Affaire Cantat: «Elle France» réplique aux «Inrocks»

La couverture du magazine «Les Inrockuptibles» qui a déclenché les débats. Et la réplique du «Elle».
Photo: La couverture du magazine «Les Inrockuptibles» qui a déclenché les débats. Et la réplique du «Elle».

Au magazine musical français Les Inrockuptibles, qui a mis la semaine dernière en couverture une photo du chanteur Bertrand Cantat en meurtrier repenti, le Elle France a répliqué mardi en imprimant en éditorial une photo pleine page de la victime de cette affaire, l’actrice Marie Trintignant. Les Inrocks ont pour leur part mis en ligne une lettre d’explication se clôturant par de minces excuses.

« Au nom de Marie », titre le Elle France, un écho direct au titre de l’édition du 11 octobre des Inrocks, « Cantat en son nom ». Sur la photo de Trintignant, qui a été tuée par Cantat en juillet 2003, la publication a également mimé la mise en page du magazine rock, en imprimant un court éditorial.

Le chanteur Bertrand Cantat, ex-leader du mythique groupe rock français Noir Désir, revient dans l’actualité musicale en raison de la parution de son premier disque solo, intitulé Amor Fati. Cantat a reçu en 2004 une peine de huit ans de prison pour homicide involontaire — il a battu Marie Trintignant de 19 coups, dont 4 au visage —, et a obtenu une libération conditionnelle trois ans plus tard, en 2007.

Dans les quelques lignes signées Dorothée Werner, Elle France remet la victime à l’avant-scène. « Aujourd’hui, elle est un symbole. Avec cette grâce si singulière, son visage est devenu celui de toutes les femmes victimes de la violence des hommes. Le visage des 123 anonymes tuées par leur conjoint l’an dernier. »

Le magazine féminin profite de cette histoire et de l’affaire Weinstein pour rappeler de tristes statistiques sur la violence faite aux femmes, soulignant les 216 000 plaintes pour harcèlement ou agression en France en 2016.

« Marie Trintignant, on ne t’oublie pas, poursuit le texte, imprimé en lettrage blanc. Il faudra davantage que la médiatisation obscène de Bertrand Cantat (Les Inrockuptibles du 11 octobre) pour éteindre ta flamme. »

Les Inrocks s’expliquent

Au même moment, Les Inrockuptibles ont mis en ligne une longue lettre intitulée À nos lecteurs, dans laquelle la publication propose des explications qui se terminent par des excuses timides.

Leur récent dossier sur Bertrand Cantat avait soulevé les passions en France et ailleurs dans le monde. Plusieurs voyaient dans le travail des Inrocks une trop grande indulgence envers le chanteur dont la musique a marqué une génération. Marlène Schiappa, secrétaire d’État française chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, avait réagi ainsi : « Au nom de quoi devons-nous supporter la promo de celui qui a assassiné Marie Trintignant à coups de poing ? »

« Tout cela nous engage et nous engagera à faire toujours preuve de vigilance dans notre façon de traiter et de mettre en scène les sujets que nous estimons importants, écrit Les Inrocks. Pour un magazine comme Les Inrockuptibles, le retour de Bertrand Cantat à la musique en fut un. Le mettre en couverture était contestable. À ceux qui se sont sentis blessés, nous exprimons nos sincères regrets. »

La publication musicale explique d’abord avoir entendu le désaccord de plusieurs « face à ce parti pris éditorial qui a été celui de notre hebdomadaire », mais estime au final avoir fait son travail. « Aux Inrockuptibles, nous faisons du journalisme. C’est notre métier, notre passion. Et le journalisme exige, parfois, d’aller questionner [sic] les zones d’ombre, d’aller au-delà des frontières et des évidences, quelles qu’elles soient. Le journalisme, ce n’est pas simplement une posture morale qui consiste à lever ou à baisser le pouce. »

Le magazine s’engage finalement « à poursuivre dans ces colonnes notre lutte contre les violences faites aux femmes » et « à continuer chaque jour le travail de déconstruction d’une domination masculine qui écrase les femmes ».

