Les médias purement numériques progressent

Les médias purement numériques analysés par le Pew Center utilisent à 61% une application mobile pour rejoindre leurs lecteurs.
Photo: Shizuo Kambayashi Associated Press Les médias purement numériques analysés par le Pew Center utilisent à 61% une application mobile pour rejoindre leurs lecteurs.

Les médias d’information purement numériques prennent une part de plus en plus importante dans les habitudes des Américains, révèlent les chiffres colligés par le Pew Research Center. De 2015 à 2016, les sites de nouvelles non liés à des médias traditionnels ont connu une hausse d’achalandage de quelque 12 %.

Le centre de recherche Pew a scruté les données fournies par l’entreprise comScore sur les 36 sites américains purement numériques dont le nombre de visiteurs uniques mensuels était en moyenne de plus de 10 millions. Les chiffres ont été analysés pour la période allant entre octobre et décembre 2016, soit le quatrième trimestre.

Le nombre de visiteurs uniques mensuels est passé d’environ 20 300 000 en 2015 à 22 800 000 en 2016. La durée des visites sur les différents sites est aussi plus longue, passant de 2 minutes 15 secondes à 2 minutes 42 secondes.
 

« Ils font clairement partie du paysage médiatique, ils ont leur place », explique Jean-Hugues Roy, professeur en journalisme à l’École des médias de l’UQAM.

À titre comparatif, les 50 grands quotidiens américains comptaient en moyenne mensuelle presque 12 millions de visiteurs uniques.

Les « digital native news outlets » pris en compte devaient donc être « nés » en ligne en plus de devoir créer du contenu original. Parmi les sites purement numériques analysés, on compte Buzzfeed, Mashable, Politico, le Huffington Post, Slate, Breitbart et Vox.

Rejoindre son public

L’article du Pew souligne aussi le fait que ces joueurs purement numériques utilisent à 61 % une application mobile pour rejoindre leurs lecteurs et que de plus en plus de ces applications sont adaptées aux téléphones Android et Apple.

Pour rejoindre leur public et créer une interaction avec eux, ces sites Web se servent à 97 % de la bonne vieille infolettre. « Tant et aussi longtemps qu’on va encore utiliser le courriel, les newsletters vont être majeures, dit Jean-Hugues Roy. Un des rôles des journalistes, ç’a toujours été de choisir ce qui est important dans la masse de nouvelles. Et à travers l’infolettre, il y a cet exercice-là qui est fait dans le contenu qu’un média produit lui-même. »

Fait intéressant, 75 % des joueurs purement numériques proposent des baladodiffusions à télécharger. Le professeur Roy y voit un autre exemple de l’atomisation de la production de l’information.

« La balado va aussi dans le sens du slow news, ajoute-t-il. Il y a moyen de faire des podcasts très courts, mais ceux que je connais c’est davantage des [formats de] 10-15 minutes, et c’est beaucoup. Moi qui ai fait de la nouvelle en télé, tout ce qui dépassait deux minutes était déjà bien trop long. »

À peine 60 % des médias purement numériques ouvrent par ailleurs leurs articles aux commentaires des lecteurs.

Les 36 sites analysés sont tous sur Facebook et Twitter; 97 % d’entre eux ont un compte YouTube et 92 % sont sur Instagram. Seulement un quart (25 %) de ces joueurs numériques est par ailleurs sur Snapchat.
 

Publicité numérique

Le Pew Research Center a également mis en lumière la hausse de l’ensemble de publicité numérique, tous domaines confondus, les données n’étant pas disponibles pour les médias uniquement.

La joute est encore clairement dominée par Facebook, selon les données de la firme eMarketer présentées par le Pew. Le réseau social met le grappin sur 35 % des revenus de la publicité numérique américaine. Google arrive bon deuxième avec 14 %.

Jean-Hugues Roy rappelle que le rapport du Forum des politiques publiques sur l’état des médias, Le miroir éclaté, arrivait à un constat similaire. « C’est Facebook qui ramasse l’argent, c’est Google qui ramasse, ce sont les équipementiers qui ramassent, pendant que les médias n’ont pas d’argent. Il faut trouver des mécanismes pour que l’argent des consommateurs soit aussi retourné aux producteurs du contenu. »

Par ailleurs, en 2016, la part du numérique dans les ventes publicitaires totales s’élevait à 37 %, un pourcentage qui était de 33 % l’année d’avant.

Les publicités numériques se font d’ailleurs de plus en plus sur les plateformes mobiles, et de moins en moins sur les ordinateurs de tables. Les publicités sur mobiles représentent désormais 65 % des ventes totales, un chiffre qui était de 53 % en 2015.

Le Pew Research Center est une institution non partisane destinée à la collecte et à l’analyse d’informations reliées à différents pans de la société américaine, comme les médias, la religion, la technologie et les sciences.

La radio publique américaine va bien

Le Pew Research Center a publié lundi des chiffres encourageant pour les radios publiques américaines. Du côté de la National Public Radio (NPR), l’auditoire global du réseau traditionnel a frôlé en 2016 les 30 millions en moyenne par semaine, alors qu’il était de 26 millions en 2015. Du côté de Public Radio International, l’auditoire hebdomadaire moyen s’est hissé à 8,8 millions, une hausse de 730 000 auditeurs. Les radios publiques « sont étonnamment en santé. On dirait que les médias traditionnels n’ont pas dit leur dernier mot, croit Jean-Hugues Roy, professeur en journalisme à l’UQAM. Le numérique est important dans nos vies, mais notre cocktail d’informations n’est pas exclusivement composé de nouvelles qui nous parviennent par ces canaux ».