La communauté journalistique dénonce la perquisition au «Journal de Montréal»

<p>Le directeur de l’information du <em>Journal de Montréal</em>, George Kalogerakis, affirme catégoriquement que le reporter judiciaire n’a posé aucun geste illégal pour obtenir ses informations.</p>
Photo: Olivier Zuida Archives Le Devoir

Le directeur de l’information du Journal de Montréal, George Kalogerakis, affirme catégoriquement que le reporter judiciaire n’a posé aucun geste illégal pour obtenir ses informations.

La communauté journalistique dénonce avec vigueur la perquisition menée par la Sûreté du Québec, mercredi soir, au Journal de Montréal et la saisie de l’ordinateur de son reporter judiciaire, Michaël Nguyen.

Les policiers sont intervenus à la suite d’une plainte du Conseil de la magistrature, selon lequel le journaliste aurait eu accès illégalement à des documents confidentiels.

Ce dernier cherche apparemment à connaître la source des informations qui ont permis à M. Nguyen de rapporter que la juge Suzanne Vadeboncoeur aurait eu un comportement disgracieux à l’endroit de constables spéciaux au Palais de justice de Montréal, à la suite d’un souper de Noël, en décembre 2015.

La magistrate fait d’ailleurs l’objet d’une plainte au Conseil de la magistrature pour son comportement.

Le journaliste Michaël Nguyen, lui, ne fait l’objet d’aucune accusation.

Le directeur de l’information du Journal de Montréal, George Kalogerakis, affirme catégoriquement que le reporter judiciaire n’a posé aucun geste illégal pour obtenir ses informations.

Il a fait valoir que Michaël Nguyen a simplement fait son travail en traitant d’un sujet qui est bel et bien d’intérêt public, la population étant en droit de savoir comment ses représentants se comportent.

Il a par ailleurs déclaré que le quotidien ne permettrait jamais que des démarches puissent en venir à démasquer ou punir des sources de ses journalistes et que le mandat de perquisition sera contesté.

L’ordinateur a d’ailleurs été mis sous scellé et ne pourra être consulté avant que cette contestation ne soit entendue.

L’avocat du Journal de Montréal, Me Bernard Pageau, a pour sa part qualifié d’inacceptable la démarche policière, affirmant que toute perquisition dans un média d’information constitue une entorse à la liberté de la presse et à la démocratie.

La FPJQ intervient

Dans les heures suivantes, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) a fait écho à ces propos et pressé la SQ de rendre l’ordinateur au journaliste Michaël Nguyen et de renoncer à en analyser le contenu.

Son président par intérim, Jean-Thomas Léveillé, a qualifié d’inadmissibles la perquisition et la saisie, estimant que cette volonté de démasquer une source d’information représente une tentative d’intimidation envers les journalistes et les sources elles-mêmes et que de chercher à faire taire les lanceurs d’alerte risque d’empêcher le public d’être bien informé.

La FPJQ rappelle au passage que la Cour suprême a elle-même reconnu l’intérêt de protéger les sources des journalistes, notamment dans l’affaire « Ma Chouette », du nom de l’informateur qui a permis au reporter Daniel Leblanc d’exposer au grand jour le scandale des commandites au gouvernement fédéral, au début des années 2000.

La Fédération souligne que les journalistes ne sont pas des informateurs de la police et que les corps policiers ne doivent pas se servir des journalistes pour accomplir leurs enquêtes.

1 commentaire
  • Louis Lapointe - Abonné 22 septembre 2016 15 h 31

    Deux poids, deux mesures.

    Pourtant, le coulage du dossier déjudiciarisé de la Bâtonnière du Québec Lu Chan Khuong n'avait nécessité qu'une infructueuse enquête interne du ministère de la Justice.

    Le journal LaPresse qui a révélé l'information confidentielle le 1er juillet 2015 n'a jamais été importuné par la SQ.

    Dans l'ordre d'importance des dossiers, révéler le comportement inapproprié d'une juge est beaucoup moins grave que révéler un dossier confidentiel du DPCP.