«La Presse» défend son journaliste devant le Conseil de presse

L’éditeur adjoint de «La Presse», Éric Trottier, a mis en doute la «pertinence de demeurer au Conseil de presse».
Photo: Olivier Zuida Le Devoir L’éditeur adjoint de «La Presse», Éric Trottier, a mis en doute la «pertinence de demeurer au Conseil de presse».

Le blâme sévère du Conseil de presse à l’endroit du journaliste Philippe Teisceira-Lessard est très mal reçu. La Presse porte cette décision en appel et lance un avertissement au tribunal d’honneur des médias québécois.

L’éditeur adjoint de ce quotidien, Éric Trottier, remet en doute la « pertinence de demeurer au Conseil de presse ». Il insiste sur son « malaise » et celui de « plusieurs grands médias qui dénoncent le côté de militantisme du Conseil ».

Ce blâme survient après une plainte sur des articles de M. Teisceira-Lessard parus en avril 2016 à propos de la présence de Karla Homolka à Châteauguay. La femme a purgé 12 ans de prison pour le meurtre de deux adolescentes, Kristen French et Leslie Mahaffy, avec son mari de l’époque, Paul Bernardo.

Ces trois textes portaient atteinte au droit à la vie privée, selon le Conseil qui écrit que leur contenu « s’apparente davantage à du voyeurisme qu’à un texte justifié par l’intérêt public ». La publication était motivée par les crimes particulièrement odieux commis par Mme Homolka et le fait qu’elle pouvait se retrouver en contact avec des mineurs en se rendant à l’école de ses enfants de l’avis du quotidien.

Le plaignant avançait quant à lui la réhabilitation de cette femme, qui de son avis a « droit à un certain anonymat dans la mesure où elle a purgé sa peine envers la société et qu’elle ne contrevient pas aux lois du pays ».

Le Conseil de presse reproche aussi au journaliste d’avoir fourni des informations qui permettaient de conduire à l’identification « de personnes mineures », c’est-à-dire les trois enfants de Mme Homolka, ainsi que « d’un proche d’une personne coupable d’actes criminels », son mari.

M. Teisceira-Lessard avait publié le nom de l’école, les prénoms des parents, dont le nouveau prénom de Karla Homolka, le nombre d’enfants du couple et la première lettre de leur nom de famille. Des informations qui avaient déjà été dévoilées par d’autres médias, plaide M. Trottier. « Si l’on s’en tient à cette définition, il va falloir qu’on arrête de nommer quiconque dans les affaires délicates », dénonce-t-il.

Imparfaite autorégulation

L’avertissement de La Presse ne sera pas sans conséquence, croit Marc-François Bernier, professeur de journalisme à l’Université d’Ottawa : « La réaction musclée de La Presse va habiter l’esprit des membres du comité d’appel qui devront se pencher sur cette décision. Cela n’est pas anodin. »

Il s’agit selon lui d’une « forme de menace visant l’autonomie et l’indépendance du Conseil de presse du Québec, car en se retirant, elle le priverait de financement ». Québecor a claqué la porte du tribunal déontologique en 2010, amputant du même coup son financement.

Les recherches sur les différents conseils de presse à travers le monde tendent à pointer leur manque d’indépendance et d’autonomie, « lié au financement volontaire des médias, qui peuvent ainsi exercer des pressions sur leur bon fonctionnement », analyse M. Bernier.

Le Conseil n’a qu’un « poids moral » rappelle-t-il, reconnaissant que ses décisions sont souvent défavorables aux entreprises de presse.

Un poids moral pris au sérieux par La Presse qui a défendu son journaliste publiquement. Philippe Teisceira-Lessard a démissionné jeudi du poste d’administrateur qu’il occupait au sein du Conseil de presse. Dans sa lettre de démission publiée sur Twitter, il reproche à certains membres d’avoir « une conception étriquée de la liberté de presse », incompatible avec la sienne et « avec celle d’une démocratie libérale. »

1 commentaire
  • Philippe Hébert - Inscrit 25 août 2017 06 h 46

    Le Conseil de Presse a raison dans sa décision. Au yeux de la loi, Karla Homolka a payé sa dette à la société et a donc maintenant les pleins droits de jouir d'une vie privée.

    On peut être en désaccord avec cela, mais à ce moment là, il faut faire des pressions auprès de nos politiciens pour que nos lois changent.

    Mais le Conseil n'a pas vraiment de pouvoir légal. Ça nous prend un ordre professionnel journalistique au Québec, et une loi qui encadre le tout, dont l'indépendance du journalisme face à la ligne éditoriale du médias qui l'embauche ainsi que la protection des sources journalistique.

    Ainsi, un journaliste y penserait deux fois avant d'écrire des niaiseries, il s'assurerait d'avoir des faits. De l'autre côté, le journaliste gagne en protection, s'il fait son travail by the book, en toute objectivité et impartialité, et qu'il n'essait aucunement d'influencer l'information, mais ne fait que rapporter les faits, TOUS les faits, il a fait son travail.

    Selon moi un ordre professionnel accompagné d'une loi qui encadre la protection des sources ainsi que la protectiond e l'indépendance du journaliste envers son employeur, améliorerait grandement la qualité de l'information journalistique au Québec.

    Évidement, seul la fédération des journalistes s'y opposeraient, car c'est un syndicat, et tous les syndicats ne veulent jamais d'autorité de régulation de surveillance.