La Norvège fait le saut vers la radio numérique

Pour la Norvège, 2017 sera l’année de la bande FM muette. Après cela, les vieux récepteurs ne seront plus d’aucune utilité aux Norvégiens. Un moyen pour le pays scandinave d’accélérer sa transition numérique.
Photo: iStock Pour la Norvège, 2017 sera l’année de la bande FM muette. Après cela, les vieux récepteurs ne seront plus d’aucune utilité aux Norvégiens. Un moyen pour le pays scandinave d’accélérer sa transition numérique.

La bonne vieille télévision analogique a enterré pour de bon ses « oreilles de lapin » en 2011. Serait-ce maintenant le début de la fin pour la radio FM ? Pas de panique. Alors que la Norvège deviendra à partir de la semaine prochaine le premier pays à mettre ses billes dans la radio toute numérique, le Canada n’est qu’au début d’un processus d’implantation qui pourrait s’avérer encore long.

L’enjeu n’est pas neuf, mais a connu un sursaut jeudi, alors que la Norvège a plongé officiellement dans la transition vers la radio numérique. Dès le 11 janvier à 11 h 11, la diffusion en modulation de fréquence (FM) cessera dans la ville de Bodo, pour être ensuite stoppée graduellement d’ici la fin de 2017 dans le reste du pays, ville par ville. En lieu et place du FM, les stations utiliseront la technologie DAB (digital audio broadcasting).

Selon un sondage du quotidien Dagbladet effectué le mois dernier, les deux tiers des Norvégiens étaient contre ce changement. Le parlement du pays a tout de même donné le feu vert à cette révolution des ondes.

La norme HD

Au Canada, la technologie numérique adoptée après de longues années de tergiversations n’est pas la même qu’en Europe, mais plutôt celle appelée HD Radio, la même qui est utilisée aux États-Unis. Elle utilise aussi les ondes hertziennes, mais pour transmettre un signal numérique.

« Tout ce qu’on voit outre la radio FM traditionnelle, ce sont ces nouvelles radios HD, qui commencent à émerger, explique Céline Legault, chef d’équipe au CRTC. Mais il y en a seulement douze en service en ce moment, et deux qui attendent une autorisation d’Industrie Canada. »

Soulignant que le marché radiophonique au pays se porte bien — les Canadiens écoutent en moyenne 16 heures de radio par semaine —, Mme Legault renvoie à une politique réglementaire du CRTC datant de 2014. L’organisme y préconise « une approche souple quant à la mise en place de la technologie HD Radio au Canada, laquelle laisse place à l’innovation et à l’expérimentation ».

Phases de tests

Deux ans plus tard, les choses commencent à se placer pour la radio numérique au Canada. Chez Cogeco Média, qui possède treize radios au Québec, on lancera une « phase de tests » dans les prochaines semaines avec une première station, puis avec une seconde au cours de l’année, selon son v.-p. numérique, Luc Tremblay.

« Au début, c’était un peu l’oeuf ou la poule avec cette technologie, raconte-t-il. Le frein venait du public, mais comme les appareils étaient peu disponibles, les diffuseurs ne voulaient pas investir des millions pour la transformation des émetteurs. » Selon M. Tremblay, le taux de pénétration des appareils numériques, en voiture ou à la maison, atteint aujourd’hui « 80 à 90 % ». « Aujourd’hui, n’importe quelle chaîne stéréo va être capable d’attraper le signal numérique. »

Quant à CBC/Radio-Canada, le diffuseur public « ne prévoit pas abandonner la radio FM », mais « commence à explorer les technologies numériques pour la radiodiffusion », a expliqué au Devoir la chef des relations publiques, Marie-Ève Desaulniers. Pour Radio-Canada, la radio dite terrestre reste entre autres « le moyen le plus efficace de rejoindre les Canadiens dans les zones rurales et les centres urbains à l’échelle de ce vaste pays, un élément essentiel de notre rôle de diffuseur public ».

À quoi bon ?

Mais qu’est-ce qu’il y a de mal avec la classique radio FM ? D’abord, plusieurs évoquent une question de qualité sonore, accrue sur la radio numérique. Aussi, le signal DAB ou HD permet de transmettre des données en même temps que le son. Titre des chansons, informations, météo, contenus divers… « Il y a des exploitations commerciales potentielles », concède Luc Tremblay de chez Cogeco.

L’autre volet intéressant est l’élargissement de l’offre radiophonique. C’est qu’une station numérique peut transmettre plus d’un signal sur la même fréquence. M. Tremblay donne l’exemple de VPR, la radio publique du Vermont, qui diffuse sa programmation principale, en plus d’une sélection de musique classique sur sa chaîne « HD-2 ». « Ça multiplie l’offre avec des programmations parallèles. Ce qui n’est pas rien. »

Brouillage et coûts

Pour les grosses entreprises médiatiques, l’investissement dans de nouvelles infrastructures numériques est important, mais reste possible. Ce qui n’est pas le cas pour les plus petites stations. Dans le blogue du site de l’Alliance des radios communautaires du Canada, Simon Forgues soulignait en 2014 certains problèmes avec la technologie HD Radio.

Paraphrasant la politique réglementaire de 2014 du CRTC, il mettait en lumière une augmentation probable du brouillage causé aux stations adjacentes ainsi que des coûts élevés.

« Si c’est dispendieux pour l’industrie privée, imaginez pour le secteur communautaire et de campus, écrivait M. Forgues. On apprend, par exemple, selon certaines estimations, que le coût pour implanter la technologie varierait entre 70 000 $ et 700 000 $ par station FM. Et ça, c’est sans compter sur le fait qu’en plus, l’entreprise américaine qui développe, possède et détient la licence pour cette technologie la facture aux stations qui l’utilisent. »

Ailleurs dans le monde

Quelques pays européens envisagent aussi d’abandonner la technologie FM. À ce jour, seule la Suisse a encerclé une date au calendrier. Elle prévoit faire le saut en 2020. En Grande-Bretagne, on prévoit délaisser l’analogique quand plus de la moitié des auditeurs seront passés au numérique, ce que les tendances prévoient pour la fin de 2017. Le Danemark songe aussi à passer uniquement à la radio par la technologie DAB. En France, la radio numérique peine à se déployer. En date de février 2016, seulement 116 radios y offraient une diffusion numérique, couvrant moins de 15 % du territoire.
1 commentaire
  • Gaston Bourdages - Abonné 8 janvier 2017 04 h 45

    Moi qui pensais que la Norvège pratiquait...

    ...la démocratie ! Je déchante à lire que les 2/3 de la population du pays a dit «NON» à cette technologie et que les gouvernants ont quand même donné leur aval.
    Quelle sorte de respect peut-on alors accorder à ce type de gouvernance ?
    Ne possédant aucune espèce de compétence pour commenter sur le fond votre intéressant article monsieur Papineau, je m'abstiens.
    Merci à vous de nous garder ainsi, je dirais, à date, sur les avancements de cette autre science qu'est celle du numérique.
    Gaston Bourdages,
    Écrivain.