Une aide ponctuelle et transitoire aux médias demandée à l’État

Le ministre Luc Fortin a demandé à Brian Myles comment il envisageait de préserver l’impartialité des médias si ceux-ci recevaient du financement de l’État.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le ministre Luc Fortin a demandé à Brian Myles comment il envisageait de préserver l’impartialité des médias si ceux-ci recevaient du financement de l’État.

Brian Myles demande à l’État d’aider « de façon transitoire » les médias imprimés à traverser la crise qui touche leur secteur, situation en partie provoquée par la révolution numérique.

Le directeur du Devoir propose un plan d’intervention quinquennal en neuf points dans un mémoire déposé dans le cadre des audiences pour le renouvellement de la politique culturelle du Québec.

La position du directeur du journal indépendant a été présentée publiquement vendredi après-midi. Il s’agit de la seule présentation de la part d’un média d’information dans le cadre de ces travaux ministériels. L’Association des journalistes indépendants du Québec a aussi présenté un mémoire, à Laval, en juin, aux débuts de la consultation qui se termine lundi, à Sherbrooke, après 18 séances sur tout le territoire.

Le ministre de la Culture et des Communications dirige les audiences. Luc Fortin a semblé particulièrement réceptif à certaines idées.

« Je suis ouvert à un tel soutien, mais nous n’allons pas soutenir un modèle d’affaires qui est dépassé, a-t-il déclaré après la présentation du directeur du Devoir. On veut justement vous aider à prendre un virage numérique, et je comprends que votre intervention va dans ce sens. Vous parlez aussi d’une aide transitoire, pas d’une aide permanente. »

L’urgence d’agir

Les idées de base de la proposition Myles sont publiées en page B 5 et sur LeDevoir.com. La première établit que les médias traditionnels sont des chaînons essentiels dans le rayonnement de la culture nationale, d’où sa présentation devant le ministère qui s’occupe des deux secteurs connectés.

Or, le secteur médiatique est menacé. « Il y a urgence d’agir, a dit le directeur. On constate que vingt journaux imprimés ont disparu au Québec dans les dernières années, une diminution de 11 % des emplois et des pertes fiscales pour le gouvernement évaluées à 22 millions. » Les difficultés des médias imprimés sont en partie expliquées par la chute des revenus publicitaires.

Les solutions évoquées prévoient la création d’un programme de subventions ou de crédits d’impôt sur la masse salariale pour couvrir une part de la production de l’information ou des investissements numériques (par exemple pour, développer des applications) ; l’exemption de la taxe de recyclage ; l’abolition de la TVQ pour les journaux ; et l’augmentation « significative » du placement publicitaire de l’État dans les journaux.

Agir seul ?

D’entrée de jeu, le directeur a dit parler en son nom, même si certaines propositions font consensus, notamment auprès de TC Media et Capitales Médias. Alors, pourquoi s’être pointé seul ? lui a demandé son employé avant la représentation publique.

« Je n’attends pas après les autres pour agir, a-t-il répondu. En fait, notre coalition n’a pas encore fait de sortie sur la place publique en tant que coalition. Mais nous avons fait des représentations derrière des portes closes sur la question de la taxe verte, de la TVQ, du crédit d’impôt. Je dirais qu’il y a un consensus assez large qui se dégage dans le monde médiatique sur des mesures d’aide. Le Devoir, Capitales Médias, Transcontinental et même la FNC [la Fédération nationale des communications, affiliée à la CSN], on dit à peu près les mêmes choses. »

Le ministre a réagi à la présentation en posant trois questions.

La transition. Le ministre a demandé si M. Myles a la certitude qu’après une période transitoire, les médias soutenus seront concurrentiels et viables en acquérant des revenus autonomes. « Ce serait alors certainement plus simple et plus facile, a répondu le directeur. Pour l’instant, nous n’avons pas les moyens d’investir massivement, à part quelques conglomérats, et encore. On l’a vu : l’aventure de La Presse+ est un succès pour La Presse, mais un échec pour le Toronto Star[qui a acheté la même application pour tablette]. Avec de l’aide, on croit qu’on pourra fidéliser de nouvelles clientèles. »

Le délai. Et pourquoi prévoir une aide sur cinq ans ? a demandé le ministre Fortin en répétant qu’il ne pouvait envisager une aide permanente. « Tout change très vite, a dit le directeur. Cinq ans m’apparaît un délai raisonnable. Il nous permettra de voir quelles plateformes vont s’imposer. En ce moment, on a la concurrence de trois plateformes, la tablette, le téléphone intelligent et la phablette, avec le site Internet à la remorque. Cinq ans va nous permettre de voir l’évolution des technologies et de poursuivre le retrait du format papier. Au final, ce sont les lecteurs qui décideront. Cinq ans donne du temps au temps. »

L’indépendance. Comment garantir l’impartialité si les médias sont financés par l’État ? a demandé le ministre. « Je partage votre préoccupation et votre lecture, a répondu M. Myles. On veut préserver cette indépendance, et la façon d’y arriver, c’est de ne pas conditionner l’aide à un jugement qualitatif. […] Il faut y aller sur des critères quantitatifs, les parts de marché, les tirages, le nombre d’employés, etc. Il faut que le gouvernement s’assure de mesures universelles. Au Canada, quand on a décidé de subventionner les magazines pour faire face à la concurrence américaine, on les a subventionnés tous, sans distinction. »