«Je serai ton futur “boss”», aurait dit Coderre à une policière

Le 20 mars 2012, avant d’accéder à la mairie de Montréal, Denis Coderre aurait mentionné à une policière qu’il serait «son futur
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le 20 mars 2012, avant d’accéder à la mairie de Montréal, Denis Coderre aurait mentionné à une policière qu’il serait «son futur "boss"» au moment de recevoir un billet d’infraction.

Lorsqu’il a reçu un constat d’infraction en 2012, Denis Coderre, qui n’était pas encore maire à l’époque, aurait prévenu la policière du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) qu’il serait son « futur boss ».

C’est ce que révèle un document déposé lundi à la Commission d’enquête sur la protection de la confidentialité des sources journalistiques. Dans son rapport d’enquête, Normand Borduas, autrefois employé par la division des enquêtes internes du SPVM, relate avoir rencontré la policière qui, le 20 mars 2012, a remis à Denis Coderre un constat d’infraction de 444 $ pour une immatriculation non payée.

Au moment de recevoir son billet d’infraction, M. Coderre aurait mentionné à la policière qu’il serait « son futur boss ». « Elle ne connaissait pas M. Coderre à ce moment-là. Il n’était pas encore maire de Montréal », précise Normand Borduas dans son rapport.

« C’est un geste d’intimidation », estime le conseiller de Projet Montréal Alex Norris en rappelant que le maire a eu un comportement similaire à une autre occasion.

Le 23 juin 2015, lors de la fête nationale à la place des Festivals, deux policières avaient demandé au maire Coderre de se déplacer, car il entravait la circulation piétonne. « Tu travailles pour moi, toi ! » aurait dit Denis Coderre à une des policières.

Et à deux reprises, le maire a directement communiqué avec le directeur du SPVM pour des événements l’impliquant.

« Le maire semble penser que le SPVM est son service de police personnel et non celui des Montréalais. Il ne semble pas comprendre la notion de la séparation des pouvoirs », souligne Alex Norris. Selon l’élu, le maire devrait présenter des excuses aux policières concernées et à l’ensemble des Montréalais.

La Fraternité

 

Lors de son témoignage devant la commission Chamberland lundi, Normand Borduas a raconté qu’en janvier 2014, il avait reçu le mandat d’enquêter sur une fuite relativement au constat d’infraction remis au maire Coderre en 2012.

Le 3 décembre 2014, deux policiers auraient accédé sans autorisation au système informatique protégé afin d’obtenir le billet de contravention donné à M. Coderre, a indiqué le témoin. Ils auraient mentionné leur intention de le remettre à la Fraternité des policiers de Montréal, qui, déjà à cette époque, avait des relations tendues avec l’administration Coderre. « Les policiers […] ont dit qu’ils s’en allaient à la Fraternité avec ça, évidemment, dans le but de nuire au maire », a expliqué l’enquêteur. Ce constat d’infraction s’est finalement retrouvé en possession du journaliste de La Presse Patrick Lagacé.

L’enquête comportait deux volets : abus de confiance et utilisation non autorisée des services d’ordinateur. Selon l’enquêteur, transmettre les informations nominatives d’un citoyen à un tiers est une « infraction grave ».

Normand Borduas a d’abord réclamé une ordonnance judiciaire à une juge de la paix afin d’obtenir le registre des appels entrants et sortants du téléphone cellulaire de Patrick Lagacé pour la période allant du 3 au 18 décembre 2014 avant même de demander celui des deux policiers. S’il a agi ainsi, c’est parce qu’à ce moment-là, il avait en main le numéro de téléphone de M. Lagacé, mais pas ceux des policiers en question.

Le journaliste n’avait pas publié d’article à ce sujet, mais il avait communiqué avec l’attachée de presse du maire, Catherine Maurice. C’est celle-ci qui lui a divulgué le numéro de téléphone du journaliste.

Normand Borduas a soutenu que les données téléphoniques de Patrick Lagacé avaient été utiles, puisqu’elles lui avaient permis d’identifier un 3e policier qui était en contact à la fois avec le journaliste et la Fraternité des policiers.

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