Comment BBC Three attire les jeunes

«Notre clientèle peut maintenant interagir avec notre contenu en ligne d’une manière inaccessible autrefois», dit le patron.
Photo: iStock «Notre clientèle peut maintenant interagir avec notre contenu en ligne d’une manière inaccessible autrefois», dit le patron.

Il suffit de fermer une chaîne pour y attirer des jeunes. C’est la paradoxale leçon générale à tirer de l’expérience de la BBC Three, présentée vendredi par son directeur aux collègues des médias publics du monde entier, réunis à Montréal pour la conférence annuelle Public Broadcasting International.

Le réseau, troisième du consortium télévisuel britannique, qui en compte sept autres, a carrément décidé de se saborder en arrêtant la diffusion traditionnelle le 31 mars 2016. En lieu et place, la Three existe maintenant uniquement en version en ligne sur le site.

Le nouveau service de contournement (aussi appelé OTT pour over-the-top) propose autant de productions que la « vieille » chaîne, avec l’avantage d’une consultation à volonté et sur demande à partir de différents petits écrans. La proposition est complétée par une chaîne YouTube et des comptes de médias sociaux suractifs. Son nouveau logo marque la révolution en passant de « 3 » à « II ! », avec le point d’exclamation final.

« Nous sommes devenus agnostiques du point de vue des plateformes », a expliqué Damian Kavanagh, contrôleur de BBC Three, à l’assemblée de plus d’une centaine de participants, précisément réunis pour échanger autour des moyens d’attirer les jeunes vers les médias publics.

Cette incroyance numérique signifie que le réseau ne prêche pour aucun tuyau en particulier. Tout est bon pour la Trois, du moment que le contenu passe, et dans les deux sens, s’il vous plaît.

« Notre clientèle peut maintenant interagir avec notre contenu en ligne d’une manière inaccessible autrefois, dit le patron. Le contenu est partagé, commenté d’une manière incroyable. » Le réseau d’État ne se gêne donc pas pour diffuser sur YouTube, ni pour transmettre son contenu sur les autres chaînes du consortium.

La British Broadcasting Corporation, fondée en 1922, demeure un des réseaux publics les plus respectés dans le monde. Il a été le modèle pour la création de Radio-Canada/CBC, dans les années 1930.

La Three traditionnelle n’émettait que de 19 heures à 4 heures, dans le but de rejoindre les jeunes adultes de 16 à 34 ans, réputés nocturnes. Son mandat l’obligeait et l’oblige encore à fournir une programmation audacieuse en se concentrant sur les créations de pointe, en culture comme en technologie.

Transformation radicale

La présentation montréalaise a traversé au pas de charge tous les aspects de la mutation, y compris les résistances organisationnelles et l’inévitable part d’échecs liés à de tels virages.

Il faut préciser que la transformation radicale a été décidée dans le cadre de compressions budgétaires qui menaçaient la survie de la chaîne linéaire. La troisième chaîne a finalement perdu la moitié de son budget avant de faire le saut numérique.

Dépenser autrement

La II ! dépense maintenant autrement. D’un côté, elle consacre 80 % de son budget de production à des émissions, disons, traditionnelles, souvent encensées au royaume, par exemple People Just Do Nothing ou Asian Provocateur.

D’un autre côté, le réseau délinéarisé consacre maintenant 20 % de ses budgets de production à de nouvelles formes plus courtes. Certaines d’entre elles sont liées aux formes plus classiques, qu’elles complètent et enrichissent. D’autres, complètement autonomes, se veulent plus expérimentales.

Son show Thirteen, sur une jeune femme kidnappée pendant 13 ans, a été le plus vu du service iPlayer de la BBC cette année, avec déjà plus de trois millions de téléchargements.