Le CPQ et les événements à Saint-Charles-Borromée - La couverture de presse a été jugée correcte

Le traitement journalistique de l'affaire Saint-Charles-Borromée, en novembre dernier, a été «conforme aux règles régissant l'éthique journalistique» et l'information y était «juste et équilibrée», selon un rapport du Conseil de presse du Québec (CPQ), qui constate toutefois des dérapages, principalement dans les commentaires radiophoniques d'André Arthur.

Le Conseil de presse avait pris l'initiative de créer un groupe de travail pour analyser la couverture journalistique de l'affaire Saint-Charles-Borromée et du suicide de son directeur, Léon Lafleur. Le Conseil a justifié cette initiative inusitée par le nombre record de commentaires envoyés à l'organisme pour blâmer les médias et par le fait que le premier ministre Jean Charest lui-même avait déclaré que les médias devraient s'interroger sur leur comportement.

Le groupe de travail était formé de trois comités de trois membres chacun, pour la presse écrite, la radio et la télévision. L'étude ne prétendait pas être scientifique, car les membres du comité de télévision n'ont pas eu accès à la partie commentée dans les bulletins de nouvelles de TQS. Plus curieux encore, les trois comités n'ont pas analysé l'attitude des médias anglophones, à l'exception de The Gazette, dont la couverture journalistique est par ailleurs jugée exemplaire.

Les comités ont conclu au total que l'événement a été «porteur d'un intérêt public certain» et a même eu un effet bénéfique dans le réseau de la santé, en suscitant plus de vigilance sur des cas de mauvais traitements. Le groupe de travail refuse d'établir un lien de causalité entre le traitement médiatique et le suicide de Léon Lafleur.

Le plus important dérapage, selon le Conseil de presse, s'est produit sur les ondes de la station CKNU, où l'animateur André Arthur a tenu des propos jugés offensants à l'égard de Léon Lafleur (M. Arthur a, par exemple, traité M. Lafleur de «salaud à la solde du syndicat» et d'«écoeurant», et il s'est félicité en ondes de son suicide).

Les membres des comités ont par ailleurs relevé certains dérapages qualifiés de mineurs: des inexactitudes dans des titres du Journal de Montréal et du Soleil, une caricature jugée «déplacée» dans Le Devoir, une approche plus «sensationnaliste» dans un reportage de TVA, des propos «discutables» tenus par le psychiatre Pierre Mailloux à TQS, et ainsi de suite. On fait par ailleurs remarquer que les questions de la responsabilité syndicale et du droit du travail ont été «escamotées dans le traitement journalistique». Les membres du comité de radio font également valoir que la couverture journalistique à la radio a été «officielle et passive, sans grand effort d'enquête».

Le comité de radio était formé de Kathleen Lévesque, du Devoir, Nicole Malo, curatrice publique du Québec, et le professeur Florian Sauvageau. Le comité de télévision était formé de Diane Lavallée, du Conseil du statut de la femme, Pierre Bosset, de la Commission des droits de la personne, et Jacques Pronovost, éditeur de La Voix de l'Est. Le comité de presse écrite était formé de Renaud Gilbert, ombudsman de Radio-Canada, Daniel Jacoby, ex-protecteur du citoyen, et Erick Vanchestein, avocat de la Commission des services juridiques du Québec.