Les radios privées reculent, sauf au Québec

Statistique Canada souligne que «les radiodiffuseurs privés au Québec ont été les plus rentables au pays en 2016». 
Photo: iStock Statistique Canada souligne que «les radiodiffuseurs privés au Québec ont été les plus rentables au pays en 2016». 

Les radiodiffuseurs privés du pays ont vu leurs revenus baisser de plus de 3 % en 2016 par rapport à l’année précédente, en plus de voir leur marge bénéficiaire décliner légèrement, selon des chiffres de Statistique Canada publiés mardi. Seule exception à ce tableau gris : le marché québécois, qui tire son épingle du jeu.

L’industrie canadienne de la radio privée fait encore des profits — autour de 290 000 $ —, mais voit donc ses revenus baisser de 3,3 %, un troisième recul consécutif, souligne le document de Statistique Canada. C’est la chute de 5,4 % de la vente de publicité locale qui donne un coup aux diffuseurs AM et FM.

Les radios privées canadiennes ont donc vu leur marge bénéficiaire passer de 18,9 % en 2015 à 18,6 % en 2016, et ce, bien qu’elles aient diminué leurs dépenses de près de 3 %. La moyenne hebdomadaire du nombre d’employés dans l’industrie a par ailleurs chuté de 9495 à 8993 de 2015 à 2016, soit une baisse de 502 postes.

L’exception québécoise

Statistique Canada souligne que « les radiodiffuseurs privés au Québec ont été les plus rentables au pays en 2016 ». La province est la seule à avoir vu ses ventes publicitaires croître — 1,3 % de plus entre 2015 et 2016. La hausse de la marge bénéficiaire québécoise s’explique par contre aussi par une baisse des dépenses de 3,5 %.

Pour Sébastien Charlton, professionnel de recherche au Centre d’étude sur les médias de l’Université Laval, la petite part des radios présentes sur les ondes AM au Québec fait partie de l’explication. « Depuis des années, les chiffres montrent que ça va plutôt mal pour le AM », dit-il, soulignant que les radios privées utilisant cette bande sont plus nombreuses dans le reste du Canada.

M. Charlton pointe également les baisses de dépenses des radios du Québec. « Avec l’inflation, les coûts ne pourront pas aller à la baisse éternellement sans qu’il y ait de répercussion sur la programmation. »

Coulée dans le ROC

Si le portrait financier des radios privées en Ontario demeure presque au beau fixe et qu’il s’embrume très légèrement en Atlantique, l’Ouest du pays voit les colonnes de chiffres dégringoler, selon les données de Statistique Canada.

Dans l’ensemble des provinces de l’Ouest, les revenus ont chuté de 8,2 % entre 2015 et 2016. C’est en Alberta que le bât blesse le plus. Les revenus y ont connu une dégringolade de 12,9 % sur un an, et la marge bénéficiaire de 2016 est sa « plus faible des années 2000 », dit Statistique Canada. Le Manitoba a par ailleurs enregistré la plus petite marge de bénéfice au pays.

« Le mouvement vers le numérique se fait pour tout le monde », explique M. Charlton au sujet du recul canadien des radiodiffuseurs privés. Les baladodiffusions ne semblent pas avoir eu d’impact sur l’écoute de la radio, ajoute le chercheur.

« Mais qu’est-ce qui remplacera la radio, ce n’est pas clair encore,dit Sébastien Charlton.On ne sait pas trop quelle sera la solution derechange du public, alors qu’en télévision, on sait que Netflix et la lecture en continu en ligne prennent beaucoup de place. »

Cette année, iHeart Radio et Radioplayer, deux agrégateurs de stations de radio sous forme d’application, ont vu le jour. Les plateformes veulent entre autres permettre à la radio FM de retrouver sa place dans les autos où règnent souvent les logiciels Car Play d’Apple ou Android Auto.