Pas de drames, pas de nouvelles

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
L’ancienne journaliste et la ministre actuelle des Relations internationales et de la Francophonie, Christine St-Pierre
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’ancienne journaliste et la ministre actuelle des Relations internationales et de la Francophonie, Christine St-Pierre

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

En tant qu’ancienne journaliste, la ministre des Relations internationales et de la Francophonie, Christine St-Pierre, est particulièrement sensible à la thématique des 20es Journées québécoises de la solidarité internationale (JQSI), qui se tiennent depuis jeudi à travers toute la province. Les médias, et le rôle qu’ils jouent dans la compréhension que le public peut avoir des enjeux Nord-Sud, seront en effet passés au crible durant les dix jours que dure l’événement.

« Lorsque j’étais journaliste à Radio-Canada ou lors de mon passage comme courriériste à Ottawa, j’ai essayé de faire passer des histoires, se souvient la ministre. Mais ce n’était pas facile de [les] convaincre. Ça se comprend, l’espace est limité dans le téléjournal. Mais c’est sûr que ce sont des sujets qui ne sont pas suffisamment couverts… à moins qu’il y ait une catastrophe. À moins que ça touche de près ou de loin des Québécois. »

Christine St-Pierre en arrive donc au même constat que les organismes de coopération internationale (OCI) organisateurs des JQSI. Selon eux, les médias devraient jouer un rôle d’éducation et de vulgarisation fondamental. Raconter de petites histoires pour faire comprendre la grande. Mettre un coup de projecteur sur le projet d’une femme membre d’une coopérative en Afrique pour illustrer de manière concrète les problèmes économiques vécus par les femmes africaines, mais surtout les solutions qu’elles déploient.

« Je travaillais dans les médias électroniques, raconte Mme St-Pierre. Il y a un certain nombre de minutes dans le bulletin de nouvelles, et on y va par priorité. Quand il y a de grandes catastrophes, on est là, on va en émission spéciale, on appelle à la générosité. Mais je crois que le sujet est méconnu. Personne ne sait vraiment les efforts que nous mettons, le Québec et le Canada, sur la solidarité internationale. Il y a des centaines de millions de dollars dépensés, il y a des organismes qui sont très présents à travers le monde. Ces organisations ont des mandats. On travaille en étroite collaboration avec elles. Et il serait d’intérêt public que les médias et les journalistes s’y intéressent plus. »

Intérêt

La ministre ne semble par ailleurs pas adhérer à l’adage selon lequel les Québécois ne seraient pas intéressés par ces questions. Elle croit plutôt le contraire, et tout particulièrement chez les jeunes.

« On le voit bien lors de ces Journées de la solidarité, souligne-t-elle. Les jeunes sont mobiles, ils partent de plus en plus faire de la coopération internationale, et lorsqu’ils reviennent, ils sont changés. Ils ont connu une autre expérience de vie. Ils voient qu’ailleurs dans le monde, il y a des gens qui sont plus mal pris que nous. Au-delà du bien qu’ils peuvent faire sur le terrain, ça leur donne la vraie valeur des choses. Ils comprennent qu’il faut apprécier ce qu’on a ici. Ça a donc aussi un impact local de nature à pouvoir intéresser les médias d’information. »

Or, c’est aujourd’hui surtout sous l’angle de la sécurité que le sujet est présenté aux Québécois. Comme lors de l’attentat d’Ouagadougou au Burkina Faso en janvier dernier. Trente personnes meurent sous les balles des terroristes, parmi lesquelles six Québécois.

Les organismes de solidarité rappellent que lors de cet attentat à Ouagadougou, plutôt que comme des travailleurs oeuvrant en sécurité et l’assistanat, les victimes ont été désignées comme des travailleurs humanitaires, ce qu’elles n’étaient pas. Elles séjournaient en réalité dans ce pays dans le cadre d’un projet de solidarité. Projets qui, s’ils servent à appuyer concrètement des communautés, permettent surtout d’apprendre les uns des autres. Il n’est pas question d’assister les populations locales, surtout pas de les sauver. Il ne faut pas confondre travail humanitaire et coopération. Une erreur pourtant souvent commise dans les médias.

Médiatiser la solidarité internationale

Pour parvenir à redresser la barre, Christine St-Pierre croit donc que les journalistes auraient tout intérêt à mettre à l’antenne des reportages sur la solidarité internationale, en dehors des périodes de crise, de catastrophes ou de drames. Suivre les organismes sur le terrain. Des organismes avec lesquels le ministère des Relations internationales et de la Francophonie travaille quant à lui de concert, notamment dans la mise en place de la nouvelle politique internationale du Québec, qui entrera en vigueur l’an prochain à l’occasion du cinquantième anniversaire du ministère. Une journée de rencontres avec les acteurs de la société civile oeuvrant à l’étranger s’est d’ailleurs tenue le 2 octobre dernier afin de lancer les consultations en vue de l’élaboration du texte.

« C’est fondamental pour nous de collaborer avec l’Association québécoise des organismes de coopération internationale [AQOCI], soutient la ministre. Et ce, afin de mettre en place une politique qui répond véritablement aux besoins des populations sur le terrain, mais aussi de ceux qui travaillent pour les organismes. Ça nous permet de nous assurer que l’argent s’en va au bon endroit. »

Par l’intermédiaire de cette nouvelle politique, le ministère souhaite également continuer à appuyer des sujets qui lui tiennent à coeur, tels que l’égalité entre les hommes et les femmes, la santé des femmes et leur autonomie économique. Le développement durable et la lutte contre les changements climatiques également. Christine St-Pierre explique par exemple qu’elle souhaite aller de l’avant avec la diplomatie climatique en outillant les pays en voie de développement, qui n’ont pas forcément les moyens de prendre les mesures qui leur permettraient de lutter contre le réchauffement de la planète.

« La sécurité des coopérants est aussi un gros enjeu, conclut-elle. Depuis l’attentat d’Ouagadougou, on a senti le besoin de les outiller pour les protéger contre les actes de terrorisme. Nous avons déjà mis en place une formation, mais nous allons continuer à travailler dans ce sens afin de ne pas décourager les coopérants, pour qu’ils continuent à aller sur le terrain. Il faut leur donner des repères, leur expliquer comment agir et réagir. C’est un volet très important de nos programmes, sur lequel nous travaillons là encore en étroite collaboration avec l’AQOCI. »