Fuites: les médias se sont partagé des informations, affirme un ex-enquêteur

Les commissaires Alexandre Matte, Jacques Chamberland et Guylaine Bachand
Photo: Commission Chamberland Les commissaires Alexandre Matte, Jacques Chamberland et Guylaine Bachand

Les policiers qui ont enquêté sur les fuites médiatiques dans l’affaire Ian Davidson sont d’avis que les médias se partagent de l’information et que, dans ce cas particulier, La Presse a donné des informations exclusives à TVA ainsi qu’à Radio-Canada.

Devant la commission Chamberland mercredi, l’enquêteur à la retraite de la Sûreté du Québec (SQ) Pierre Frenette a expliqué qu’après avoir analysé les articles et les reportages diffusés au début de 2012 portant sur l’affaire Ian Davidson, les policiers avaient conclu que le journaliste de La Presse Patrick Lagacé avait refilé « en exclusivité » à TVA les informations apparaissant dans un affidavit lié à l’enquête. Il avait aussi refilé le contenu d’un document PowerPoint préparé par la SQ à Radio-Canada.

Ian Lafrenière, alors responsable des communications au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), aurait expliqué à Pierre Frenette que les journalistes collaboraient entre eux et partageaient de l’information, a dit le témoin.

« Même entre compétiteurs ? », lui a demandé l’avocate représentant Québecor et Le Devoir, Me Julie Carlesso. « Ma théorie, c’est que ce sont des confrères qui doivent s’échanger de l’information. C’est comme une évidence. C’est un peu comme les escouades de police. […] Ce ne sont pas des ennemis. »

Sa théorie a été validée par Ian Lafrenière et par l’analyse qui avait été réalisée, a-t-il insisté.

La SQ s’était intéressée aux communications entre une dizaine de journalistes et des policiers relativement à l’affaire Ian Davidson, ce policier soupçonné d’avoir voulu vendre une liste d’informateurs au crime organisé. Il s’est enlevé la vie le 18 janvier 2012.

C’est l’ancien ministre de la Sécurité publique Robert Dutil qui avait ordonné la tenue d’une enquête sur les fuites médiatiques en lien avec cette affaire. Il avait le pouvoir de décréter une telle enquête, mais il n’a pas été informé de l’évolution de l’enquête par la suite, a-t-il soutenu. « J’aurais refusé de l’être », a-t-il dit en invoquant la séparation du pouvoir et des affaires policières. « C’est comme toute autre enquête, je n’ai accès ni aux méthodes ni à l’enquête elle-même. »

L’immunité diplomatique

La commission Chamberland est revenue sur l’enquête Diligence qui portait sur l’infiltration du crime organisé dans l’économie légale. L’inspecteur-chef de la SQ Patrick Bélanger a affirmé devant la commission que l’« immunité diplomatique » accordée aux élus dans le cadre de l’écoute électronique de l’ex-président de la FTQ, Michel Arsenault, n’existait pas. M. Bélanger a expliqué que ces termes apparaissant dans des documents de la SQ référaient plutôt à des « restrictions pour tenter de contenir le plus possible le nombre de personnes qui pouvaient prendre connaissance des interceptions de communications ».

Jeudi, les journalistes Patrick Lagacé et Marie-Maude Denis, viendront témoigner devant la commission qui s’intéresse à la protection des sources journalistiques. Il pourrait d’ailleurs s’agir des derniers témoins à être entendus.