Les journalistes de The Gazette retrouvent la parole

Les journalistes de The Gazette applaudissaient hier à la conclusion d'une entente garantissant leur liberté d'expression. Cette entente semble mettre fin à la lutte qu'ils menaient contre les éditoriaux uniques imposés par CanWest il y a deux ans.

Le règlement, qui a été diffusé hier auprès des journalistes du quotidien anglophone par la Montreal Newspaper Guild (TNG Canada/CWA), affirme les droits fondamentaux des journalistes, y compris le droit de «contribuer et participer à des débats publics».

Pour le syndicat TNG Canada, les journalistes de The Gazette «ont officiellement retrouvé la parole» alors qu'on leur avait «imposé le silence il y a plus de deux ans».

Le journaliste de The Gazette William Marsden a d'ailleurs commenté l'accord de principe ratifié entre les deux parties en déclarant qu'il s'agit «d'un message lancé à tous les propriétaires de médias disant que les journalistes ne se laisseront pas bâillonner, pendant que les éditeurs mettront en veilleuse la liberté d'expression et la liberté de presse en faveur de leurs propres agendas politiques, culturels et commerciaux».

Les propos de Marsden prennent tout leur sens lorsqu'on sait qu'il avait lui-même reçu en 2002 un «avertissement formel» de la direction de The Gazette pour le faire taire, après qu'il eut exprimé des commentaires sur la concentration des médias lors d'un débat public en avril 2002 devant l'Association canadienne des journalistes.

On se souvient qu'en décembre 2001, la direction de CanWest avait imposé à tous les journaux de la chaîne, dont The Gazette, la publication d'un éditorial unique une fois par semaine rédigé par les propriétaires à Winnipeg. Le système devait éventuellement s'étendre à trois éditoriaux par semaine. Les journalistes de The Gazette avaient vivement protesté contre cette mesure au nom de la liberté rédactionnelle et éditoriale de leur journal. Ils avaient fait une grève de signature, créé un site Web de protestation, rédigé une lettre ouverte de dissidence.

La direction de The Gazette avait alors menacé les employés de sanctions pouvant aller jusqu'au congédiement s'ils continuaient à fustiger CanWest sur la place publique.

Un Tribunal du travail avait récemment confirmé le droit des journalistes de faire valoir leur point de vue par une grève de signature. Mais l'entente d'hier revêt un caractère plus large. ll s'agit d'un «texte de principe», contresigné par les deux parties, qui établit un certain nombre d'éléments. Ainsi, le texte affirme que les deux parties ont «l'obligation de servir la confiance du public» et, à ce titre, elles «doivent s'efforcer d'assurer la liberté de presse et la liberté d'expression. Les journalistes doivent avoir la liberté de rédiger des articles et des analyses justes, exacts et équilibrés, de participer à l'élaboration de politiques rédactionnelles qui tiennent compte du droit ultime de l'éditeur de déterminer ces politiques, et de contribuer et participer à des débats publics».

En échange de cette entente, le syndicat retire les griefs qu'il avait déposés dans toute cette histoire. L'entente concerne uniquement The Gazette (au Canada anglais, d'autres journaux de CanWest avaient protesté contre les éditoriaux uniques, mais The Gazette avait été le fer de lance de cette protestation).