les maisons à ce moment-là, c’est une modernité qui arrive dématérialisée mais re-matérialisée sur les objets même », s’amuse Joaquim Moreno. Les entretiens dévoilent également la critique du logement comme projet politique de la modernité qui est remis en cause à cette époque.

L’exposition et les entretiens pourront ensuite servir à générer une discussion plus large et ouverte au public sur la relation entre les médias, la technologie, l’architecture et l’éducation publique, espèrent ses concepteurs. Un vernissage aura lieu le 14 novembre prochain.