Les opérateurs Internet sont trop passifs quant au groupe EI

La propagande du groupe EI, professionnelle et organisée, s’appuie sur sept branches médiatiques spécialisées — dont l’agence Amaq — dans la production de contenus visuels, écrits ou audio, rappelle le rapport.
Photo: Agence France-Presse / Welayat Raqa La propagande du groupe EI, professionnelle et organisée, s’appuie sur sept branches médiatiques spécialisées — dont l’agence Amaq — dans la production de contenus visuels, écrits ou audio, rappelle le rapport.

Paris — Les grands opérateurs d’Internet et des réseaux sociaux n’ont pas pris la mesure de la menace de la propagande djihadiste et font preuve d’une « attitude passive », déplore un rapport parlementaire français publié mercredi après six mois de travail sur l’organisation État islamique et ses moyens.

« Il est apparu très clairement que les plateformes de Web social ne sont pas assez proactives dans la lutte contre la propagande de Daech [acronyme arabe de l’EI] », relève le rapport qui, parmi des dizaines d’auditions d’experts, sociologues, responsables policiers, a également entendu des représentants de Facebook, de Twitter, de Google et de Dailymotion.

Ces opérateurs « doivent se doter d’outils et d’équipes performantes pour lutter contre la prolifération des discours extrémistes et ne sauraient se limiter, comme aujourd’hui, à une attitude passive qui consiste à simplement retirer les contenus signalés par les internautes ou les autorités », selon la mission parlementaire.

Et encore. Certains contenus sont jugés illicites dans certains pays, pas dans d’autres, et le niveau de blocage varie localement.

Impunité

« Les réseaux sociaux interprètent de manière extensive la liberté d’expression ou le droit à l’information », et « certaines personnes auditionnées ont parlé d’impunité dans les réseaux sociaux, où Daech recrute et lève des fonds dans l’indifférence des entreprises de ce domaine », indique le rapport.

En outre, « les moyens humains consacrés au repérage de contenus illicites en ligne sont très faibles », ajoute-t-il, mentionnant notamment Twitter, qui dispose d’une centaine de personnes, pour l’ensemble du monde, affectées à la surveillance des contenus.

Le rapport cite aussi l’exemple de la vidéo du tueur de Magnanville (qui a assassiné un couple de policiers le 14 juin à son domicile en région parisienne), postée juste après le meurtre en direct sur Facebook live, et qui n’a été retirée que onze heures plus tard.

Pourtant, selon cette mission, présidée par un député de droite, Jean-Frédéric Poisson, et dont le rapporteur est un député socialiste, Kader Arif, « la plus grande force de l’organisation djihadiste [réside dans] sa capacité d’attraction ».

La propagande de Daech, professionnelle et organisée, s’appuie sur sept branches médiatiques spécialisées — dont l’agence Amaq — dans la production de contenus visuels, écrits ou audio, rappelle le rapport. Ses publications sont traduites en onze langues, dont le mandarin, le russe, le turc.