L’enquête de la SQ sur les fuites ne menait nulle part

Marcel Lagacé, retraité de la SQ
Photo: Capture d'écran Marcel Lagacé, retraité de la SQ

L’enquête de la Sûreté du Québec qui a mené à la surveillance des communications de six journalistes a été mise en suspens parce qu’elle ne menait nulle part, a expliqué le policier à la retraite Marcel Lagacé devant la commission Chamberland vendredi. Trop de sources étaient possibles et rien ne prouvait que les communications entre des policiers et des journalistes avaient conduit à une transmission d’informations confidentielles.

La SQ avait obtenu en 2014 les registres téléphoniques de six journalistes et de cinq policiers ou civils afin de tenter d’identifier les sources relativement au dossier Diligence, une enquête portant sur l’infiltration du crime organisé dans l’économie légale. La SQ a suspendu l’enquête en 2015 quand elle s’est rendu compte que les possibilités de fuites étaient trop nombreuses.

Les cartables contenant les informations sur l’enquête Diligence avaient été rendus accessibles à de nombreux policiers et civils, a dit Marcel Lagacé. « Il y avait tellement de possibilités. Il y avait pas mal de monde qui avait eu accès à ça. »

Même si on pouvait établir un lien entre une personne [policier ou civil] et un journaliste, ça ne veut pas nécessairement dire qu’elle lui a transmis de l’information. C’est à partir de ce moment-là qu’on s’est posé la question : ça donne quoi d’aller de l’avant?

De plus, même en examinant le registre des communications qui avaient pu être faites entre des journalistes et des membres de la SQ, cela ne prouvait pas qu’il y avait eu échange d’informations confidentielles, a reconnu le témoin.

« Même si on pouvait établir un lien entre une personne [policier ou civil] et un journaliste, ça ne veut pas nécessairement dire qu’elle lui a transmis de l’information. C’est à partir de ce moment-là qu’on s’est posé la question “Ça donne quoi d’aller de l’avant ?”. On n’arrivera jamais à aucune accusation », a expliqué le policier à la retraite.

Rappelons que la SQ avait obtenu des autorisations judiciaires pour mettre la main sur les registres téléphoniques de six journalistes, soit Alain Gravel, Éric Thibault, Denis Lessard, Marie-Maude Denis, Isabelle Richer et André Cédilot. Dans certains cas, la surveillance a été faite sur une période de cinq ans.

Protéger les sources

La commission a entendu le capitaine Patrick Duclos en après-midi, mais son témoignage a été frappé d’une ordonnance de non-publication. C’est ce policier qui avait demandé les autorisations judiciaires pour obtenir les communications de journalistes.

L’avocat représentant plusieurs médias, Me Christian Leblanc, a dit craindre que la divulgation de certaines informations contenues dans les déclarations sous serment utilisées pour l’obtention d’autorisations judiciaires ne permette d’identifier les sources potentielles des journalistes. Pour éviter que l’usage de codes ne crée trop de confusion, le juge Jacques Chamberland a préféré avoir recours à une ordonnance de non-publication.

« Notre mandat n’est pas de connaître l’identité des sources, mais de protéger la confidentialité des sources », a-t-il fait valoir.