Le plan d’ICI Radio-Canada sans publicité est critiqué

Les évaluations entrevoient au moins 260 pertes au Québec et à Moncton uniquement pour les syndiqués que représente le SCRS.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne Les évaluations entrevoient au moins 260 pertes au Québec et à Moncton uniquement pour les syndiqués que représente le SCRS.

Sitôt faite, la proposition de développer des médias publics sans publicité suscite de vives critiques des concurrents et en l’interne.

La réaction la plus sévère est venue de Groupe TVA, principal rival des chaînes d’ICI Radio-Canada (RC). Le consortium privé, propriété de Québecor, dit qu’il faut d’abord revoir le mandat du diffuseur public avant de décider de ses allocations financières. Le Groupe TVA décrit la proposition radio-canadienne, en l’état, « comme ahurissante ».

Le syndicat des employés de RC s’inquiète pour les emplois de ses membres si le plan est mis en oeuvre. Environ 260 personnes travaillent pour le secteur Solutions médias, celui de la publicité sur toutes les plateformes.

Ces réactions suivent la divulgation, lundi, d’un mémoire de CBC/RC proposant une refonte générale de l’écosystème des télécommunications canadiennes. L’idée centrale envisage l’abandon de la publicité sur toutes les plateformes radio-canadiennes, un manque à gagner d’environ 318 millions de dollars par année. En ajoutant une centaine de millions de plus pour faciliter le virage numérique, le plan bonifierait donc à peu près du tiers le budget annuel du diffuseur public.

En échange, le bénéficiaire annonce qu’il se concentrerait sur une programmation de haut niveau qui pourrait concurrencer la meilleure offre en provenance des nouveaux médias de création et de diffusion à la Netflix. Le plan affirme aussi que la publicité perdue par RC serait autant de gagnée (au moins en partie) pour les concurrents traditionnels, comme TVA.

Ahurissant !

« L’idée de retirer la publicité des ondes de CBC/Radio-Canada, en échange d’un financement public rehaussé et garanti, sans préalablement revoir le mandat du diffuseur public, est une proposition ahurissante qui, j’espère, ne bernera personne, déclare Julie Tremblay, présidente et chef de la direction de Groupe TVA, dans un communiqué publié mardi. CBC/RC demande le beurre et l’argent du beurre : plus d’argent, moins de risques financiers, aucune interruption publicitaire et, surtout, aucune limite sur sa capacité à concurrencer les diffuseurs privés. C’est la recette parfaite pour assener un coup fatal aux autres diffuseurs canadiens. »

La présidente Tremblay juge plutôt qu’il faudrait réviser la raison d’être fondamentale du consortium des médias publics en complémentarité (et non en concurrence) des mandats de ses concurrents privés. Elle reprend la comparaison avec la BBC britannique, très présente dans le document radio-canadien, mais pour déplorer les seules références aux mutations des années 1990.

Elle rappelle alors que la nouvelle Charte royale adoptée par Westminster cette année force le diffuseur national à développer une programmation distinctive et à tenir compte de ses actions sur les autres joueurs médiatiques. La loi fondamentale force aussi le diffuseur historique à se soumettre à des contrôles pour s’assurer du respect de ces balises.

Une onde de choc

Le Syndicat des communications de Radio-Canada (SCRS affilé à la CSN) craint pour les emplois de certains membres si la mutation institutionnelle se réalise. Les évaluations entrevoient au moins 260 pertes au Québec et à Moncton uniquement pour les syndiqués que représente le SCRS.

Le syndicat représente quelque 3000 salariés du Québec et de Moncton, dont les journalistes, mais pas les réalisateurs. Il a intégré l’an dernier les techniciens et les employés de bureau. La négociation d’une première convention collective unifiée, amorcée plus assidûment cet automne, se poursuit.

Le syndicat est toutefois pour une augmentation de l’enveloppe annuelle consentie à RC et même pour une réduction graduelle de la publicité en ondes. Seulement, il souhaiterait que ces transformations se réalisent sans d’éventuelles répercussions sur les employés du secteur concerné.

« Les employés ont subi une onde de choc, dit au Devoir la présidente du SCRS, Johanne Hémond. Il faut comprendre que le pire se réaliserait seulement dans l’éventualité où la ministre Mélanie Joly déciderait de suivre le mémoire de RC. »

La ministre responsable est restée prudente dans ses réponses en chambre. Elle a répété que le gouvernement a augmenté de 675 millions de dollars sur cinq ans le budget de son diffuseur.

« Mais on sait de façon générale que les médias font face à de grands bouleversements et que le radiodiffuseur public a un rôle à jouer dans le contexte d’informer les Canadiens, a dit la ministre du Patrimoine canadien. Maintenant, on est en train d’étudier le point de vue de tous les organes de presse, les médias, les organisations, que ça soit au niveau des médias ou du secteur du divertissement. Et dans ces circonstances-là, on sera appelé à mener notre point de vue au cours de l’année 2017. »