Roméo Saganash s’excuse d’avoir plagié des portions de sa lettre d’opinion

Le député fédéral Roméo Saganash a reconnu avoir plagié des portions d’autres déclarations dans une récente lettre d’opinion.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le député fédéral Roméo Saganash a reconnu avoir plagié des portions d’autres déclarations dans une récente lettre d’opinion.

Ottawa — Le porte-parole néodémocrate en matière d’affaires autochtones, Roméo Saganash, s’est excusé, mardi, d’avoir plagié des portions d’autres déclarations dans une récente lettre d’opinion publiée dans les médias concernant le 150e anniversaire de la fédération canadienne.

La lettre a été publiée le jour de la fête du Canada dans le Globe and Mail sous le titre en anglais « 150 years of cultural genocide : today, like all days, is an insult », ainsi que dans Le Devoir, sous le titre « Remuer le fer dans la plaie ».

Dans ce texte, M. Saganash — un survivant des pensionnats autochtones — expose les raisons pour lesquelles il n’a pas le coeur à la fête pour les célébrations du 150e.

Par communiqué, le député fédéral d’Abitibi–Baie-James–Nunavik–Eeyou a dit mardi avoir commis une erreur en ne donnant pas le « mérite approprié » à des personnes ayant exprimé des idées qui se trouvaient dans son texte.

M. Saganash a affirmé mardi assumer l’« entière responsabilité de cette omission ».

Le député fédéral a soutenu qu’il y a une importante leçon à tirer de cette affaire, soit que chacun devrait faire tous les efforts possibles pour s’assurer de donner « la pleine reconnaissance à ceux et celles qui nous fournissent des idées ».

« Pendant trop longtemps, les Autochtones ont été privés de voix, et par conséquent j’offre mes excuses aux auteurs pour avoir failli à leur donner le mérite auquel ils avaient droit », a-t-il déclaré.

Dans une note de l’éditeur publiée à la fin de la lettre d’opinion, mardi, le Globe and Mail indique qu’une version antérieure du texte n’attribuait pas correctement des écrits à deux auteurs.

Le journal mentionne que la version antérieure incluait en grande partie une citation de l’étudiante et organisatrice communautaire Erica Violet Lee sans attribution, en reprenant cette déclaration en anglais dans la note de l’éditeur.

En français, telle qu’incluse dans les pages du Devoir, elle se lit comme suit : « Que veut dire être en sécurité et libre dans le contexte d’un État colonial qui célèbre son 150e ? Aujourd’hui, on voit partout les lignes de front du combat des Autochtones : qu’il s’agisse des prairies, de la forêt boréale, des rivières, des rues dans les villes, des salles de classe ou des édifices du Parlement. Dans un monde où notre simple existence est un crime et notre présence, une provocation. »

Une citation d’Eric Ritskes est aussi incluse dans le texte signé par M. Saganash sans attribution, indique le Globe and Mail, qui affirme que de telles omissions enfreignent le code de conduite du journal.

Le Devoir publie mercredi dans sa page Idées et sur ses plateformes numériques une note de la rédaction, une note d’excuse de M. Saganash ainsi que les passages attribués aux deux étudiants. Le texte de M. Saganash ne sera pas repris dans son intégralité.

4 commentaires
  • Jean Breton - Abonné 5 juillet 2017 10 h 11

    Et le dégommage d'Hector-Louis Langevin ?

    Le gouvernement Trudeau a donné suite à la demande de M. Saganash et d'un groupe d'autochtones de sabrer le nom de ce Père de la Confédération qu'on avait attribué à l'Edifice patrimonial où logent justement les bureaux du Premier ministre à Ottawa.

    Le motif invoqué : Langevin aurait été l'architecte du système des pensionnats pour acculturer les autochtones.

    Or, cela est faux. Ce sytème a été institué en 1883 par Sir John A. Macdonald lui-même. Cette année-là, Macdonald était non seulement Premier ministre, mais aussi ministre des Affaires indiennes.

