RFI et TV5 Monde, «#cool»

Le rôle du père, Québécois d’origine iranienne qui part vivre à Paris en laissant la garde de sa fille adolescente à sa grand-mère, a été confié à Mani Soleymanlou.
Photo: TV5 Le rôle du père, Québécois d’origine iranienne qui part vivre à Paris en laissant la garde de sa fille adolescente à sa grand-mère, a été confié à Mani Soleymanlou.

La nouvelle websérie s’intitule Connexion en cours. Elle raconte l’histoire d’une famille séparée sur deux continents. Le père, Québécois d’origine iranienne, part vivre à Paris en laissant la garde de sa fille adolescente à sa grand-mère. Les deux femmes sont restées au Québec. Les communications se font par Skype, système de vidéophone.

Le rôle du père est confié au Québécois Mani Soleymanlou. La création de TV5 Québec Canada sera diffusée sur tous les continents par TV5 Monde à compter du 19 octobre.

« La série parle de la difficulté de communiquer à travers les réseaux sociaux et des conflits intergénérationnels aussi, explique Hélène Zemmour, directrice du numérique de TV5 Monde, à la base du projet. La difficulté de la série, c’est d’arriver à faire rire partout dans le monde. On s’est concentrés sur la langue, par exemple. On sait que certaines expressions font rire les Français et que certaines expressions françaises font rire les Québécois. Ce n’est pas évident de faire une websérie qui touche les francophones du monde et qui cible les jeunes. »

Le premier objectif est là. Avec cette production (et bien d’autres efforts), la chaîne française TV5 Monde, alliée à TV5 Québec Canada, assume sa volonté de renouveler son public dans un contexte où les jeunes semblent de plus en plus difficiles à rattraper.

La stratégie, c’est de diffuser les contenus le plus largement possible et de trouver ces jeunes, ces millenials comme on dit, là où ils sont.

 

« On existe depuis plus de trente ans, on est un vieux média », dit Mme Zemmour. En même temps, la chaîne internationale francophone est un nouveau média numérique offert sur plusieurs plateformes.

La directrice a été rencontrée en marge de la récente conférence annuelle de Public Broadcasters International (PBI) rassemblant les têtes dirigeantes des médias publics du monde. La rencontre de Montréal portait précisément sur le renouvellement des publics, les jeunes étant réputés pour bouder les vieux médias.

L’Afrique cassée

TV5 Monde diffuse neuf chaînes généralistes en fonction des fuseaux horaires. Ses émissions sont sous-titrées en 14 langues. « Nous nous adressons aux francophones et aux francophiles », dit la directrice. Le réseau est contrôlé par l’État français (à 49 %) avec des partenaires belge, suisse, africain et canadien.

La programmation touffue comprend par exemple 64 minutes : le monde en français, qui propose un point de vue multilatéral sur la planète, et 300 millions de critiques, un titre en référence au nombre de récepteurs de la chaîne dans le monde. L’émission animée par Guillaume Durand, tournée à Paris à l’Institut du monde arabe, fait intervenir des chroniqueurs des différentes chaînes publiques partenaires, dont Matthieu Dugal de Radio-Canada.

« Cette émission montre la diversité et la richesse de la culture francophone, ce qui est dans l’ADN de TV5 Monde, dit la directrice. Nous sommes multilatéraux par nature. »

 

Ce qui peut tout de même sembler loin des préoccupations de la belle jeunesse. Mme Zemmour demande alors de quelle jeunesse on parle. Le public préscolaire, TV5 Monde s’en occupe avec succès. Pour la chaîne, ce public de moins de six ou sept ans se trouve essentiellement en Afrique, par exemple au Congo, où 42 % de la population a moins de 15 ans.

« Pour que le français s’étende, il faut que la jeune Afrique fasse le choix du français », dit Mme Zemmour. En juin, ses services ont développé le site TV5 Monde jeunesse (jeunesse.tv5monde.com), qui propose aux jeunes des contenus, mais aussi de la vidéo d’animation en rattrapage. On y trouve des productions africaines de dessins animés.