6 commentaires
  • Robert Lauzon - Abonné 18 octobre 2017 03 h 17

    L'agression, impardonnable

    Une agression, c'est une de trop. Une agression qui entraîne la mort c'est d'autant plus impardonnable.

    La violence au sein de notre société, c'est une atteinte à l'équilibre, à l'équilibre des chances, au droit de parole. C'est miner les fondements même de la civilisation.

  • Jacques Tremblay - Inscrit 18 octobre 2017 07 h 07

    Quelle indécence quand même de la part de ce journal immorale. Et tout ça pour vendre du papier! Leurs explications/justifications ne rajoutent que des insultes à l’injure. Décidément le jugement est une denrée beaucoup plus rare que l’intelligence sur cette planète. Ce n’est pas parce qu’on peut faire une chose qu’ on doit le faire.
    Jacques Tremblay
    Sainte-Luce, Qc

  • François St-Pierre - Abonné 18 octobre 2017 07 h 55

    Qu'on nous lâche avec ce scélérat!

    Il y a bien d'autres « has been » qui méritent qu'on les sorte de l'oubli.

  • Danielle Brossard - Abonnée 18 octobre 2017 09 h 47

    Je ne comprendrai jamais notre système judiciaire. Selon moi, il est carrément archaïque, inapproprié et dépassé. Grosso modo, son objectif est de punir l’accusé, un point c’est tout. Mais dans un acte criminel, il y toujours deux parties : un accusé et une victime. Que fait notre système de justice pour la victime ? À part soulager son besoin de vengeance : rien. Insulte par-dessus insulte, on lui demande si elle pardonne à son agresseur. Ça me fait penser à ce précepte de Jésus : si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. Du vrai masochisme. Le pardon doit venir de l’agresseur uniquement, pas de la victime. Il faut séparer l’État de l’Église. Mais il faut croire qu’on n’en est pas encore rendu là.

    Le système juridique des Amérindiens (oui, ils en avaient un) avant l’arrivée des colons consistait à punir l’agresseur en l’obligeant à dédommager sa victime sous forme de biens. Et si la victime était décédée des suites de son agresseur, celui-ci devait dédommager la famille de la victime. Et si c’était l’agresseur qui ne pouvait pas dédommager la victime, c’est la famille de l’agresseur qui devait dédommager la victime. La prison n’existait pas chez eux. D’ailleurs, les Amérindiens qui ne parvenaient pas à s’évader des prisons de la Nouvelle-France, se laissaient mourir … tout comme le font plusieurs de nos prisonniers de nos jours en se suicidant ou en tentant de se suicider.

    Nous aurions intérêt à se pencher sur les failles de notre système judiciaire qui se concentre sur l’agresseur plutôt que sur la victime de l’agresseur. Notre système juridique devrait être repensé et miser sur la «réparation» plutôt que sur que l’«incarcération» pure et simple qui coûte une fortune aux contribuables, qui ne rend absolument pas justice aux victimes et qui ne responsabilise en rien l’agresseur ou l’accusé.

    • Stéphanie Deguise - Inscrite 18 octobre 2017 16 h 03

      Merci!

  • Joane Hurens - Abonné 18 octobre 2017 22 h 16

    Le Théâtre du Nouveau Monde se souvient-il?

    Des artistes, des producteurs, démissionnent en série pour avoir infligé des comportements degradants et/ou des violences sexuelles à trop de victimes. Dorénavant, espérons-le, le règne des prédateurs sera suffisamment ébranlé pour disparaître du paysage. Ces gens ont certainement brisé des vies mais n'ont tué personne contrairement à Cantat dont le TNM a imposé la présence à ses abonnés au nom de la liberté artistique. Toujours en colère pour toutes les Marie du monde