Le profil «télécoms» du nouveau président du CRTC soulève des inquiétudes

Le nouveau président du CRTC aura entre autres à jongler avec le dossier de l’Internet à large bande et avec les enjeux de découvrabilité du contenu canadien en ligne.
Photo: iStock Le nouveau président du CRTC aura entre autres à jongler avec le dossier de l’Internet à large bande et avec les enjeux de découvrabilité du contenu canadien en ligne.

Ottawa a confirmé mardi que le vétéran de l’industrie de la téléphonie et des communications satellites Ian Scott devenait le nouveau président du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC). Plusieurs observateurs se sont toutefois inquiétés de son manque de connaissance du monde de la création.

Le gouvernement a aussi nommé Caroline J. Simard à titre de vice-présidente du volet radiodiffusion du CRTC, ainsi que Christianne M. Laizner à titre de vice-présidente par intérim, au volet télécommunications.

Le nouveau président Ian Scott entrera en fonction le 5 septembre, pour un mandant de 5 ans. Peu connu du public, le Montréalais bilingue a passé une grande partie de sa carrière dans l’industrie des télécommunications. Diplômé de l’Université McGill après avoir étudié au collège Dawson, M. Scott était depuis huit ans chez Télésat Canada, un opérateur de satellite de télécommunications, où il était directeur général de la réglementation et des affaires gouvernementales. L’homme a aussi travaillé chez Call-Net et comme vice-président chez Telus.

Retour au CRTC

Le communiqué officiel diffusé par Patrimoine canadien affirme que M. Scott possède « une expérience approfondie » dans le secteur public. En début de carrière, il a travaillé au Bureau de la concurrence canadien et au CRTC. En 2007 et 2008, il était retourné au Conseil comme responsable des affaires réglementaires, dans le cadre d’un programme d’échange entre les secteurs publics et privés.

Ce dernier passage avait fait l’objet d’une enquête de la CBC, qui avait dévoilé que Scott ne s’était pas retiré du registre des lobbyistes pour Telus, son précédent employeur, pendant la durée de ce mandat public. M. Scott avait plaidé qu’il avait respecté toutes les règles.

Un homme de l’industrie

Le professeur de droit à l’Université d’Ottawa et analyste des questions médiatiques et réglementaires Michael Geist estime que le C.V. de M. Scott révèle une grande expérience, « mais un domaine où il n’est pas très expérimenté, c’est dans les sujets d’intérêt public, et c’est pour ça que certains groupes vont scruter son travail pour s’assurer qu’il entend leur perspective également ».

L’organisation OpenMedia, qui milite pour qu’Internet reste ouvert, à bas prix et sans surveillance, s’est dite « très inquiète », selon sa responsable des communications, Meghan Sali. « Surtout après les années de Jean-Pierre Blais, qui a ouvert le CRTC aux commentaires des Canadiens, et qui a mis les consommateurs au sommet de ses priorités. On se demande si ça ne va pas marquer un changement dans l’attitude du CRTC. On a l’impression que c’est un retour en arrière de plusieurs années. »

L’Association canadienne des producteurs médiatiques, quant à elle, a souligné l’excellence du parcours de M. Scott, mais a demandé du même souffle au gouvernement que les deux postes toujours vacants au CRTC soient pourvus par des commissaires issus de la production indépendante en cinéma, en télévision ou en médias numériques.

Un acteur de longue date de l’industrie des télécommunications contacté par Le Devoir a qualifié Ian Scott d’être « très brillant » qui s’entend bien avec les gens et qui aime réfléchir en profondeur aux enjeux qui le préoccupent. « Ses politiques sont en général plutôt libérales. Je crois qu’il sera grosso modo d’accord avec le gouvernement », ajoute cette source.

Des dossiers à suivre

Ian Scott et Caroline J. Simard auront déjà plusieurs dossiers chauds sur leur bureau lors de leur entrée en poste. Le spécialiste du CRTC Richard Paradis, président du Groupe CIC, rappelle que le dossier des quotas à la radio francophone n’a jamais été réglé. « Et il va possiblement falloir revoir les décisions concernant le contenu francophone en télévision. Et il y a la dernière décision du CRTC qui est contestée par le secteur de la création et de la production francophone », explique celui qui enseigne aussi au Département de communication de l’Université de Montréal.

À ce sujet, le ministère de la Culture du Québec a dit au Devoir avoir envoyé les documents de la demande d’appel à la fin juin au gouverneur en conseil. « Nous allons donc laisser le nouveau président désigné du CRTC entrer en fonction et prendre connaissance du dossier », a dit l’attaché de presse du ministre, Karl Fillion.

Le doctorant en communication à l’UQAM et adjoint de recherche au Centre de recherche CRICIS sur la communication Simon Claus croit quant à lui qu’Ian Scott aura entre autres à jongler avec le dossier de l’Internet à large bande et avec les enjeux de découvrabilité du contenu canadien en ligne, dans la mer de production américaine. « Dans cette période d’incertitude, ce qui est sûr, c’est que M. Scott est face à des choix particulièrement complexes, où de multiples intérêts s’affrontent et face auxquels il sera difficile d’aboutir à un arbitrage satisfaisant. »

1 commentaire
  • Robert Beauchamp - Abonné 19 juillet 2017 05 h 58

    Libéral

    ''Ses politiques sont en général plutôt libérales''. Il a été bien formé au moule Dawson- McGill. Moule néo-libéral par excellence.