Le temps des «mea culpa made in USA»

Des journalistes couvrant la soirée électorale américaine de mardi
Photo: Joe Raedle / Getty Images / Agence France-Presse Des journalistes couvrant la soirée électorale américaine de mardi

Le jour du vote, mardi, le New York Times inaugurait un nouveau fabuleux gadget de visualisation des données sur son site Upshot. L’aiguille d’un petit cadran en ligne oscillait pour désigner la probabilité que l’un ou l’autre candidat l’emporte.

L’indice, appuyé sur les sondages, a commencé la journée figé en haute faveur pour Mme Clinton. Au milieu de la soirée, sitôt les premiers résultats officiels connus, le pronostic se renversait en faveur de son adversaire finalement victorieux. Le Huffington Post avait une belle bébelle semblable.

Le plus prestigieux média politique des États-Unis a reçu depuis plusieurs critiques au sujet de l’utilité de ce sismographe instantané. Même si certains partisans d’Hillary Clinton n’ont pas négligé de voter à cause de l’excès d’optimisme affiché par cette aiguille électorale, au fond, celle-ci n’exposait-elle pas une grossière erreur de prévision ?

Les médias made in USA multiplient, sinon les mea culpa, du moins les exercices d’auto-examen pour cerner, comprendre et expliquer leurs rôles et leurs possibles erreurs dans la très étonnante campagne. Une question de base organise le diagnostic : pourquoi le journalisme politique n’a-t-il pas vu venir la vague Trump ? Voici un échantillon des réponses proposées.

Une faute partielle. Les médias n’ont quand même pas tout raté en couvrant la présidentielle. Ils ont plutôt sous-estimé la force pro-Trump et l’aversion à l’endroit de Clinton.

Un défaut majeur. Plusieurs analystes affirment que les médias majeurs, concentrés dans les villes des côtes, semblent déconnectés de la réalité de l’hinterland étasunien. « Si vous ne vivez pas dans une de ces petites villes, vous ne pouvez comprendre la désespérance, dit l’éditeur de Cracked. La grande majorité des jobs sont dans les villes, mais autour de chaque ville il y a maintenant un mur de cent pieds appelé le coût de la vie. »

Une perte étendue. Les médias de qualité ont passé la campagne à dénicher des erreurs chez les candidats et à documenter leurs mensonges. Des scoops majeurs ont entaché les réputations. Le Nieman’s Lab rapportait jeudi que 229 quotidiens et 131 hebdos ont soutenu Mme Clinton par rapport à 13 publications en faveur de M. Trump, un rapport de 27 contre 1. Seulement, à peine 18 % de la population américaine leur fait encore confiance, selon les derniers sondages du Poynter Institute. Les journalistes pensaient donc que leurs informations servaient à tous, et en particulier pour noircir la candidature de M. Trump, alors que la révolution numérique a fait éclater le magistère des médias traditionnels tout en diversifiant les sources d’informations, vraies et fausses. Les médias sociaux servent en plus de chambre de répercussion aux nouvelles et commentaires hyperpartisans et biaisés. Une vidéo du clan Trump mis en ligne vendredi dernier a été vue 2,1 millions de fois en 14 heures.

Un aveuglement total. Les journalistes ont-ils inconsciemment détourné les yeux de la force du mouvement conservateur parce qu’en tant que partie intégrante de « l’élite » ils ne pouvaient la concevoir ? « Les médias libéraux sont dans une bulle », résume Nick Denton, fondateur de Gawker. « Pour beaucoup de journalistes diplômés, libéraux et urbains, l’idée d’un président Trump excessif — vu ses penchants racistes, xénophobes et sexistes et ses comportements douteux — paraissait impensable, explique la chroniqueuse média du Washington Post Margaret Sullivan à poynter.org. Littéralement impensable. Alors, nous nous sommes engagés dans notre propre année de pensée magique. Ça ne pouvait pas arriver, alors ça n’arriverait pas. Et puis, c’est arrivé. »

1 commentaire
  • Patrick Daganaud - Abonné 11 novembre 2016 01 h 45

    LE MONDE VA SIMPLEMENT TRÈS MAL

    L'élection américaine est un révélateur parmi tant d'autres.

    Il faudrait bien que les analystes sérieux dérivent leurs yeux de ce pays traditionnellement égocentrique.

    Cà va mal aux États-Unis. Soit!

    MAIS ÇA VA MAL PARTOUT DANS LE MONDE.

    Le 1% a universellement transformé la race humaine en produit de consommation. Les proies les plus vulnérables forment des alliances avec leurs prédateurs.

    TOUT CELA SE RÉSUME À SES SIMPLES CONSTATS.