Éduc’alcool crée la controverse

L’affiche en question, qui est posée ces jours-ci dans les cégeps et les universités.
Photo: Éduc'alcool L’affiche en question, qui est posée ces jours-ci dans les cégeps et les universités.

Éduc’alcool se retrouve encore une fois au coeur d’une controverse en raison d’une publicité jugée sexiste et âgiste. Plus tôt ce mois-ci, l’organisme avait été critiqué pour une publicité jugée discriminatoire à l’endroit des personnes trans.

L’affiche en question, qui est posée ces jours-ci dans les cégeps et les universités, montre un jeune homme de dos, enlacé par une femme qui semble dans la cinquantaine. Le slogan : « As-tu vu à qui tu as donné ton numéro ? »

Le professeur en communication à l’Université Concordia Peter van Wyck, choqué par la campagne, s’en est plaint à l’organisme consacré à la prévention de l’abus d’alcool. Il a été déçu de la réponse du directeur de l’organisme, Hubert Sacy, qui lui a répondu par courriel qu’il s’agissait d’humour, et que la campagne, lorsqu’elle a été testée auprès des jeunes, n’avait pas suscité de réactions négatives. Sur Facebook, ses doléances ont été partagées plus d’une centaine de fois et ont suscité des dizaines de réactions.

« La publicité suggère qu’être abordé par une femme de cet âge est une expérience traumatique, déplore M. van Wyck en entrevue. Cela m’a choqué. Mais je crois que j’ai été encore plus dérangé par la réponse d’Éduc’alcool. »

« Ce n’est pas drôle,tranche-t-il. Et si des groupes de jeunes n’ont pas soulevé de problème avec cette image, cela montre qu’il y a encore beaucoup de travail à faire pour éduquer la population. »

Il espère qu’Educ’alcool retirera la publicité concernée.

La deuxième affiche de la campagne montre l’homme fort Hugo Girard derrière le slogan « As-tu vu qui t’as traité de douchebag ? ».

Educ’alcool se défend

Le directeur d’Éduc’alcool, Hubert Sacy, ne compte pas retirer ces affiches. Il s’agit en fait d’une reprise d’une campagne d’il y a quelques années.

M. Sacy affirme en entrevue que depuis, les cégeps et les universités réclamaient cette campagne, qui avait très bien fonctionné. « L’idée, c’est de montrer que quand tu bois trop, tu peux faire des choses que tu vas regretter plus tard, explique-t-il. En plus de quatre groupes de discussion cette année, des dizaines de milliers d’étudiants ont aussi vu la campagne précédente, et personne n’y a vu de signe d’âgisme ou de sexisme. »

Une version de la campagne a aussi été affichée dans les succursales de la Société des alcools du Québec, sans qu’Éduc’alcool recense de plainte, affirme M. Sacy. « S’il fallait faire des campagnes qui ne déplaisent à personne, on ne ferait plus rien », laisse-t-il tomber.

Les campagnes d’Éduc’alcool qui visent les jeunes ont pour objectif de prévenir « la violence et les relations sexuelles non désirées ».

Une pub qui rate la cible

 

En plus de faire preuve de sexisme, la publicité rate sa cible, estime la professeure au Département des lettres et communications de l’Université de Sherbrooke Isabelle Boisclair. « En buvant trop, on peut se mettre en danger ainsi que les autres, notamment en prenant le volant. Le plus gros risque pour un jeune homme, ce n’est sûrement pas de donner son numéro de téléphone à une femme qu’il ne souhaite pas revoir », dit Mme Boisclair.

« Je pense qu’Éduc’alcool a des questions à se poser sur les messages qu’il envoie. Ce n’est pas que nous n’avons pas d’humour, c’est qu’on a aussi un sens critique. »

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