    Comme M. Saganash est un honnête homme, il devrait reconnaître cette autre erreur et réclamer que l'on redonne à Langevin l'honneur dont Trudeau l'a dépouillé, sans vérifier auprès d'historiens la véracité de cette allégation. Et dire qu'au Collège Brébeuf, Justin a eu un excellent prof d'histoire que l'on avait le plaisir d'entendre sur les ondes radio-canadiennes...

    Au fait, sur Sussex Drive, la rue ottavienne la plus prestigieuse, Langevin était le seul vestige du fait français... Désormais, cette artère a été purifiée du furoncle frenchie. Ottawa peut jouir davantage de son unilinguisme saxon.

  • Pierre Robineault - Abonné 5 juillet 2017 11 h 43

    Un pardon

    Je lui pardonne, sincèrement! Mais ma déception persiste. Dommage.

  • Yves Gingras - Abonné 5 juillet 2017 19 h 04

    Ne pas faire la morale aux autres...

    Mon commentaire ayant paru seulement sur la page de ses excuses, je le republie ici:

    Il est curieux que dans ses excuses le député passe du "je" au "nous" et considère qu'une "importante leçon devrait être tirée de cette situation". Et il se met alors à vouloir moraliser toute la population comme si le problème n'était pas simplement le sien: "Nous devrions tous faire tous les efforts possibles pour nous assurer que nous donnons la pleine reconnaissance à ceux et celles qui nous fournissent des idées." Le plagiat (car c'est de cela qu'il s'agit derrière les euphémismes d'avocat...) est pourtant le sien seulement et il serait plus décent de l'assumer pleinement au lieu de vouloir faire la morale aux autres en disant que "nous" devrions donner la "pleine reconnaissance à ceux et celles qui nous fournissent des idées". Aussi, il est particulièrement maladroit d'écrire qu parce que "les Autochtones ont été privés de voix" il offre "par conséquent" ses "excuses aux auteurs". Cette formulation laisse-t-elle entendre que si le plagiat avait été fait sur des personnes non privées de voix, des excuses n'auraient, "par conséquent", pas été nécessaires?

    En somme, le député aurait du réfléchir encore plus longuement aux conséquences de son geste avant de rédiger sa lettre d'excuse...

    • Marc Therrien - Abonné 6 juillet 2017 20 h 29

      Je comprends ce que vous voulez dire, mais le problème n'est peut-être pas simplement le sien, justement. Le ''Je'' de la conscience individuelle s'adresse au "nous" de la conscience collective.

      S’il parle au « nous », c’est peut-être qu’il sait que ce qu’on lui reproche est quand même une habileté qui peut être utilisée dans le jeu politique. Il sait qu’il n’est pas le seul à l’employer et en bon leader, il veut sensibiliser ses confrères au fait qu’en 2017, il n’est peut-être plus acceptable de récupérer à son propre profit le travail de ses collaborateurs. La décision de s’en servir ou pas relève du type de joueur politique que l’on est.

      Ça me rappelle un séminaire que j’ai suivi au HEC Montréal avec le professeur Pierre Lainey qui portait sur la dynamique du pouvoir et les stratégies d’influence qu’on peut utiliser pour influencer les autres acteurs pour atteindre ses objectifs politiques. Dans le questionnaire préparatoire au séminaire visant à établir « Quel type de joueur êtes-vous », parmi les 100 énoncés d’attitudes ou de comportements possibles pour lesquels on exprimait notre degré d’accord ou de désaccord, on retrouvait ceux-ci qui sont une variation sur le même thème :

      1) Si une personne vous offrait ses compliments pour une tâche qu’une autre personne a accomplie, vous la remercieriez tout simplement.

      2) Vous ne seriez jamais disposé à prendre le crédit du travail d’une autre personne.

      On peut être fortement en désaccord avec ce genre d’attitude ou de comportement tout en sachant qu’elle existe parce qu’on l’a observé chez d’autres que soi-même.

      Marc Therrien