ProjetJ suspend ses activités, faute de financement

La pause de ProjetJ, fondé en 2007, coïncide avec le départ de sa rédactrice en chef, Hélène Roulot-Ganzmann, en poste depuis 2013.
Photo: iStock La pause de ProjetJ, fondé en 2007, coïncide avec le départ de sa rédactrice en chef, Hélène Roulot-Ganzmann, en poste depuis 2013.

Le site ProjetJ, qui scrute l’univers du journalisme et des médias, est à bout de souffle et a annoncé vendredi qu’il va suspendre ses activités jusqu’à nouvel ordre, faute de financement.

Le gestionnaire de l’observatoire indépendant, le Canadian Journalism Project — qui gère aussi le site J-Source.ca —, mènera au cours des prochains mois une « réflexion » afin de trouver une façon de « reprendre la campagne de financement et la publication d’actualités sur le site », peut-on lire dans le communiqué diffusé par ProjetJ.

La pause de ProjetJ, fondé en 2007, coïncide avec le départ de sa rédactrice en chef, Hélène Roulot-Ganzmann, en poste depuis 2013. Depuis plusieurs mois, elle travaillait deux jours par semaine à alimenter la plateforme, qui avait un pied dans la pratique journalistique et l’autre dans le monde universitaire.

« Alors que l’industrie est en crise, aller chercher de l’argent pour soutenir un tel observatoire indépendant est tout un défi, et je suis fière d’être parvenue à publier régulièrement des articles fouillés et rigoureux dans des conditions qui n’étaient pas idéales », a écrit Mme Roulot-Ganzmann dans un billet d’adieu.

La professeure de l’Université Laval Colette Brin, membre du comité de rédaction de ProjetJ, confirme que la recherche de financement s’est avérée une tâche ardue pour l’observatoire, à l’origine financé par la Fondation pour le journalisme canadien. ProjetJ s’occupe désormais de sa propre recherche de fonds.

« C’est dur d’aller chercher des donateurs quand il n’y a pas quelque chose en démarrage, constate Mme Brin. Les donateurs aiment beaucoup les projets, les lancements, les nouveautés. Mais si c’est juste pour maintenir quelque chose à flot, c’est beaucoup plus difficile. » D’autant, souligne-t-elle, que plusieurs médias, comme Le Devoir, sont aussi à la recherche d’aide financière. « On a l’impression de demander des dons à des entreprises qui demandent des dons. »

Mission

La version anglophone de ProjetJ, le site J-Source, restera selon toute vraisemblance actif. « Ils ont plus de dépenses, mais aussi plus de ressources, explique Colette Brin. Et il y a le fait qu’au Québec la tradition de philanthropie est moins ancrée, c’est un petit marché, et il y a le journal Le Trente [de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec] qui fait un bon travail et qui n’a pas vraiment d’équivalent au Canada anglais. »

Mme Brin croise les doigts pour la suite, et les responsables de ProjetJ auront des rencontres pour chercher une façon de réanimer le site. « On va voir. Parfois, en annonçant des choses comme ça, il y a des âmes charitables qui sortent du placard, à qui on n’avait pas pensé. »

ProjetJ rejoignait des étudiants, des citoyens intéressés par le journalisme, mais surtout des travailleurs de l’information, particulièrement ceux en région, souvent isolés de la meute montréalaise.

« Je pense que, comme mission, c’est assez formidable, mais le problème, c’est comment attirer l’attention des gens là-dessus, comment être visible, comment aller chercher du financement ? lance Mme Brin. C’est le problème de tout le monde sur les plateformes numériques. On n’a pas la formule magique, nous non plus. »