L’ombudsman de R-C interviewé à R-C

Guy Gendron est l’ombudsman de Radio-Canada depuis le 1er avril 2016.
Photo: Société Radio-Canada Guy Gendron est l’ombudsman de Radio-Canada depuis le 1er avril 2016.

Guy Gendron est l’ombudsman de Radio-Canada depuis le 1er avril 2016. L’ex-journaliste de R-C vient de faire paraître Couche-Tard ou l’audace de réussir (Éditions de l'Homme), une biographie de l’entrepreneur Alain Bouchard. La tournée promotionnelle le mène maintenant sur diverses plateformes. Il était, mardi matin, à Médium Large, d’ICI RC Première, et, le soir même, à RDI économie.

Cette situation pose-t-elle un problème éthique au gardien de l’éthique radio-canadienne ? L’ombudsman révise les plaintes du public concernant la qualité, l’intégrité et l’impartialité de l’info.

« À ma connaissance, rien n’interdit qu’un ombudsman soit aussi auteur, mais cela peut soulever des questionnements légitimes (plus que pour une oeuvre de fiction, car il est ici en collaboration avec un acteur très important au Québec) », répond par écrit le professeur Marc-François Bernier, de l’Université d’Ottawa, spécialiste de l’éthique et auteur du livre L’ombudsman de Radio-Canada (PUL).

« Pour ceux qui voient en l’ombudsman un arbitre indépendant de la rédaction dont il doit réviser les reportages et articles (il y a de plus en plus d’articles, de commentaires et d’analyses sur son site Internet), cela peut être préoccupant en effet. Ils peuvent se poser des questions quant à son indépendance et à sa neutralité. Mon analyse de la jurisprudence de l’ombudsman (jusqu’en 2005, il faut le préciser) révélait qu’il y avait pas mal de plaignants qui doutaient de cette indépendance. La chose a peut-être évolué depuis, mais je ne saurais dire dans quel sens. »

Le professeur ajoute que cette situation place M. Gendron dans une « situation délicate » vis-à-vis des journalistes et animateurs qu’il rencontre et qu’il pourrait ensuite être appelé à juger. Une entreprise de M. Bouchard pourrait aussi déposer une plainte.

Rester derrière

Le principal intéressé balaie les arguments. Il explique au Devoir que l’entente avec l’éditeur pour le travail biographique incluait une clause de disponibilité pour les entrevues promotionnelles. Il a, par contre, demandé à la responsable des communications des Éditions de l'Homme de décider des sorties médiatiques.

« Je ne voulais pas avoir à arbitrer où je vais et dans quel ordre. Je lui ai dit : je m’en remets à toi et je vais suivre. […] J’ai aussi dit que je ne tenais pas à être en avant. Je suis l’auteur, mais le sujet, c’est Couche-tard et Alain Bouchard. Il est disponible pour les entrevues. »

La relationniste a décidé que les premières entrevues seraient accordées lundi au 98,5 et à TVA.

M. Gendron ajoute que Médium Large n’est pas une émission d’information. Normalement, il ne traite pas de son contenu comme ombudsman.

RDI économie tombe dans sa « talle ». Seulement, si une plainte le concernant se manifestait, il pourrait transférer la cause à son collègue de la CBC, qui trancherait.

Reste le problème du travail biographique, alors que le journaliste était rédacteur en chef du Téléjournal de 22 h. Ce contrat d'écriture a été complété avant sa nomination comme gardien de l’éthique, avec l’accord des dirigeants de l’information de R-C, dit l’auteur.

Il avait aussi convenu de se retirer des discussions éditoriales si une proposition de reportage concernant Couche-Tard se pointait. Le cas s’est produit à une seule reprise : Guy Gendron a quitté la discussion alors qu’un collègue proposait d’interroger M. Bouchard sur la vente des sièges sociaux québécois à des intérêts étrangers. Finalement, la proposition d’interview n’a pas été retenue.

2 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 19 octobre 2016 07 h 35

    Le règles

    Radio-Canada joue dans une ligue où elle est la seule à connaître les règles.

  • Martin Richard Mouvement Action Chômage Montréal - Abonné 19 octobre 2016 07 h 43

    Un empire bâti sur l'exploitation de travailleurs payés au salaire minimum. Audacieux ?