Tous pour tous

La coalition demande notamment au gouvernement du Québec de «mettre rapidement sur pied un programme d’aide financière temporaire de cinq ans pour les journaux».
Photo: Anna Lubovedskaya / Getty Images La coalition demande notamment au gouvernement du Québec de «mettre rapidement sur pied un programme d’aide financière temporaire de cinq ans pour les journaux».

Des journaux du Québec réclament en groupe un programme d’aide étatique temporaire pour mieux négocier leur virage numérique. Le regroupement évoque une « exception culturelle » pour l’industrie de la presse semblable à celle déjà accordée aux secteurs de la télé et du cinéma.

La Coalition pour la pérennité de la presse d’information (c’est son nom officiel) rassemble Groupe Capitales Médias (Le Soleil, Le Droit, etc.), Hebdos Québec (31 journaux indépendants), TC Transcontinental (Le journal Métro, Les Affaires, des dizaines d’hebdos…) et Le Devoir.

« Au lieu d’intervenir un derrière l’autre, nous réagissons ensemble parce que la dynamique de crise est la même pour tous, dit au Devoir Claude Gagnon, président-directeur général de Groupe Capitales Médias. […] L’information est toujours populaire. Nous n’avons jamais eu autant de lecteurs. Mais notre modèle d’affaires doit s’adapter. »

Le regroupement existe depuis quelques semaines seulement. Il fera sa première sortie publique jeudi à Ottawa devant un comité sénatorial. Les demandes ajustées à la réalité fédérale seront défendues par Brian Myles, directeur du Devoir, et Martin Cauchon, propriétaire de Groupe Capitales Médias. Une délégation rencontrera le ministre de la Culture et des Communications du Québec début novembre.

La coalition demande notamment au gouvernement du Québec de « mettre rapidement sur pied un programme d’aide financière temporaire de cinq ans pour les journaux », selon un communiqué diffusé ce mercredi. Le document présente cinq demandes précises :

Production. Un programme et/ou un crédit d’impôt remboursable couvrant 40 % des coûts de production de l’information, dont les salaires des journalistes.

Numérique. Un programme et/ou un crédit d’impôt remboursable couvrant 50 % des investissements numériques, dont l’achat de logiciels et la création d’applications.

Recyclage. Une exemption de la contribution en argent au service de collectes sélectives. Cette facture a augmenté de plus de 1000 % en une décennie.

Taxes. L’abolition des taxes de vente pour les journaux.

Pubs. Une augmentation « significative » du budget gouvernemental pour les placements publicitaires dans les journaux.

« Ce sont des options offertes au gouvernement, dit encore M. Gagnon. Nous identifions des pistes pour lui permettre d’intervenir. »

Monde disparate

La mutation numérique n’affecte pas tous les joueurs de la même manière. Certains (comme La Presse et sa version pour tablettes) ont déjà quasiment abandonné le papier en étant appuyé par un propriétaire richissime. Le consensus pourra-t-il émerger dans ce contexte disparate ?

« Tout le monde vit les mêmes situations, les mêmes problèmes en ce moment, répond M. Gagnon. Est-ce que La Presse, parce qu’elle a pris de l’avance, est prémunie par rapport à ce qui se passe actuellement ? Je ne pense pas. Chacun fait ses propres choix et tout le monde est le bienvenu dans la coalition. L’idée, c’est de créer une situation qui va nous permettre de passer à travers cette période extrêmement exigeante en matière d’argent et de ressources. »

Nature particulière

La coalition plaide aussi pour la nature particulière des activités journalistiques, qui servent à informer, éduquer et cultiver. « Ce sont des véhicules de la liberté d’expression, des carrefours incontournables lors des débats publics, essentiels à la vitalité démocratique de leurs milieux de vie », résume le communiqué. Le texte rappelle finalement que plusieurs pays du monde soutiennent leur presse écrite, y compris les États-Unis.

1 commentaire
  • Marguerite Paradis - Inscrite 28 septembre 2016 07 h 23

    Merci monsieur Baillargeon.

    Encore de l'$ pour les technologies... Est-ce que vous pensez sérieusement que cela va régler le problème des médias?

    À cause du virage vers un journalisme « infos pubs », je constate beaucoup de «décrochage» à l'égard des derniers médias crédibles, dont le Devoir.

    Marguerite Paradis