Commission Chamberland: pas de précaution spéciale dans la surveillance de Patrick Lagacé

L'inspecteur-chef Costa Labos était à la barre des témoins mardi.
Photo: Commission Chamberland L'inspecteur-chef Costa Labos était à la barre des témoins mardi.

Ancien patron de la division des affaires internes du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), l’inspecteur-chef Costa Labos a commencé son témoignage mardi devant la commission Chamberland. Il a reconnu qu’aucune précaution particulière n’avait été prise dans la surveillance des communications d’un journaliste au sujet du constat d’infraction du maire Denis Coderre.
 

Nommé commandant aux enquêtes spéciales en 2009, Costa Labos fut promu en 2014 inspecteur pour superviser les enquêtes internes et disciplinaires avant de prendre les rênes de la division des affaires internes en 2015, poste qu’il a occupé jusqu’en novembre 2016.

Costa Labos a préféré livrer son témoignage en anglais, glissant ici et là des expressions en français.

Il a décrit ses fonctions à la direction de la division des affaires internes, où il supervisait notamment les enquêtes menées par les enquêteurs Normand Borduas et Iad Hanna, qui ont témoigné au cours de la dernière semaine. Il relevait directement du directeur du SPVM, Philippe Pichet, quand il s’agissait de dossiers délicats ou d’arrestations de policiers, a-t-il expliqué : « C’était mon rôle de garder la direction informée. »

Il a soutenu que les enquêteurs disposaient de la latitude nécessaire pour faire leur travail. « Les enquêteurs ont l’autonomie pour mener leurs enquêtes. Les techniques d’enquêtes utilisées peuvent faire l’objet de discussions, mais à la fin, c’est l’enquêteur qui décide. J’ai été enquêteur longtemps. C’est l’enquêteur qui sait quelles techniques d’enquête sont requises pour son dossier », a-t-il expliqué.

 

Costa Labos a été questionné au sujet de l’enquête interne menée pour trouver l’auteur de la fuite qui aurait permis au journaliste de La Presse Patrick Lagacé de mettre la main sur un constat d’infraction reçu par le maire Denis Coderre en 2012. Le maire avait téléphoné au directeur de SPVM de l’époque, Marc Parent, pour demander s’il était normal qu’un constat d’infraction soit accessible à un journaliste.

Des précautions particulières ont-elles été prises lorsqu’une ordonnance judiciaire a été réclamée afin d’obtenir le registre des appels téléphoniques du journaliste Patrick Lagacé ?, lui a demandé Charles Levasseur, avocat en chef adjoint de la commission Chamberland. « De mémoire, non », a répondu Costa Labos, qui a aussi dû admettre que l’identité de tiers n’avait pas été protégée. D’ailleurs, un troisième policier a été identifié parmi les interlocuteurs de Patrick Lagacé grâce à ce registre. Aucune accusation n’a été portée contre le policier qui, à l’origine, était visé par l’enquête, a-t-il précisé.

Le contre-interrogatoire de Costa Labos se poursuit mercredi.

Rappelons qu’en juin 2016, une enquête visant Costa Labos avait été ouverte par la Sûreté du Québec. Il fut alors muté à la division des communications. Aucune accusation n’a été portée contre lui à la suite de cette enquête.

Le dossier du policier Larivière

Plus tôt en matinée, la commission Chamberland a entendu la fin du contre-interrogatoire du policier Iad Hanna.

L’enquêteur à la division des affaires internes au SPVM est revenu sur le dossier du policier Roger Larivière. Iad Hanna a confié qu’il n’y avait pas, selon lui, matière à enquête criminelle dans ce dossier. Rappelons qu’en 2014, Roger Larivière avait été vu dans un restaurant de l’avenue du Mont-Royal en compagnie de l’analyste en affaires policières Stéphane Berthomet par quatre policiers. Ceux-ci avaient jugé cette rencontre suspecte. Une enquête avait alors été lancée et, selon le témoignage de l’enquêteur Normand Borduas, Roger Larivière avait consulté le dossier d’un autre policier, Mario Lambert, peu avant cette rencontre. La résidence de Roger Larivière avait fait l’objet d’une perquisition et son ordinateur avait été mis sous surveillance.

Iad Hanna estime aussi que le logiciel Spector n’aurait pas dû être utilisé pour surveiller le policier. « Ce logiciel, c’est une sauce piquante, a commenté Iad Hanna. Ça va loin. À un point où ça pouvait être de l’écoute électronique dans un sens. […] Je ne l’aurais pas utilisé. »

Iad Hanna a été impliqué dans ce dossier à la toute fin des procédures. Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) avait déjà annoncé qu’il se retirait du dossier, car il estimait que les autorisations judiciaires demandées avaient une portée trop large. Il en avait réclamé de plus précises, ce qu’a refusé l’enquêteur au dossier, Normand Borduas, qui n’en voyait pas l’utilité, a dit Iad Hanna.

1 commentaire
  • Robert Beauchamp - Abonné 23 mai 2017 23 h 49

    La préférence à l'anglais?

    J'imagine que c'est par crainte dû à son pouvoir plus que par respect que ses subalternes devaient s'adresser à lui en anglais. Même si ça lui semble un droit il réussit en imposer l'usage. Allo langue de travail.