«Charlie Hebdo» va tenter de faire rire l’Allemagne

Le premier numéro de «Charlie Hebdo» en allemand est paru jeudi, le 1er décembre.
Photo: John MacDougall Agence France-Presse Le premier numéro de «Charlie Hebdo» en allemand est paru jeudi, le 1er décembre.

À Berlin, plusieurs marchands de journaux ont été pris d’assaut dès la première heure. D’autres, plus tard dans la journée, s’agaçaient de devoir s’excuser auprès de leurs clients de ne pas en avoir reçu. Certains, à l’heure de la fermeture, avaient encore des exemplaires à vendre. Objet d’une forte médiatisation en amont, le premier numéro de Charlie Hebdo en allemand, paru jeudi 1er décembre, semble avoir suscité un intérêt réel outre-Rhin, sans pour autant déchaîner les passions.

Cela tient peut-être à ce qu’on y voit, à la une, Angela Merkel hissée à quelques mètres du sol, comme une voiture en réparation dans un garage, à laquelle un mécanicien s’apprête à fixer un nouveau pot d’échappement. Avec ce commentaire : « Un nouveau pot, et c’est reparti pour quatre ans ». Au fond, rien de très impertinent. Juste une allusion sagement irrévérencieuse à la décision de la chancelière, annoncée fin novembre, de briguer un quatrième mandat à l’occasion des élections législatives de septembre 2017.

200 000 exemplaires

À l’exception de la une, de la page 2, qui reprend, selon la tradition de l’hebdomadaire, les dessins auxquels les lecteurs ont échappé en couverture, et de quelques autres passages considérés comme trop « franco-français », cette édition allemande n’est, en fait, que la traduction de la version française. Pour cela, une équipe d’une douzaine de traducteurs, installés en Allemagne, a été mobilisée. Le travail est coordonné depuis Paris par une rédactrice en chef allemande, d’une trentaine d’années, connue seulement sous son pseudo, Minka Schneider.

L’idée de cette première édition internationale n’est pas seulement née des bons chiffres de ventes constatés en Allemagne, premier pays d’export pour Charlie Hebdo : le titre y écoule environ 1000 exemplaires de l’édition française par semaine (pour 60 000 ventes en kiosques et 50 000 abonnements en France). Le « numéro des survivants », paru une semaine après l’attentat du 7 janvier 2015, lors duquel douze personnes, dont huit membres de la rédaction, avaient été assassinées par les frères Chérif et Saïd Kouachi, avait été vendu à 70 000 exemplaires outre-Rhin.

« J’ai constaté en Allemagne un intérêt pour Charlie Hebdo, son message de fond et la libre expression. Je n’ai pas ressenti la même chose au Royaume-Uni ou en Espagne », explique Gérard Biard, le rédacteur en chef, qui se rappelle avoir reçu, en 2015, au palais de Sans-Souci, à Potsdam, près de Berlin, le prix M100 Media Award, attribué par des médias allemands à des personnalités européennes qui ont favorisé la liberté d’expression. Depuis, la rédaction de Charlie Hebdo a « gardé le contact » avec l’Allemagne, à l’occasion d’articles ou d’expositions, raconte M. Biard.

Après ce numéro de lancement, tiré à 200 000 exemplaires, ce Charlie Hebdo en allemand devrait être amené à évoluer, en s’autonomisant, peu à peu, par rapport à la version française. Pour l’instant, il n’y a ni dessinateurs ni rédacteurs allemands, mais « nous espérons que le lancement suscitera des vocations », confie M. Biard.

En arrivant outre-Rhin, le journal ne sera, en tout cas, guère gêné par la concurrence. À l’exception des mensuels Eulenspiegel et Titanic, tirés à environ 100 000 exemplaires chacun, le marché allemand de la presse satirique n’est guère encombré. Est-ce une chance pour Charlie Hebdo ou, au contraire, le signe qu’il n’y a guère de place pour un nouveau titre ? Les prochaines semaines le diront.

« Se lancer en Allemagne est une expérience intéressante : comment faire réagir ou rire des gens qui ne rient pas forcément aux mêmes choses que nous ? », se demande M. Biard. Dans un entretien accordé à la chaîne de télévision ARD, diffusé cette semaine, Riss, le directeur de la publication, qui signe pour l’occasion une plongée illustrée de quatre pages dans plusieurs villes allemandes, se veut, lui, résolument optimiste. En se disant convaincu que « l’humour est partout, même en Allemagne ».

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