Et pour les préados et les ados ? Le maraudage se fait sur les réseaux sociaux, où la chaîne produit du contenu spécifique. Le média mondial gère aussi la chaîne Les Haut-Parleurs, qui se présente comme « la première chaîne Web de jeunes reporters francophones au ton libre ». Parmi les derniers reportages mis en ligne, on retrouve le portrait d’un breakdanceur qui a fui la Syrie, un reportage sur un nouveau sport, le « foot à l’aveugle », et un autre sur les différentes façons de faire la fête dans le monde. Les meilleurs modules sont repris périodiquement à la télé.

Le développement des publics vise particulièrement l’Afrique, y compris avec une chaîne Web et des fictions accessibles à tv5mondeplusafrique : Aime malgré lui (2e saison), Amina, Amour et tradition.« Le plus amusant, c’est que la plus grosse audience se trouve aux États-Unis, grâce à la diaspora africaine », note Mme Zemmour.

RFI contre le bruit

Radio France international (RFI) aussi multiplie les initiatives pour attirer la jeunesse. Pour cet autre média mondialisé en français, le défi de taille consiste à vendre une vieille mécanique éprouvée à une génération qui doute de son utilité.

« Notre ligne directrice est que, nos contenus, on n’y touche pas, explique la directrice, Cécile Mégie, rencontrée elle aussi à la conférence du PBI. Nous sommes sur une base de contenus de qualité et de crédibilité qu’il ne faut absolument pas altérer. Ensuite, la stratégie est de les diffuser le plus largement possible et de trouver ces jeunes, ces millenials comme on dit, là où ils sont. On sait que notre média, ils n’y viendront pas : c’est la radio de leurs parents. Mais on peut les rejoindre sur les nouvelles plateformes, les réseaux sociaux, sur Facebook, YouTube. »

RFI fait maintenant partie du goupe France Médias Monde (FMM), société nationale de programme fondée en 2008 pour coordonner les radios et les télés publiques à vocation internationale. FMM regroupe aussi la chaîne de télé d’infos continues France 24 (qui diffuse en français, en anglais et en arabe) et Monte Carlo Doualiya (une radio arabophone) en plus de détenir une participation quasi majoritaire (à hauteur de 49 %) dans TV5 Monde.

RFI parle français et treize autres langues. Elle diffuse sur toute la planète par ondes courtes, en FM, par satellites et sur tous les environnements numériques.

Cette voix historique de la France dans le monde a environ 70 ans et se situe « un peu dans un héritage postcolonial, mais elle est aujourd’hui très loin de ça », dit la directrice Cécile Mégie. Les programmes rejoignent environ 40 millions d’auditeurs hebdomadaires. La chaîne compte quelque 10 000 amis Facebook. Le groupe FMM rassemble environ 1400 personnes. La rédaction de RFI compte 400 journalistes appuyés par 350 correspondants. « On couvre la planète. Notre baseline dit : “Les voix du monde”. »

Une des émissions en français les plus populaires s’intitule Appels sur l’actualité. Elle débute tous les jours à 8 h 10 TU. Menée par Juan Gomez, interactive avant même les réseaux sociaux, elle répond à une diversité de questions des auditeurs sur l’actualité dans une première partie, suivie d’un débat des auditeurs sur un fait d’actualité dans une seconde partie.

La directrice souligne aussi « le vrai rôle de service public » de l’émission Priorité santé, animée par Claire Hédon. « C’est une émission historique créée par Colette Berthoud, une des grandes voix de RFI [décédée en 2014], notamment auprès des auditeurs africains, dit Mme Mégie. On y cause paludisme, tuberculose, sida éducation maternelle, mais aussi sexualité, avec une chronique hebdomadaire. Nous avons des auditoires très différents et la sexologue réussit à aborder des thèmes tabous. Elle arrive, avec des mots simples et explicites, à dialoguer avec les auditeurs et les auditrices. C’est une grande victoire. »

L’adaptation des formes suppose que les jeunes ont un vrai intérêt pour l’info, et la directrice n’en doute pas. Seulement, il vaut mieux comprendre ce qui intéresse cette clientèle, quel « produit » est le plus susceptible de l’attirer. « Nous avons aussi un travail à faire pour expliquer ce qu’est l’information, précise-t-elle. Il y a un mouvement de défiance vis-à-vis des grands médias. Pour arriver à ce que la jeune génération se méfie moins de l’information et plus du buzz et du noise, il faut faire de la pédagogie. Il faut aller dans les écoles. Il faut sortir de nos rédactions. Il faut expliquer que la liberté de la presse est garante de la liberté de tous. »